En quoi consistent les modules d'information sur l'exercice d'un mandat local ?

Face à la technicité croissante des compétences territoriales et au durcissement des responsabilités juridiques qui pèsent sur les décideurs publics, l'accès à une information claire et standardisée est devenu un impératif pour sécuriser l'engagement citoyen.

La loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 relative au statut de l'élu local marque un tournant majeur en créant, via l'article L. 1621-7 du Code général des collectivités territoriales (CGCT), des « modules d'information sur l'exercice d'un mandat local ». Précisé par l'arrêté ministériel du 20 mai 2026, ce dispositif poursuit un double objectif : familiariser les candidats avec les réalités de la fonction et garantir une sécurisation juridique immédiate des élus dès leur prise de poste. 

I. Le cadre légal et les objectifs : un outil d'accompagnement de l'élu pour réussir son entrée en fonction

A. Le fondement textuel et les modalités d'accessibilité numérique

Le dispositif des modules d’information s’inscrit dans le cadre contraignant de la législation relative au statut de l’élu local, et impose la création de contenus pédagogiques standardisés. Pour garantir l'égal accès de tous les attributaires d'un mandat local sur le territoire national, le législateur a opté pour une dématérialisation totale. Ces modules sont ainsi centralisés, gratuits et disponibles en libre accès sur le portail numérique du Ministère de l'Intérieur, supprimant tout obstacle financier ou géographique pour les collectivités.

B. La finalité d'intérêt général : sécuriser l'entrée en fonction

L’instauration de ces modules répond à un objectif de sécurité juridique et de stabilisation des gouvernances locales. Visant l'ensemble des conseillers (municipaux, départementaux, régionaux et communautaires), ce dispositif ambitionne de délivrer un socle de connaissances homogène dès le début de la mandature, idéalement au cours des six premiers mois. En rationalisant l'apprentissage des règles de fonctionnement de l'administration locale, l'État cherche à prévenir les erreurs de gestion initiales et à surmonter le déficit d'information qui frappe souvent les citoyens accédant pour la première fois à des fonctions électives.

II. Le contenu pédagogique : l'exercice des fonctions et le cadre déontologique

A. Les prérogatives fonctionnelles et le statut matériel de l'élu (Module I)

Cette première composante objective le double rôle de l'élu local. D'une part, elle détaille ses compétences d'attribution, notamment la gestion des services publics locaux en tant qu'organe exécutif de la collectivité ainsi que ses missions d'agent de l'État, comme celles d'officier d'état civil et de police judiciaire. Le module aborde également les pouvoirs de police administrative générale, incluant la sécurité, la salubrité et la tranquillité publiques. D'autre part, la formation définit le statut matériel destiné à compenser les sujétions du mandat en précisant les modalités d’octroi et de calcul des indemnités de fonction, ainsi que les droits au remboursement des frais opposables à la collectivité, tels que les frais de déplacement, de garde ou d'assistance.

B. Le régime de responsabilité et les obligations déontologiques (Module II)

Le Module II a pour objectif de sécuriser l'exercice du mandat en abordant les responsabilités juridiques et déontologiques de l'élu. Dans cette perspective, la collectivité organise une session d'information obligatoire au cours des six premiers mois, dédiée au rappel du rôle institutionnel et du cadre éthique. Cette formation adopte une approche préventive en sensibilisant les élus aux risques pénaux, notamment les délits non intentionnels liés à l'exercice des fonctions ou les atteintes au devoir de probité telles que la prise illégale d'intérêts, le favoritisme et le détournement de fonds publics. Enfin, ce module consolide la pratique déontologique en explicitant les engagements de la Charte de l'élu local et le fonctionnement des contrôles de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, qui visent à prévenir les conflits d'intérêts au sein des assemblées. 

III. L'articulation avec le parcours de formation : un droit renforcé et concret

A. Le caractère obligatoire de l'information initiale et l'aménagement du temps de travail

La législation transforme la simple faculté de s'informer en une obligation conditionnelle. Ainsi, pour les élus titulaires d'une délégation de fonction ou de signature, comme les adjoints ou vice-présidents, le suivi d'une session d'information adaptée devient obligatoire durant la première année de mandat. Afin de rendre ce droit effectif et de concilier le mandat avec une activité professionnelle, la loi renforce les garanties d'absence. Le congé de formation opposable à l'employeur est ainsi porté à 24 jours par mandat pour les élus salariés, sécurisant leur temps d'apprentissage sans préjudice pour leur carrière. 

B. Le continuum vers les mécanismes de financement de la formation continue

Les modules d’information dématérialisés constituent la première étape d'un parcours de formation professionnelle continue tout au long du mandat. Ils incitent l'élu à mobiliser des dispositifs de financement plus lourds pour approfondir ses compétences techniques, notamment en urbanisme, finances locales ou commande publique. Ce continuum s’appuie sur deux piliers budgétaires distincts. Il repose, d'une part, sur l'obligation pour la collectivité d'inscrire des crédits de formation dans son budget propre, à hauteur de 2 % à 20 % du montant total des indemnités maximales théoriques des élus, et, d'autre part, sur l'activation du Droit individuel à la formation des élus (DIFE), un compte personnel financé par une cotisation nationale. 

En conclusion, les modules d'information sur l'exercice du mandat local constituent un levier indispensable pour sécuriser l'engagement des élus. Au-delà de leur valeur pédagogique, ces supports structurent une obligation de formation initiale, devenue impérative pour les titulaires d'une délégation de fonction au cours de leur première année de mandat. En tant que porte d'entrée vers un parcours de compétence continue, ce dispositif engage à la fois la responsabilité de l'élu dans son apprentissage et celle de la collectivité dans l'organisation effective de cet accompagnement réglementaire.  

 

Références : Lois n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 et n° 2021-771 du 17 juin 2021 ; Articles L. 1621-7, L. 2123-12, L. 2123-14 du CGCT ; Arrêté ministériel du 20 mai 2026

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