Action extérieure - Coopérer sur le thème de l'insertion : les collectivités françaises ont aussi à y gagner

En s'appuyant sur l'expérience de collectivités locales et d'associations françaises et étrangères, l'Assemblée des départements de France a élaboré un rapport prospectif et méthodologique sur la coopération décentralisée menée sur le thème de l'"inclusion sociale et économique".

Pourquoi, alors que l'argent public se fait si rare, les collectivités locales devraient-elles s'engager dans des projets de coopération à l'échelle internationale ? La présentation, le 3 mars 2015, du rapport "Agir en coopération pour un développement local durable et inclusif", a permis à l'Assemblée des départements de France (ADF) et à ses partenaires de proposer quelques éléments de réponse. Selon les auteurs de cette contribution, quelque "5.000 collectivités locales mènent actuellement des projets visant à partager des compétences et des pratiques liées à la promotion du développement humain".

Une contribution des collectivités locales à l'Agenda post 2015 de l'ONU pour le développement 

Issue de l'implication de différents partenaires aux statuts variés – outre l'ADF, la Délégation pour l'action extérieure des collectivités territoriales (DAEC) du ministère des Affaires étrangères, l'Agence française de développement (AFD), Cités Unies France, des collectivités locales, des associations et ONG, des entreprises -, cette publication fournit à la fois un éclairage prospectif et des repères méthodologiques sur l'action extérieure des collectivités liée à l'"inclusion économique et sociale".
Pour Bertrand Fort, Délégué pour l'action extérieure des collectivités territoriales, cette démarche constitue une "première étape de contribution des collectivités locales à l'élaboration de l'Agenda de développement post-2015" et des Objectifs de développement durable (ODD). Ces derniers, pour faire suite aux "Objectifs du millénaire pour le développement", seront adoptés en septembre 2015 lors d'un sommet de l'Organisation des Nations Unies (ONU). Le rapport de l'ADF revient sur le "processus de localisation" de l'ONU, qui vise à associer davantage "les citoyens et les acteurs territoriaux" à l'élaboration de sa nouvelle stratégie pour le développement pour remédier au "manque initial de base de soutien et d’adhésion de la communauté".

L'expérience d'élu local, que n'ont pas les agences de développement

En effet, ce défaut de compétences et d'expériences liées à la gestion locale – les élus, les professionnels de collectivités – et à l'"usage" des territoires – les citoyens – peut être un frein majeur à la bonne mise en oeuvre d'un projet de développement. L'AFD est ainsi "l'une des rares agences de développement qui travaille directement avec des collectivités territoriales du sud", témoigne Foulques Chombart de Lauwe, qui y est notamment responsable des relations avec les élus. De son point de vue, sans la participation de ces acteurs, on peut par exemple construire des infrastructures qui seront par la suite mal entretenues et "on n'atteint pas les objectifs de réduction de la pauvreté". Et, pour compléter l'ingénierie plus technique d'agences nationales de développement comme l'AFD, l'expertise de collectivités locales extérieures peut être nécessaire. Pour Foulques Chombart de Lauwe, "il n'y a pas de meilleur dialogue possible qu'entre deux élus qui gèrent le même sujet".
Cela rejoint d'ailleurs le "mouvement lent de professionnalisation de l'action extérieure des collectivités locales" que souligne Bertrand Fort, avec des projets de coopération décentralisée de plus en plus "arrimés sur les compétences" des autorités locales. Le rapport de l'ADF propose ainsi des fiches de présentation de "27 dynamiques de coopération" impliquant des collectivités – des conseils généraux, mais aussi des communes – dans leurs domaines d'intervention, tels que l'action sociale. Les villes de Cergy et de Thiès (Sénégal) ont par exemple mis en place ensemble, sur leur territoire respectif, quatre ateliers-chantiers d'insertion. Dans le projet noué entre le conseil général des Côtes-d'Armor et la voïvodie de Warmie et Mazurie (Pologne), les professionnels de structures sociales échangent des bonnes pratiques.

"Partenaires face aux mêmes difficultés" 

A travers le choix des projets mis en avant et l'analyse qui en est faite, les auteurs du rapport insistent ainsi sur la notion de réciprocité. Les collectivités locales françaises ont une experience et un savoir-faire dignes d'intérêt pour d'autres territoires du monde et pour les professionnels de la coopération et du développement. Mais elles ont évidemment aussi beaucoup à apprendre de leurs collectivités partenaires. Alors que la coopération décentralisée était précédemment pensée comme de "l'accompagnement au développement", la relation est désormais "équilibrée", résume le président de l'ADF Claudy Lebreton. Pour ce dernier, dans le cadre des projets actuels, "nous sommes partenaires face aux mêmes difficultés".
Ainsi les auteurs du rapport conseillent aux futurs porteurs de "projets de développement local durable et inclusif" réalisés avec des partenaires extérieurs de bien veiller à "articuler deux finalités : accompagner des populations et consolider des dispositifs".

La force de l'étonnement

Autre recommandation : s'appuyer sur ces dynamiques d'échange pour prendre du recul, réinterroger les pratiques, expérimenter grâce aux idées qui naissent du croisement des regards. "Questionner les dispositifs que [la collectivité] apporte en exemplarité lui permet d’identifier là où son système présente des faiblesses et, par là même, d’améliorer sa politique publique", peut-on lire dans le rapport. Ce dernier cite l'exemple de l'impact qu'a pu avoir une simple visite d'Ehpad en France, dans le cadre d'un projet associant des communes de Basse-Normandie et du Niger. L'"étonnement" de la délégation nigérienne en découvrant "l’existence de lieux de vie qui rassemblent les personnes âgées à l’écart de la société" a en effet inspiré aux élus locaux français "l’idée de mettre en place une crèche au sein de l’Ehpad" pour "en faire un lieu intergénérationnel".

Investissement de long terme

Cependant, pour que les projets de coopération aient un impact sur les pratiques des collectivités, encore faut-il que les élus et services en charge des politiques concernées s'y impliquent, et pas seulement les responsables des affaires internationales. Le conseil général de Loire-Atlantique est ainsi engagé dans un projet avec le Maroc sur les politiques sociales. Malgré un intérêt grandissant pour ces projets dans les centres d'action sociale et les services de protection maternelle et infantile (PMI) du département, "ce n'est pas évident d'associer les collègues du fait d'un manque de disponibilité", témoigne Juliette Beaujean, chef du service international.
D'ailleurs, la demande de coopération semble émaner moins souvent des collectivités françaises que de leurs partenaires de territoires étrangers. Sur tous les projets considérés dans ce rapport, un seul provient initialement d'une demande des services du conseil général. Une explication possible : il s'agit de "projets complexes", menés "dans la durée" et avec une "visibilité moins forte" que d'autres actions portées par les collectivités. Mais "les résultats sont probants", pour Michèle Pasteur, experte en action extérieure des collectivités territoriales.

La suite : évaluer et ouvrir encore davantage les projets

D'où la nécessité, pour mieux convaincre des effets positifs à moyen terme de telles démarches, d'"assurer un suivi, une évaluation et une restitution transparents" des programmes mis en œuvre.
L'autre défi identifié par les participants de la présentation du 3 mars, c'est d'associer davantage à ces projets centrés sur l'inclusion sociale et économique d'autres acteurs directement concernés : des associations de migrants et la diaspora, des personnes en situation d'exclusion, ou encore des entreprises.
Le groupe de suivi piloté par l'ADF aura la possibilité de s'y atteler. "On nous a demandé de poursuivre", se réjouit Claudy Lebreton, qui évoque des financements institutionnels et la perspective de la Conférence climat Paris 2015 (COP 21). En attendant ces développements, ce rapport constitue une contribution stimulante qui pourrait bien inspirer quelques élus.  

 

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