HLM : le paradoxe de la mixité en trompe-l’œil

Le parc locatif social n'a jamais été aussi important en France, avec 5,4 millions de logements en 2025. Pourtant, selon une étude de l'Insee, la ségrégation résidentielle persiste dans la plupart des grandes agglomérations. Derrière l'objectif de mixité sociale, l'adresse reste un puissant facteur de différenciation, y compris au sein même du parc HLM. 

Cinq millions quatre cent mille. En 2025, le parc locatif social français n'a jamais été aussi vaste, pesant près de 16% des résidences principales du pays, rapporte l’Insee dans une étude publiée le 2 juin, et ayant étudié 34 unités urbaines de plus de 200.000 habitants. Vingt-six ans après la loi Solidarité et Renouvellement urbains (SRU), le paysage urbain a certes changé. Les communes autrefois réfractaires ont dû bâtir. 

Pourtant, l'Insee constate que la ségrégation résidentielle s’est "accentuée depuis 2004 dans la plupart des grandes villes". Le logement social, censé être le moteur de la mixité, bute sur un héritage de béton : plus d'un tiers du parc actuel est sorti de terre entre 1960 et 1975, l'ère des grands ensembles relégués en périphérie. Résultat, le système génère mécaniquement des "poches de pauvreté". À Marseille-Aix ou au Havre, l'indice de concentration frôle ou dépasse les 54%, signifiant qu’il faudrait déménager plus de la moitié des logements sociaux pour obtenir une répartition homogène dans l’espace urbain.

Dans le parc social, les écarts de niveau de vie varient fortement selon l'adresse 

L’étude révèle un phénomène plus subtil que la simple fracture entre parc public et privé : une hiérarchie invisible fragmente le monde HLM de l'intérieur. On n'est pas "pauvre" de la même manière selon l'adresse. Dans les quartiers les plus huppés, là où le parc privé caracole, les locataires du parc social affichent un niveau de vie médian de 18.700 euros par an, soit 20% de plus que leurs homologues des quartiers populaires.

Ce n'est pas un hasard, mais le fruit d'une mécanique complexe. D’un côté, des commissions d’attribution qui peuvent "orienter les attributions vers des ménages moins modestes ou vers certaines professions, suivant le type de logement et sa localisation". De l'autre, des logements intermédiaires, plus chers, concentrés dans les zones aisées et inaccessibles aux bourses les plus fragiles. Le verdict des chiffres est éloquent : les 10% des locataires sociaux les plus aisés disposent de plus de 25.880 euros par an, soit 2,7 fois plus que les 10% les plus modestes, qui survivent avec moins de 9.610 euros.

Le rôle de la mobilité résidentielle

La mobilité résidentielle vient verrouiller ce système. Les ménages les moins modestes quittent plus volontiers le parc social, sauf s'ils ont la chance d'habiter un quartier prestigieux. Dans ce cas, l’Insee note que "l’avantage monétaire d’occuper un logement social est plus élevé", ce qui les incite à rester. À l'inverse, dans les quartiers où la pauvreté dépasse les 30%, les familles les plus précaires sont confrontées à un environnement qui freine l’accès à l’emploi et pèse sur l’égalité des chances via une carte scolaire souvent moins favorable.

L'Insee a tenté une simulation audacieuse : que se passerait-il si l'on répartissait les locataires actuels de manière totalement aléatoire et homogène ? La ségrégation résidentielle globale reculerait de 14% en moyenne. Une baisse qui pourrait même atteindre 38% à Reims, ville où le logement social est particulièrement présent et ségrégué.

D'autres villes comme Caen, Le Mans, Angers et Tours montreraient également une réduction significative, entre 25% et 30% environ. À Paris, comme à Marseille-Aix, la baisse se situerait entre 14% et 15%. 

 

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