À Coupiac, la pharmacie obtient un sursis (12)

Alors que le désert médical s'étend au pharmacies - une pharmacie sur dix a fermé ses portes en France au cours des dix dernières années – le village de Coupiac a sauvé de justesse la sienne. La pharmacie a pu être transformée en antenne de l’officine d’un village voisin.

Dans ce village de 353 habitants, la pharmacienne n’a pas réussi à trouver un repreneur pour son officine, malgré ses multiples recherches. De lassitude, le rideau est donc finalement tombé, en mai 2025. Les habitants n’ont toutefois pas eu le temps de se ronger les sangs, car moins d’une semaine après, le rideau s’est relevé. Le temps de quelques menus travaux, la pharmacie de Coupiac a rouvert, transformée en « antenne » de la pharmacie de Trebas (450 habitants), installée à 12 kilomètres de là, dans le département voisin du Tarn. 

Cet épilogue heureux tient à la ténacité du pharmacien de Trebas, Jean-Claude Reynal, déterminé à « sauver le maillage des officines rurales » et qui a saisi l’opportunité de l’expérimentation permettant de déroger à la règle, qui interdit à un pharmacien d’avoir deux officines (cf. encadré). 

Les premiers contacts avec l’Agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie remontent à la période du Covid, se souvient le pharmacien. Il a fallu attendre que le cahier des charges de cette expérimentation soit défini au niveau national, que l’agence détermine les territoires sous-denses répondant au cahier des charges et ensuite plaider la cause de Coupiac. La décision a été rendue le 7 mai 2025, avec la publication de l’arrêté de l’ARS autorisant l’expérimentation d’une antenne de pharmacie à Coupiac. La première sur la région.

Une première année positive

Cette antenne assure les mêmes services qu’auparavant : la délivrance des médicaments sur ordonnance, des conseils, etc. Les jours et horaires d’ouverture sont quasi identiques. « L’expérimentation oblige à ouvrir au moins deux demi-journées par semaine, nous avons choisi d’ouvrir quatre jours sur sept », précise le pharmacien qui a embauché l’ancienne adjointe de la pharmacie. Une cabine de téléconsultation a été récemment installée au sein de l’officine. « Cela devenait nécessaire, après le départ du médecin », explique le pharmacien. Si la cabine est encore assez peu fréquentée, la pharmacie continue, elle, à bien tourner. 

Sauver le poumon du village

C’est peu dire que les élus de Coupiac ont été heureux de ce dénouement. « Il fallait tout faire pour éviter que la pharmacie disparaisse », raconte l’ancien maire, Jean-Claude Souyris (1). En effet, la fermeture signifiait la fin de la présence d’une pharmacie dans le village. Car une fois la licence d’exploitation rendue, il aurait été impossible d’en obtenir une nouvelle, la loi l’interdisant dans les communes de moins de 2 500 habitants. 

Les élus craignaient que cela fragilise, par effet ricochet, l’offre de commerces de proximité (épicerie, boulangerie, pompe à essence communale) de ce bourg centre, qui compte près de 1 700 habitants, répartis dans sept villages alentours (2). « Comment envisager attirer de nouveaux habitants, sans ce commerce de proximité ? » interpelle le maire de l’époque. L’inquiétude était d’autant plus vive que le village avait justement réussi à regagner pas à pas une vingtaine d’habitants ces cinq dernières années, inversant ainsi la courbe négative des décennies précédentes. Et qu’il avait investi dans une maison de santé où exercent deux cabinets infirmiers, un dentiste et jusqu’à récemment, un médecin. L’ancien maire s’était donc attaché à appuyer le pharmacien de Trebas autant qu’il le pouvait, en partageant son carnet d’adresses, en le mettant en contact avec les interlocuteurs clés – notamment le député qui a lui-même fait le lien avec le ministère de la Santé - et en appuyant ses démarches auprès de l’ARS. « Ce n’était pas grand-chose et en même temps, c’était important », reprend Jean-Claude Souyris.

Reste l’incertitude de demain

Mais l’expérimentation ne peut dépasser trois ans, à compter de la date de publication de l’arrêté de l’ARS. En mai 2028 donc, l’expérimentation aura « soit l’autorisation de continuer, soit... » laisse en suspens le pharmacien, qui espère d’ici là convaincre les autorités sanitaires que cette dérogation a plus que du sens dans ces territoires ruraux. « Je me suis engagé pour montrer qu’on peut trouver un système pour sauver le maillage officinal. Car, en de nombreux sites, les pharmacies ne se vendent plus. Le risque est donc que le désert officinal s’installe », ajoute-t-il. Une issue à laquelle ni lui ni les élus locaux ne veulent se résoudre. Mais il met en garde : « ce genre d’initiative doit venir des professionnels de santé, pour éviter une surenchère ou une concurrence entre communes ». De toute façon, l’expérimentation telle qu’elle est encadrée au niveau national est réduite à un nombre limité de régions. L’évaluation finale sera en revanche observée de près. Car si ces dérogations venaient à être pérennisées, elles pourraient intéresser davantage de régions.

 

(1) il ne s’est pas représenté aux élections municipales de mars 2026

(2) réunis jusqu’en 2016 au sein de la communauté de communes des Sept Vallons, et, depuis, intégrés à la communauté de communes Saint Affricain, Roquefort, Sept Vallons

Une expérimentation nationale limitée à six régions

Le pharmacien de Trebas a pu reprendre l’officine de Coupiac suite à deux articles de lois. Le premier est inscrit dans la loi de sécurité sociale de 2018, avec l’article 51, qui introduit un dispositif permettant d’expérimenter de nouvelles organisations en santé. Il est complété, en 2020, par l’article 95 de la loi Accélération et simplification de l’action publique (ASAP) qui accorde des dérogations, permettant l’expérimentation d’antennes pharmaceutiques en zone sous-dense. Le cahier des charges national rappelle que cette expérimentation est limitée à six régions : Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne, Centre-Val de Loire, Corse, Occitanie et Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Il s’agit de permettre aux communes de moins de 2 500 habitants, dont l’officine a fermé « sans repreneur intéressé », « de bénéficier d’une desserte pharmaceutique grâce à la création d’une antenne » par le pharmacien titulaire d’une officine d’une commune « limitrophe ou la plus proche ». Ces antennes ne peuvent être gérées « que par une officine principale » précise-t-il également. Ce qui n’empêche pas le porteur du projet de pouvoir s’entourer de partenaires, tels que les collectivités territoriales.

Subventions de l’ARS

Le pharmacien a bénéficié de deux aides. L’une de l’Agence régionale de santé, de 16 865 euros, au titre du Fonds d’intervention régional (FIR), pour financer notamment l’adaptation du logiciel de gestion de l’officine. L’autre, forfaitaire, de 12 000 euros la première année et de 6 000 euros les six mois suivants, provient du Fonds d’innovation du système de santé (FISS) ; cette aide au fonctionnement vise à compenser notamment les surcoûts (commandes des médicaments, livraison et gestion du stock, etc.). 

Commune de Coupiac

Nombre d'habitants :

364
1 place de la mairie
12550 Coupiac
mairie@coupiacsudaveyron.fr

Voir aussi

Découvrez nos newsletters

  • Localtis :
    Propose un décryptage des actualités des collectivités territoriales selon deux formules : édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques.

  • Territoires Conseils :
    Recevez tous les quinze jours la liste de nos dernières publications et l'agenda de nos prochains rendez-vous.

S'abonner aux newsletters