Culture - Films français : Silence, on tourne (à l'étranger) !

Depuis quelques années, l'Etat et les collectivités ont multiplié les initiatives et les dispositifs - y compris fiscaux - pour inciter les productions étrangères à tourner en France (voir nos articles ci-contre du 15 avril 2011 et du 3 juillet 2009) ou pour mettre à disposition le patrimoine public (voir notre article ci-contre du 20 avril 2012). Mais qu'en est-il du tournage des productions françaises, cinématographiques ou audiovisuelles ? Les chiffres publiés le 19 juillet par la Fédération des industries techniques du cinéma (Ficam) n'incitent pas à l'optimisme.
La situation est d'autant plus paradoxale que la production de longs métrages français connaît simultanément une hausse du nombre de films de fiction (+12%) et de semaines de tournage (+9%), hors documentaire et animation, ainsi qu'une hausse du montant des investissements estimés (+11%). Mais cette augmentation des semaines de tournage (612 semaines au premier semestre 2012 contre 560 à la même période de 2011) profite presque exclusivement aux tournages à l'étranger. Ces derniers voient en effet leur nombre de semaines progresser de 64%, alors que les tournages en France reculent de 7%. Le taux de délocalisation atteint ainsi 35% au premier semestre 2012 pour l'ensemble des films français de long métrage, contre 23% au premier semestre 2011. Le taux observé sur les premiers mois de 2012 est le plus élevé de ces cinq dernières années. La Ficam relève que "cette évolution inquiète les industries techniques, d'autant plus que les films à gros budgets sont beaucoup plus sujets à la délocalisation". Le taux de délocalisation monte en effet à 69% pour les films français à gros budget (plus de 10 millions d'euros). Et il ne s'agit pas d'une question de coût de la vie ou de niveau de salaires de la main d'œuvre locale : les lieux de tournage délocalisés se situent essentiellement dans des pays européens, dont l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne, le Luxembourg...
La délocalisation des tournages est également à l'œuvre pour les productions télévisuelles, alors que ce secteur connaît - au contraire de la production cinématographique - un net recul de son activité, sous l'effet de l'envolée des formats courts (26 minutes). Les tournages au premier semestre 2012 ont reculé de 19%, atteignant le point le plus bas depuis cinq ans. Mais le secteur est pourtant confronté au même phénomène de délocalisation que le cinéma. Alors que le nombre de semaines de tournage en France baisse de 23% entre le premier semestre 2011 et le premier semestre 2012, le nombre de semaines de tournage à l'étranger a été multiplié par quatre entre le premier semestre 2010 et le premier semestre 2012.
Ces résultats posent la question de l'effet des aides de l'Etat et des collectivités. Si celles-ci semblent avoir un impact positif sur les productions étrangères, qui viennent davantage tourner en France (voir notre article ci-contre du 15 avril 2011), des dispositifs similaires existent dans la plupart des pays étrangers. Et ils semblent être de plus en plus attractifs pour les productions françaises, qui n'ont pas accès aux aides nationales...

 

Pour aller plus loin

Voir aussi

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis

* champs obligatoires

Choix du format

 

Pour en savoir plus sur le traitement de vos données nous vous invitons à consulter notre Politique de protection des données à caractère personnelle