En Côte-d’Or, les eaux pluviales d’une zone d’activités irriguent des terres agricoles (21)

Les 200.000 m³ de remblais issus des travaux d’une plateforme logistique, à Fauverney en Côte-d’Or, ont servi à construire un bassin de 4 hectares qui recueille l’eau de pluie d’une zone d’activité économique. Huit agriculteurs bénéficient de cette eau pour l’irrigation.

Durement touchées au début des années 2000 par les restructurations du groupe Thomson en Bourgogne, les 25 communes de la communauté de communes de la Plaine Dijonnaise, créée en 2006, étaient bien décidées à profiter de leur proximité avec l’autoroute A39 pour attirer de nouveaux emplois. Leur persévérance, et notamment celle d’un des vice-présidents, Luc Joliet, agriculteur aujourd’hui retraité, va payer. Dès 2007, la collectivité acquiert 56 hectares de terres agricoles sur la commune de Fauverney pour y accueillir un logisticien intéressé pour s’y installer rapidement. Le projet d’une plateforme logistique (35 hectares) et d’une zone d’activité économique (20 hectares) pour accueillir d’autres entreprises prend forme. Peu de temps après et avec la préfecture, est créé un comité local d’accélération des politiques publiques (Clapp) afin d’accélérer les procédures.

200.000 m³ de remblais au service de l’eau

Au moment où la collectivité viabilise et stabilise le sol de la plateforme de 35 hectares, se pose la question de trouver 6 hectares supplémentaires pour évacuer et étaler, sur trois mètres de hauteur, les 200.000 m³ de déblais issus de ces travaux. Un agriculteur voisin exploite une parcelle propriété de la commune ; tous deux acceptent de la céder. Mais la terre évacuée s’avère être trop argileuse pour être cultivée telle quelle. L’édile propose alors d’utiliser ce terrain pour construire un bassin de récupération des eaux de pluie de la plateforme et d’engager une véritable gestion locale de l’eau. "Sur ces terres, l’eau regorge l’hiver et manque souvent l’été. L’irrigation y est pratiquée depuis les années soixante-dix avec des contraintes imposées aux agriculteurs pour limiter le pompage dans la nappe phréatique. La construction de l’A39 et du TGV a en outre accentué certains phénomènes de ruissellement en période de grandes pluies et asséché un cours d’eau qui alimentait un bassin piscicole proche", explique le vice-président, qui connaît bien les problématiques liées à l’agriculture et qui a été plusieurs années président de la Safer Côte-d’Or.

Trois fonctions pour un même bassin 

Le bassin d’irrigation de La Boulouze aura donc plusieurs fonctions. Tout d’abord, il alimentera en eau de pluie, durant les périodes sèches, des exploitations agricoles situées en aval. Cet aménagement aura fait fermer 15 puits d’irrigation dans la nappe phréatique, ce qui a permis d’économiser les 120.000 m³ d’eau de la nappe dont a justement besoin la ville voisine de Genlis pour se développer. Le bassin constituera en outre une zone de rétention lors d’épisodes pluvieux intenses et réalimentera le cours d’eau aval en étiage. L’option est prise d’utiliser les remblais pour construire en hauteur les parois du bassin d’une surface de quatre hectares (6 hectares d’emprise au sol). Un vrai défi technique, avec des digues qui s’élèvent entre 6 et 8 mètres de hauteur ! Après quelques années de réunions, de travaux, de tests d’étanchéité et de solidité des parois, d’installation d’un système de vidange, de pompes, de vannes ainsi que de 9 kilomètres de réseaux d’irrigation jusqu’aux cultures, etc., le bassin d’une capacité de 220.000 m³ d’eau est inauguré en 2017 en même temps que la plateforme et la ZAE de La Boulouze. 

600 emplois sur le site

Associés dès le début du chantier, les huit agriculteurs bénéficiaires de cette eau ont créé l’association syndicale autorisée (ASA) du Champaison pour financer les installations d’irrigation avec le soutien du Feder et en assurer ensuite l’entretien et la maintenance. La communauté de communes a investi 17 M€ dont 2 M€ pour le bassin et a reçu des aides de la région, de l’Europe et d’un fonds de revitalisation. "Nous avons engagé les travaux du bassin sans en connaître les coûts, car ce type de projet était complètement nouveau", commente l’élu. L’eau du bassin, analysée deux fois par an est propre et irrigue les exploitations agricoles toute l’année. "Le bassin n’est jamais à sec, un orage suffit souvent à remonter le niveau d’eau de manière significative." Dans ce secteur qui fut longtemps betteravier, les agriculteurs cultivent désormais des pommes de terres, des oignons, de la moutarde et du soja de pays (non OGM). 
Aujourd’hui, plus de 1.000 camions entrent et sortent chaque jour de la zone d’activité économique dont les parcelles sont quasiment toutes vendues. Les activités installées sur ce site totalisent 600 emplois. Les espaces verts ont en outre été plantés d’une cinquantaine d’arbres fruitiers et de 400 mètres linéaires de haies mellifères. 

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