Crises climatiques : un appel du Secours catholique à mieux protéger les plus vulnérables
De plus en plus fréquentes, les crises liées au dérèglement climatique fragilisent des personnes qui étaient déjà en difficulté et créent "de nouvelles précarités" et des "spirales de vulnérabilités" affectant toutes les dimensions de la vie. Dans un rapport donnant la parole à des personnes ayant vécu ces bouleversements, le Secours catholique-Caritas France formule des pistes concrètes pour mieux anticiper ces impacts multiples et protéger les plus vulnérables lors de ces crises.
© Secours Catholique – Caritas France. « La crise climatique vue par les personnes qui la vivent. Témoignages et recommandations pour une adaptation juste » 2026. Photo de couverture : Christophe Hargoues / SCCF. Fond Adobe stock
"Ça fait vingt ans qu’on se tue au travail et en quatre heures, tout perdre, c’est dur." En septembre 2020, Eric, producteur d'oignons et de pommes dans le Gard, a vu ses terres dévastées par une inondation "sans précédent" – 600 millimètres de pluie tombés en quatre heures. Ses revenus chutent "drastiquement" du fait d'une surface agricole considérablement réduite et, face au montant des travaux qui lui auraient permis de reconstruire ses terrasses, l'agriculteur décide avec sa femme d'arrêter l'exploitation.
Témoignant de "la fragilité d’un métier face au dérèglement du climat", ce portrait est l'un de ceux que l'on peut lire dans le rapport du Secours catholique-Caritas France "La crise climatique vue par les personnes qui la vivent", rendu public ce 17 février 2026. Réalisé avec trois partenaires internationaux, ce rapport s'appuie sur les témoignages de 152 personnes, dont 119 qui "ont été directement touchées par des événements climatiques récents", cela dans 14 territoires en France hexagonale, en Guyane, à Mayotte, à La Réunion, mais également en Tunisie, à Madagascar et au Brésil.
On y lit notamment l'histoire d'une famille touchée par les inondations de novembre 2023 dans le Pas-de-Calais, toujours en proie à des difficultés financières, administratives et assurantielles auxquelles s'ajoute "l'épuisement psychologique". On y découvre encore l'impact de la multiplication des épisodes d'inondation et de sécheresse sur le quotidien des peuples autochtones de Camopi en Guyane : hausse du prix des denrées, navigation sur le fleuve rendue dangereuse ou impossible, transports scolaires interrompus…
Anticiper pour protéger les plus vulnérables
A partir de ces récits qui concernent des populations et des territoires différents, le Secours catholique dresse trois constats. Tout d'abord, face à "l'intensification des aléas climatiques", la préparation (aménagement du territoire, information sur les risques, aides d'urgence dites "vitales") est à la fois "insuffisante et inégalitaire". Deuxième constat, bien connu mais particulièrement bien documenté dans ce rapport : "les changements climatiques aggravent les précarités et en créent de nouvelles" – c'est le "cercle vicieux de la précarité climatique", avec des problématiques nombreuses qui se conjuguent entre elles (explosion des dépenses, difficulté à se reloger, hausse des prix, baisse des revenus…). Enfin, au-delà des impacts économiques, ces épisodes "fragilisent toutes les dimensions de la vie", avec en particulier des problématiques d'accès à l'eau potable et à l'alimentation et des retombées sanitaires – ce phénomène est désigné comme une "spirale de vulnérabilités".
Le rapport se conclut sur un plaidoyer pour une "adaptation juste", c'est-à-dire "inclusive et participative", "protectrice des plus vulnérables" mais aussi "multi-sectorielle et multi-échelle". Parmi les recommandations du Secours catholiques : créer des "comités citoyens d'adaptation" dans les territoires ; s'appuyer sur les analyses des besoins sociaux (ABS) des centres communaux et intercommunaux d'action sociale (CCAS-CIAS) pour anticiper en cartographiant les risques et les besoins des populations ("croiser les données sociales et environnementales", "identifier les vulnérabilités locales" et "orienter l’action sociale") ; ou encore "mettre en place un guichet unique dans les territoires" pour garantir l'accès à l'information sur les risques climatiques locaux et fournir un soutien social et juridique aux personnes touchées par ces crises climatiques.