Contre l'exposition au cadmium par l'alimentation, l'Anses recommande d'agir à la source de la contamination des sols

De toutes les causes d'exposition des Français au cadmium, l'alimentation est clairement la principale, a souligné ce 24 mars l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) en présentant une nouvelle expertise sur le sujet. Pour réduire durablement l'imprégnation, l'Anses appelle à "agir avant tout à la source" de la contamination alimentaire : au niveau des sols agricoles et fertilisants (engrais minéraux phosphatés), des effluents d'élevage et des boues de stations d'épuration.

Dans un nouveau rapport d'expertise présenté ce 24 mars, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a étudié l’ensemble des sources d’expositions possibles au cadmium de la population française tout au long de la vie - alimentation, eau, air, poussières, sol, produits cosmétiques, tabagisme -, ainsi que les différentes voies d’exposition (ingestion, inhalation, cutanée). Les résultats confirment qu’une part significative de la population dépasse les valeurs sanitaires de référence élaborées par l’Agence - valeurs sanitaires repères biologiques (sang, urines) par tranche d’âge, ce qui correspond à une imprégnation à ne pas dépasser à l’âge de 60 ans, compte-tenu du caractère bioaccumulable du cadmium dans l’organisme. Ils montrent aussi que "l’alimentation est de loin la source majeure d’exposition, représentant jusqu’à 98% de l’imprégnation au cadmium dans la population non fumeuse", souligne l'Agence.

Un métal présent un peu partout

Le cadmium est naturellement présent dans les roches à partir desquelles se forment les sols. Mais les activités humaines contribuent à augmenter la présence de ce métal lourd dans la terre et constituent également une source d’émission dans l’eau et l’air. En agriculture, l’épandage de matières fertilisantes telles que les engrais minéraux phosphatés et les effluents d’élevage, contribuent à l’apport en cadmium dans les sols, contaminant ainsi la chaîne alimentaire. Dans l'industrie, ce métal est utilisé et émis dans plusieurs secteurs (métallurgie, chimie, électricité), ainsi que lors de l’incinération des déchets ou bien encore du recyclage des batteries.

Nombreux risques pour la santé

Or le cadmium est classé comme cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Reconnu également comme cancérogène certain pour le poumon en milieu professionnel, il est aussi suspecté d’induire d’autres cancers (pancréas, vessie, prostate et sein). En cas d’exposition prolongée, même à faible dose par voie orale, principalement par l’alimentation, le cadmium entraîne des atteintes rénales, pouvant évoluer à terme vers une insuffisance rénale et une fragilité osseuse, augmentant le risque d’ostéoporose et de fractures. D’autres effets indésirables sont également identifiés notamment sur le neurodéveloppement et le système cardio vasculaire.

Surexposition de la population française

Après plusieurs études faisant état d'une exposition préoccupante des Français - trois à quatre fois plus élevée que dans des pays européens proches -, près de la moitié de la population française présentait en 2025, des expositions dépassant les valeurs sanitaires de référence, estime l'Anses, qui relève aussi "une imprégnation préoccupante à tout âge et dès le plus jeune âge". Or la toxicité du cadmium, faiblement éliminé par l'organisme, est liée à la dose cumulée dans le temps.

Dans l'alimentation, ce sont les céréales du petit-déjeuner, les pains, les viennoiseries, les pâtisseries, les gâteaux et biscuits sucrés, les pâtes, le riz, le blé, les pommes de terre et certains légumes ainsi que les mollusques, les crustacés, les algues et les abats qui contiennent le plus de cadmium. Objet d'inquiétudes, le chocolat n'est qu'un "contributeur mineur : il est certes plus contaminé, mais moins largement consommé que les produits céréaliers", a précisé à la presse Géraldine Carne, coordinatrice de l'expertise. Certaines sources d'exposition n'ont pu être intégrées, faute de données notamment le tabagisme passif, certains cosmétiques et activités professionnelles.

Reste que "si les niveaux d'exposition actuels se maintiennent et qu'aucune action n'est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population", alerte Géraldine Carne. 

"Agir avant tout à la source" de la contamination

Pour réduire durablement l'imprégnation, l'Anses appelle donc à "agir avant tout à la source" de la contamination alimentaire : au niveau des sols agricoles et fertilisants (engrais minéraux phosphatés), des effluents d'élevage et des boues de stations d'épuration.

Elle recommande d'appliquer "dès que possible" les valeurs limites en cadmium dans les engrais minéraux phosphatés épandus sur les sols agricoles qu'elle préconisait déjà en 2019, soit un flux d’apport de 2 g de cadmium par hectare et par an et pour respecter ce seuil, une teneur maximale de 20 mg de cadmium par kilogramme d'engrais contre 90 en France et 60 mg dans l'Union européenne actuellement.

Pour réduire la présence du métal toxique dans les fertilisants vendus en France, l'Anses préconise aussi de privilégier des sources d'approvisionnement en roche phosphatée ou produits dérivés contenant moins de cadmium. Or, "les engrais minéraux phosphatés sont élaborés à partir de roches phosphatées situées hors de France", essentiellement en provenance d'Afrique du nord (Maroc, Algérie, Egypte), dont certaines "peuvent contenir des teneurs plus élevées en cadmium", a précisé Yann Le Bodo, expert à l'Anses et co-coordonnateur du rapport.

Promouvoir de nouvelles pratiques agricoles

L'agence sanitaire encourage également de nouvelles pratiques agricoles : ajuster le type et les quantités de fertilisants aux sols et cultures, mobiliser le phosphore déjà présent dans les sols, utiliser des variétés végétales moins accumulatrices en cadmium, par exemple pour le blé. Elle suggère aussi de renforcer le suivi des teneurs en cadmium des fertilisants et de leur évolution, notamment avec une base de données nationale.

Côté aliments, produits en France et importés, ses experts préconisent d'abaisser les teneurs maximales en cadmium des aliments influant le plus sur l'exposition. Si les efforts pour réduire l'exposition doivent "avant tout" porter sur des actions collectives, l'Anses invite aussi au plan individuel à "limiter la consommation de produits sucrés et salés à base de blé : céréales du petit déjeuner, gâteaux et biscuits", à manger "plus de légumineuses à la place des aliments à base de blé comme les pâtes" et insiste sur l'importance de diversifier son alimentation pour éviter, entre autres, une surexposition au cadmium.

 

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