France Clusters : quand elles coopèrent, les entreprises résistent mieux à la crise sanitaire

Les entreprises organisées en réseau (clusters, pôles de compétitivité...) résistent mieux à la crise. C'est un des constats de France Clusters, qui organisait les 2 et 3 décembre 2020 son événement en ligne Filex France. Grâce à leur coopération, elles peuvent même saisir des opportunités de court terme, comme la production de masques, et de moyen et long terme (relocalisation, nouveaux marchés). Ces réseaux ont aussi permis de faire le lien entre les adhérents et les institutions publiques.

"La coopération entre entreprises peut être un amortisseur pour faire face aux difficultés actuelles." C'est le constat fait par Xavier Roy, directeur général de France Clusters, qui fédère depuis 1998 plus de 80.000 entreprises à travers des clusters d'entreprises, des pôles de compétitivité et des Territoires d'industrie, à l'occasion de son événement Filex France, organisé en ligne les 2 et 3 décembre 2020. D'après une enquête menée mi-novembre 2020 auprès des adhérents, destinée à mesurer l'impact de la crise sanitaire, 65% des répondants - soit 20.000 entreprises -, ne ressentent pas de réelles difficultés économiques après l'été, et 97% estiment même que le risque de dépôt de bilan est très faible. Même chose côté emploi : pour 89% des entreprises qui ont répondu, il y a peu de perte d'emploi. Des données à mettre en perspective avec celles de Trendeo qui chiffre à 35.000 le nombre de destructions de postes annoncées depuis septembre pour la France. "Ces entreprises, quand elles sont impliquées dans des réseaux territoriaux, sont réactives, innovantes, et elles saisissent les opportunités que leur apporte la période", a expliqué Xavier Roy. 90% des entreprises répondantes estiment ainsi que la crise crée des opportunités. Pour 73,7%, il s'agit de l'ouverture de nouveaux marchés, et pour 63,2% de la fabrication de nouveaux produits.

 

Des opportunités à court terme

Ainsi, Techtera, un cluster installé à Lyon et spécialisé dans le textile technique, a très vite mis en place avec la Direction générale de l'armement (DGA) un système de caractérisation des masques lavables. En résulte un référentiel utilisé à l'échelle internationale (Brésil, Afrique, Europe). Les entreprises du cluster produisent plus d'un million de masques par semaine. Autre exemple : Digital Aquitaine, qui fédère des entreprises du domaine des technologies de l'information et de la communication, a facilité la création et l'adaptation de services et produits pour la santé, les plateformes de mise en relation, la désinfection des lieux. "Des entreprises du software se sont ainsi mises à fabriquer des robots de désinfection pour les collectivités locales et pour les écoles", a précisé Xavier Roy. D'autres encore, comme le cluster Allis-NA, ont favorisé la production de matériel de tests, diagnostic Covid-19, d'outils de désinfection et de visières de protection.

Les opportunités saisies ont aussi permis à certaines entreprises qui devaient fermer leurs portes de maintenir leur activité commerciale. "C'est ainsi que des menuiseries du pôle de compétitivité Xylofutur se sont mises à couper du plexiglas pour les commerçants", a détaillé le président de France Clusters.

 

Le potentiel de relocalisation révélé par la crise

Autre enseignement : la crise a mis en avant l'importance du "made in France", générant des opportunités de relocalisation de commandes au bénéfice des entreprises membres dans des domaines variés (agro-alimentaire, santé, pharmacie, dispositifs médicaux, textile, packaging, géothermie, conditionnement, circuit-court…). Le cluster Mécaloire installé en Auvergne-Rhône-Alpes et spécialisé dans la mécanique et la métallurgie a ainsi mis en place une plateforme numérique "Production en France !" recensant les compétences des entreprises mécaniques implantées sur le territoire. Ce "catalogue" a été présenté aux donneurs d'ordre pour les inciter à y avoir recours et, par ce biais, à relocaliser leurs commandes. "Depuis le lancement de la plateforme fin juillet 2020, deux gros donneurs d'ordre nous ont sollicités pour des affaires de plus d'un million et demi d'euros, a expliqué Christophe Rosenstiel, président de Mécaloire, ils sous-traitaient en Asie et en Europe de l'Est mais veulent ramener leur production en France. Il y a quelques années c'était très compliqué mais maintenant les entreprises françaises trouvent des solutions pour ramener leur taux horaire à des coûts compétitifs. Nous souhaitons que 'Produire en France' devienne un label, voire une marque." L'objectif de la plateforme est triple : ramener en France des productions qui se faisaient à l'extérieur, favoriser les réimplantations, avec l'aide de la métropole de Saint-Etienne, et moderniser les structures de production pour les rendre plus compétitives. Car comme l'a précisé David Cousquer, gérant de Trendeo, les entreprises françaises accusent un grand retard en matière d'installation de robots par rapport à Singapour, la Corée du Sud, le Japon ou même l'Allemagne.

 

Trait d'union entre entreprises et institutions publiques

Enfin, d'après l'enquête de France Clusters, les entreprises trouvent aussi dans la crise des opportunités à plus long terme, avec la création de nouveaux marchés. C'est le cas pour le cluster Mobilité active et durable qui s'est créé à Lyon, dédié au vélo en ville. Autres exemples : la reconversion, au sein du Pôle Culture et patrimoines, d'entreprises de création de chapiteaux en fabrication de véranda, ou, chez Eurobiomed en région Paca et en Occitanie, la reconversion d'entreprises du numérique vers la santé (télémédecine notamment).

Au-delà de ces potentiels, les clusters d'entreprises et pôles de compétitivité ont aussi joué un rôle d'intermédiaire entre leurs entreprises adhérentes et les institutions publiques, pour les aider à avoir recours aux outils de financement régionaux et nationaux mis en place mais aussi pour faire remonter leurs besoins auprès de ces institutions.