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Grand débat : le gouvernement peaufine ses "garanties" et mobilise les troupes

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par
Caroline Megglé, avec AFP, pour Localtis
dans

Citoyenneté et services au public

Organisation territoriale, élus et institutions

Le Grand débat national a désormais son "collège de garants", cinq personnalités que le Premier ministre rencontrait ce 18 janvier, alors que le président de la République se préparait à échanger avec 600 maires et élus d'Occitanie dans une commune du Lot. Pendant ce temps, les initiatives et formes de mobilisation - citoyens, organisations patronales, associations - se multiplient.

Alors que le président de la République se rendait ce jour à Souillac, dans le Lot, pour échanger avec 600 maires et élus d'Occitanie (voir notre encadré ci-dessous), le Premier ministre a reçu les cinq garants du grand débat national fraîchement nommés. Il s'agit de Jean-Claude Bailly, ancien patron de La Poste et de la RATP, et Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), tous deux désignés par le Premier ministre Edouard Philippe ; Nadia Bellaoui, secrétaire générale de la Ligue de l'enseignement et ancienne présidente du Mouvement associatif, désignée par le président du Conseil économique, social et environnemental ; Guy Canivet, magistrat qui siégeait jusqu'en 2016 au Conseil constitutionnel, nommé par le président de l'Assemblée nationale ; et enfin Pascal Perrineau, politologue et spécialiste de sociologie électorale, ancien directeur du Cevipof, désigné par le président du Sénat. Nommé pour "garantir l’indépendance du grand débat", ce collège de garants devra notamment veiller "à la régularité de la méthode et à celle des travaux d’analyse et de synthèse des contributions recueillies", peut-on lire sur le site du grand débat.

Les forces politiques invitées à veiller à la dimension pluraliste du processus au sein d'un comité de suivi 

Deux autres "garanties apportées en termes d'impartialité" y sont évoquées : un "comité de surveillance transpartisan" et un "comité de suivi". A priori, ces deux instances n'en formeront qu'une. Edouard Philippe a en effet proposé le 17 janvier aux chefs des principaux partis politiques et des formations politiques représentées à l'Assemblée nationale et au Sénat de désigner chacun un représentant à un "comité de suivi", afin de "veiller au plein respect du principe de pluralisme" pendant le grand débat. Dans un courrier transmis à l'AFP, Edouard Philippe a précisé qu'il réunirait ce comité "avant la fin du mois de janvier".
En outre, selon le site du grand débat, "la mission du Grand débat national et les ministres en charge réuniront régulièrement les partenaires sociaux, acteurs associatifs, et les associations d’élus, pour évoquer le déroulement de ce Grand débat".
Sur le terrain, des garants de la concertation, dont le réseau de 250 garants agréés et coordonnés par la Commission nationale du débat public (CNDP), seront-ils mobilisés pour encadrer les réunions et garantir une restitution impartiale des échanges ? Le gouvernement, en tout cas, n'en fait pas mention ; Sébastien Lecornu, ministre en charge des collectivités territoriales et co-animateur du débat, a toutefois indiqué dans son courrier aux maires que des "animateurs" pourraient venir en renfort, sur demande à la mission Grand débat national ou à la préfecture.

400 événements enregistrés sur la plateforme

Deux jours après l'ouverture de la plateforme, plus de 400 événements étaient proposés ce 18 janvier après-midi. Interrogé sur RTL ce matin alors qu'il y en avait 360, Sébastien Lecornu s'est dit satisfait du démarrage de la dynamique. "Globalement 40% [des débats] sont organisés par des élus locaux, des collectivités territoriales, 40% sont organisés par des citoyens et 20%, ce sont bien évidemment des moyennes, sont organisés par des associations", a-t-il détaillé. "A ce stade, c'est complètement spontané."
Ainsi en Ile-de-France, on trouvait ce vendredi après-midi un débat sur la reconnaissance du vote blanc, un appel à échanger sur la "transition écologique de nos logements", un rendez-vous dans un parc de Sevran (Seine-Saint-Denis) pour parler des arbres et de la propreté de la ville ; ces trois propositions émanaient de citoyens, dont la fondatrice d'une association. La mairie de Villiers-le-Bel (Val d'Oise) fait par ailleurs savoir qu'elle organise "au travers des conseils de quartier" des réunions sur chacun des thèmes du grand débat, réunions "animées et restituées par les citoyens".
Selon un sondage Odoxa Dentsu consulting diffusé jeudi, 94% des Français ont désormais entendu parler du grand débat et 62% déclarent savoir "précisément en quoi il consiste". 35% pensent qu'il aboutira "à des mesures utiles pour le pays" et 29% comptent y participer ; une adhésion minoritaire, mais globalement en progrès.
Parmi les thématiques mises sur la table, le sujet jugé indéniablement prioritaire est celui de la fiscalité et des dépenses publiques" (82% des personnes interrogées) ; suivent l'organisation de l'État et des services publics (59%) et la démocratie et la citoyenneté (56%), puis la transition écologique (40%).


Emmanuelle Wargon à Saint-Malo pour mobiliser la société civile

Alors que les élus locaux ont largement été sollicités pour prendre leur part à la démarche, les "acteurs de la société civile" sont également encouragés à participer. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire et deuxième référent gouvernemental du grand débat national, Emmanuelle Wargon se rendait à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) pour rencontrer des associations et tenter de "mobiliser un maximum d’acteurs".
Plusieurs organisations syndicales et patronales ont invité leurs membres à contribuer au débat. C'est le cas du Medef, mais aussi d'autres instances telles que l'Union des employeurs de l'économie sociale solidaire (Udes). Cette dernière va travailler avec les Chambres régionales de l'ESS (Cress) et incite ses membres à participer à la réflexion dans le cadre des Conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux (Ceser), a indiqué Hugues Vidor, président de l'Udes, lors d'une conférence de presse ce 18 janvier (Localtis y reviendra dans une prochaine édition).
Côté associations, la Fondation Abbé Pierre et la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) réfléchissent à la manière de faire participer les personnes les plus en difficulté. "Pour l'instant, le débat national élude les questions touchant aux plus précaires, mais il faut que la partie la plus pauvre de la population puisse prendre part au débat et s'exprimer", a considéré Florent Gueguen, directeur de la FAS, selon l'AFP. Les associations de ce réseau plancheraient donc sur un "kit méthodologique" adapté aux personnes hébergées en centre d'hébergement ou en structure d'insertion. Elles devraient également organiser des débats et proposer de l'aide à des personnes moins à l'aise avec l'écrit pour contribuer aux cahiers de doléances. Pour Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, "le débat ne doit pas passer à côté de ceux qui sont moins présents sur les ronds-points et dans les manifestations, c'est-à-dire les plus pauvres, ceux qui sont occupés à survivre".

 

 

A Souillac, Emmanuel Macron entame un deuxième débat avec les maires d'Occitanie

Trois jours après un premier échange marathon, Emmanuel Macron retourne sur la scène du grand débat face à 600 maires d'Occitanie rassemblés à Souillac (Lot), commune de 3.750 habitants située dans la vallée de la Dordogne, non loin de Brive-la-Gaillarde. Le format ne change pas. Comme à Grand Bourgtheroulde (Eure) mardi, Emmanuel Macron se retrouvait à partir de 15 heures entouré d'élus de tous bords, ceints de l'écharpe tricolore et venus des 13 départements de la région.
"Tant qu'il y aura des questions, il répondra", a indiqué son entourage sans s'avancer sur la durée du débat. Prévu initialement pour environ trois heures, celui de mardi s'est achevé en milieu de soirée après près de sept heures d'échanges rythmés par une soixantaine d'interventions de maires et deux longues séquences de réponses du chef de l'Etat.


Souillac avait déjà accueilli Emmanuel Macron, mais comme candidat, le 17 février 2017, alors qu'il était en pleine ascension dans les sondages pour la présidentielle. Près de deux ans plus tard, le président compte sur le grand débat pour retisser le lien avec les Français.
En introduisant les échanges dans le palais des Congrès, le maire de Souillac Jean-Michel Sanfourche abordera notamment le thème central de la ruralité et ceux de la justice sociale, économique, fiscale et démocratique, a-t-il confié à l'AFP.
 Les autres intervenants devraient également interpeller le chef de l'Etat sur l'affaiblissement des services publics dans les campagnes, qui se sentent défavorisées par rapport aux villes. Or le Lot ne compte que trois communes de plus de 4.000 habitants, dont la préfecture Cahors.
"On a tendance à mettre dans un même paquet toutes les dépenses", mais "l'école et la santé, ce sont les deux moteurs de notre investissement", a souligné le chef de l'Etat en marge d'une visite dans une école du Lot, à Saint-Sozy, avant sa rencontre avec les maires, car "ce sont des investissements sur l'humain".
 "Notre société en a besoin", car "c'est ce qui va réattirer" dans les territoires ruraux, a-t-il ajouté, en expliquant qu'"un couple de jeunes actifs vient dans un territoire s'il sait que ses enfants pourront être élevés et qu'il trouvera des médecins".
"Un énorme effort a été fait dans la ruralité sur les deux dernières rentrées que nous avons conduites, et qui continuera à être fait", a-t-il aussi promis, alors qu'il était accompagné de Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale, et de Sébastien Lecornu.

Une nouvelle rencontre avec des élus est prévue la semaine prochaine, dans un lieu que l'Elysée doit encore annoncer, a indiqué vendredi matin Sébastien Lecornu, le ministre chargé des Collectivités territoriales, co-animateur du grand débat : "L'idée est d'avoir une à deux rencontres par semaine, en fonction de l'agenda international, et garder des rencontres qui soient à taille humaine." En tout, sont prévus une dizaine de déplacements dans les régions d'ici au 15 mars, à la rencontre des maires mais aussi des "citoyens".
"Je tirerai des solutions véritables de ce débat car je veux en faire un acte II de mon mandat", a promis Emmanuel Macron en conclusion de son intervention de mardi.

AFP

 

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