À Besançon, dans les résidences autonomie, place aux jeunes ! (25)
À Besançon, le centre d’action communale gère quatre résidences autonomie. Trois d’entre elles proposent des logements à des jeunes de 18 à 25 ans. Pour faciliter les échanges avec les personnes âgées, un cadre est proposé aux locataires : ils s’engagent à animer des activités, et bénéficient, en retour, d’une exonération des charges.
© CCAS de Besançon
L’expérimentation a été lancée en 2007 à la résidence Les Hortensias de Besançon. À l’époque, trois étages, soit 22 logements, étaient inoccupés, car non conformes à la réglementation spécifique aux établissements accueillant des personnes âgées. Le déficit se montait à près de 120 000 euros par an. Qu’à cela ne tienne ! Une alternative à la vacance est trouvée ; les logements sont proposés à de jeunes étudiants, apprentis ou jeunes travailleurs, le temps de leurs études, d’un stage ou d’une formation. Ce dispositif implique ainsi une cohabitation intergénérationnelle dans les murs des établissements.
Du spontané à l’engagement
Pour le conseil d’administration du CCAS de Besançon, cette initiative fait corps avec le projet social de faire vivre des pratiques intergénérationnelles au quotidien. La cohabitation de jeunes avec les seniors peut générer une forme de solidarité et casser les préjugés réciproques. Un pari aux résultats forcément aléatoires. Ce qui n’empêche pas l’opération d’être reconduite depuis maintenant près de vingt ans ! « Cela n’a pas été si simple », reconnaît le directeur de l’autonomie du CCAS, Nicolas Millot. Constatant au bout de deux ans que les échanges entre jeunes et seniors n’allaient toujours pas de soi aux Hortensias, le CCAS décide de formaliser le cadre. Et pose le principe suivant : pour accéder à un « logement intergénérationnel », les jeunes doivent s’engager à assurer dix heures par mois d’activités et d’échanges – individuel ou collectif -, en semaine et le week-end, auprès des résidents plus âgés. En contrepartie, le CCAS ne leur facture pas les charges (électricité, chauffage, eau). Seuls six des 22 logements ont été inscrits dans cette « démarche intergénérationnelle ». « Il s’est révélé trop compliqué d’organiser des activités pour 22 jeunes », précise le directeur. Les seize autres logements ont été loués de façon classique, sans engagement particulier, ni donc de contrepartie sur la facturation des charges.
Des exemples stimulants
Cette expérimentation a boosté les échanges devenus plus naturels entre l’ensemble des résidents. L’expérience a surtout fait des envieux. Le conseil de vie sociale de la résidence de Marulaz a repris le souhait des résidents d’ouvrir les portes à quelques jeunes. À un niveau forcément plus modeste car la résidence ne rencontrait pas de problème de vacances. En 2015, elle a commencé par la réservation d’un appartement pour deux étudiants étrangers, dans le cadre d’Erasmus. La location d’un deuxième appartement, pour deux autres jeunes, a été ajoutée en 2024, en lien avec l’Université. Une troisième résidence, les Cèdres, a suivi le mouvement et ouvert d’emblée deux appartements à de jeunes étudiants inscrits dans un établissement scolaire à proximité.
Des facteurs matériels et humains
La démarche est aujourd’hui bien installée dans ces résidences. Cela ne veut pas dire que tout se déroule facilement. Le CCAS n’a en effet pas les moyens d’affecter un référent spécifique au sein de chacune des résidences pour organiser ces temps d’échanges. La réussite repose alors sur la disponibilité du chef d’établissement. Par ailleurs, les activités entre jeunes et seniors se programment plutôt le week-end : une temporalité heureuse, car moins d’animations sont proposées durant ces journées par les professionnels.
Le dernier aléa, impossible à maîtriser, tient à la personnalité des jeunes, de même qu’à leurs emplois du temps, parfois inconciliables avec ceux des résidents. « La relation à la personne âgée n’est pas innée. Pour certains jeunes, l’expérience s’est avérée compliquée », explique le directeur.
Il y a donc eu quelques ratés, mais « globalement, ces échanges ont produit de belles réalisations », reprend le directeur. Citant des initiations (comme à la boxe) que le CCAS n’aurait jamais imaginé proposer, ou des activités plus classiques (ciné-clubs, sorties au cinéma, repas de fête, etc.) ou encore des échanges de savoirs, linguistiques et interculturels quotidiens. « Les étudiants étrangers y gagnent aussi, ils accèdent à une forme de socialisation à la culture et aux modes de vie des Français », ajoute le directeur.
Résultat, la quatrième résidence autonomie gérée par le CCAS, qui n’accueille pas encore de jeunes, tape à son tour à la porte. Son conseil de vie sociale a mis la question sur la table. Pour cette résidence au taux d’occupation élevé, la priorité reste de satisfaire à la demande d’accueil des personnes âgées avant celle de jeunes étudiants, pondère le directeur. Un arbitrage que les membres du conseil d’administration du CCAS devront à nouveau trancher…
Quatre partenaires en relation avec les jeunes
Le CCAS a signé des conventions avec quatre partenaires pour trouver des étudiants et jeunes apprentis ou travailleurs intéressés pour vivre cette démarche intergénérationnelle dans l’une des résidences autonomies de Besançon. Ces partenaires gèrent les listes d’attente des jeunes. Ces derniers postulent ensuite directement auprès des résidences, qui les accueillent en fonction de leurs disponibilités. La première convention a été signée avec le mouvement d’éducation populaire des Centres d'entraînement aux méthodes d’éducation active (Ceméa), puis avec le Lycée Saint-Jean, qui accueille des jeunes en premier cycle universitaire, l’association Erasmus Student Network (ESN), qui accompagne de jeunes étudiants étrangers dans le cadre d’Erasmus et enfin, le Crous. Le projet n’a bénéficié d’aucune aide financière particulière.
Commune de Besançon
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