Des bons alimentaires à l'épicerie sociale et solidaire : un CCAS fait évoluer l'aide aux familles (59)

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Santé, médico-social, vieillissement

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Nord

Le CCAS d'Armentières a ouvert en 2013 une épicerie sociale et solidaire dont la gestion est confiée à une association spécialisée. Le concept de l'épicerie est jugé plus responsabilisant que les tickets services qui faisaient office de bons alimentaires. Avec à la clé, l’évolution vers un suivi social. Le premier impact est une forte hausse du nombre de bénéficiaires.

A Armentières (Nord, 26.107 habitants), voilà plusieurs années que le maire, Bernard Haesebroeck et l'adjointe à l'accompagnement social, Martine Cobbaert, souhaitaient aller au-delà de la simple distribution des tickets services alimentaires assurée par le CCAS. L’idée était d’évoluer vers un dispositif moins stigmatisant, misant davantage sur l'accompagnement social de personnes. D’où le projet d’une épicerie sociale, où les personnes aidées sont davantage considérées comme des "usagers" d’un service bien encadré que simples bénéficiaires d’une aide.
"Nous avons mis du temps pour monter ce projet, ce qui a pu nous être reproché, mais nous n’avons pas voulu courir le risque de voir l'épicerie fermer au bout de quelques mois" souligne l'adjointe à l'accompagnement social.

Une épicerie presque comme les autres cogérée par une association

Reconnue structure sociale et solidaire (voir encadré), l’épicerie a ouvert ses portes en mars 2014. Elle est cogérée par l'association Pacte59, qui fédère déjà plusieurs épiceries sociales et solidaires dans la région et a donc convaincu les élus par son savoir-faire. C'est elle qui fait tourner la boutique au quotidien : approvisionnement, mise en rayon, vente aux clients.
Le vocabulaire est délibérément celui du commerce, car tant l'élue que le président de l'association insistent sur cette dimension : "L'épicerie sociale et solidaire est une supérette presque comme les autres, avec des rayons, une palette de marchandises alimentaires, droguerie, des produits frais, maraichers. Les gens viennent y garnir leur panier en faisant leurs choix."
Les prix affichés sont les prix du marché. La différence intervient au passage en caisse : le client ne paye que 20% du prix total, ce qui permet à l'association d'être quasiment à l'équilibre.

Droit d’accès conditionné à un projet de la famille

Le CCAS est le seul à délivrer le droit d'accès à l'épicerie. Les familles ont une carte d’adhérent avec un budget à respecter (voir encadré) pour un accès limité à six mois, renouvelables trois fois. Ce qui fonde le contrat passé entre la famille et le CCAS, c’est le projet de l’usager. "Pour certains, l’objectif sera de pouvoir mettre de côté l'argent nécessaire à un projet d'insertion, à payer des soins, se remettre à jour dans le paiement des factures", cite en exemple l'élue.

Le CCAS a revu son organisation

Le partage des rôles est bien net entre l’association Pacte59 qui s’occupe de la gestion de l’épicerie, et le CCAS. Ce dernier a revu son organisation : les deux agents qui auparavant délivraient les tickets services, s'occupent désormais de l'accompagnement des "usagers", et leur proposent également de participer à des ateliers organisés dans les locaux de l'épicerie : socio-esthétique, diététique, gestion du budget familial.
Quant à la gestion au quotidien de l’épicerie, elle repose pour l'heure sur une poignée de bénévoles formés par l’association Pacte59. "Ces personnes, qui avaient été repérées par le CCAS, pourront devenir salariées au vu de leur expérience. Comme nous l'avons fait dans les autres épiceries, car nous avons besoin d’un responsable de magasin et d’un manutentionnaire stables", précise Dominique Lecomte, président de l’association Pacte59.

Epicerie ouverte toute l'année : boom des inscriptions

En l'espace de quelques mois, le nombre de familles utilisant cette nouvelle forme d'aide alimentaire a fortement augmenté : 400 bénéficiaient de tickets services, 600 fréquentent l'épicerie. "C'est malheureusement le reflet d'un besoin" observe l'élue. Il est trop tôt pour savoir s'il s'agit juste d'un glissement de bénéficiaires qui pouvaient aller avant aux Restaurants du Coeur ou à la Banque alimentaire, sachant qu'à la différence de ces associations caritatives, l'épicerie est ouverte toute l'année et non seulement l'hiver. C'est une autre de ses "plus values".

Carte avec budget à respecter
L'épicerie est ouverte trois jours par semaine. Les familles peuvent y faire leurs courses une fois tous les quinze jours, selon un planning donné par le CCAS. Ce dernier leur délivre une carte avec un budget à respecter ; ce budget est calculé sur la base d'un barème (ressources, composition familiale...), soit 140 euros pour une famille avec deux enfants.
Sur cette base, les familles achètent ce qu'elles veulent, et peuvent compléter avec du hors budget sur des produits frais, en limite de DLC ou DLUO, en provenance des grandes surfaces (DLC ou DLUO pour "date limite de consommation" et "date limite d’utilisation optimale" deux types de dates de péremption pour les produits).

Etre reconnue "entreprise de l'économie sociale et solidaire"
L’usager de l’épicerie sociale a une carte d'adhérent à l'association Pacte. L'adhésion est symbolique (1 euro), mais elle est essentielle pour que l'épicerie ne soit pas assimilée à un service marchand, avec toutes les incidences en terme fiscal que cela entraîne mais reconnue "entreprise de l'économie sociale et solidaire".

Emmanuelle Stroesser / Agence Traverse pour la rubrique Expériences des sites www.mairieconseils.net et www.localtis.info
 

CCAS d'Armentières

Nombre d'habitants :

26107
33, rue du Président Kennedy
59280 Armentières
ccas@ville-armentieres.fr

Martine Cobbaert

Adjointe déléguée à l'accompagnement social

Association PACTE 59

5 place Leroux de Fauquemont
59000 Lille

Dominique Lecomte

Président
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