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Economie sociale et solidaire - En novembre, l'ESS attire les regards et voit plus loin

Avant la présentation du pacte de croissance pour l'économie sociale et solidaire, prévue le 29 novembre, il est encore temps pour experts et néophytes de participer à l'un des multiples événements organisés partout en France à l'occasion du Mois de l'ESS. L'occasion pour ses acteurs de mettre en lumière d'autres manières d'entreprendre et de travailler, de poursuivre la structuration du secteur et de porter des revendications.

Le Mois de l'économie sociale et solidaire touche à sa fin. Sous l'impulsion des chambres régionales de l'ESS (Cress), quelque 2.000 événements dans 17 régions étaient prévus en ce mois de novembre. "Alors qu’elle possède de nombreux atouts pour répondre efficacement aux crises et porter une vision plus démocratique et collective, l’ESS n’est pas encore assez connue du grand public. Le Mois de l’ESS est pour nous une occasion d’aller à la rencontre des citoyens et de créer des échanges entre différents acteurs d’un même territoire", présente Marie-Martine Lips, président du Conseil national des Cress (CNCress) sur le dossier de presse de la manifestation.

ESS et transition écologique

Le rôle de l'ESS dans la transition écologique - économie circulaire, réemploi, mobilité douce, éco-construction et rénovation, énergies renouvelables, éducation à l’environnement - est cette année particulièrement mis en avant. Parmi les prix attribués par le CNCress aux entreprises jugées innovantes, le prix de la transition écologique a ainsi été remis à la Tricyclerie, une entreprise nantaise qui collecte des déchets organiques en vélo-remorque puis les valorise en compost.
Parmi les autres thématiques ayant donné lieu à de multiples événements – conférences, visites d'entreprises, salons, remises de prix régionaux… -, citons la mobilité, l'agriculture et l'alimentation, les opportunités d'emploi et l'entrepreneuriat dans l'ESS, l'éducation, le numérique, ou encore l'égalité hommes-femmes.

Stratégies régionales et structuration

Au-delà du coup de projecteur, ce mois de novembre est l'occasion pour plusieurs régions de consolider leurs stratégies en faveur de l'ESS. A l'instar de la région Occitanie qui a lancé le 21 novembre son plan ESS 2018-2021. Ce "secteur économique à part entière [représente] 12% de l’emploi régional, en hausse de 4% par an. Notre plan 2018-2021 vise à l’encourager et la développer car elle dynamise nos territoires périurbains et ruraux d'Occitanie", a ainsi twitté Carole Delga, présidente de la région Occitanie et ancienne secrétaire d'État en charge notamment de l'ESS.
En Nouvelle-Aquitaine, un autre pas vers davantage de structuration du secteur vient d'être franchi, avec la signature d'un accord collectif régional des salariés de groupements d'employeurs. Une façon de sécuriser juridiquement cette "opération de prêt de main-d'œuvre" et de protéger des salariés embauchés pour partager leur temps entre de multiples structures et thématiques, peut-on lire dans un communiqué du centre de ressources pour les groupements d’employeurs.
En Bretagne, la deuxième conférence régionale de l'ESS s'est tenue début novembre sur le thème de "l'éthique en actes", ou comment garantir la cohérence entre les grands principes énoncés par l'ESS - gouvernance, conditions de travail, égalité hommes-femmes… - et les pratiques de ses acteurs. Une priorité qui figure dans la stratégie régionale de l'ESS 2017-2020. La Bretagne compte 150.000 salariés de l'ESS, soit 19% de l'emploi privé.

Un pacte de croissance très attendu

Localement comme au niveau national, le Mois de l'ESS est enfin l'occasion pour ses acteurs de porter des revendications. A l'issue de 10 mois de concertation, le pacte de croissance pour l'ESS va être présenté le 29 novembre par François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, et Christophe Itier, haut-commissaire à l'ESS et à l'innovation sociale, devant le Conseil supérieur de l'ESS.
Pour l'Union des employeurs de l'ESS (Udes), ce pacte doit être "ambitieux et exigeant" pour "redonner de la confiance aux acteurs de l’économie sociale et solidaire". L'Udes rappelle dans un communiqué du 22 novembre les deux mesures qu'elle "défend tout particulièrement" : d'une part la "création d’un crédit d’impôt recherche" pour encourager les petites associations et les petites mutuelles à innover, d'autre part "un meilleur accès aux marchés publics". L'Udes estime qu'au moins 15% de la commande publique devrait être réservé à l'ESS, dès le seuil de 25.000 euros.
La présidente du CNcress a quant à elle pointé le risque de "confusion" introduit par la loi Pacte, avec la création d'une "nouvelle catégorie d’entreprises" - les entreprises à mission (voir notre article du 20 juin 2018). Pour Marie-Martine Lips, "alors que la crise économique, la priorité donnée aux grandes entreprises et la limitation des contrats aidés participent à fragiliser notre économie, il est nécessaire que les politiques publiques [en faveur de l'ESS] soient à la hauteur".