Île-de-France : plus d'un million de personnes exposées au risque de crue majeure

Plus d'un million de Franciliens, soit plus de 8% de la population d'Île-de-France, vivent dans des zones directement menacées par une crue majeure comme celle de la Seine en 1910, selon une étude de l'Institut Paris Région (IPR) parue ce 1er juin.

Près de 555.500 logements (environ 9,2% du parc d'Île-de-France) sont potentiellement exposés aux inondations par débordement, selon une étude de l'Institut Paris Région (IPR) parue ce 1er juin. Parmi eux, les logements collectifs sont très majoritaires (plus de 85,6%, soit 476.000 logements), qu'ils soient localisés dans des immeubles à usage d’habitat ou à usage mixte (commerces, équipements éducatifs ou sociaux, bureaux...). Plus d’un million de personnes (1,061 million), soit 8,4% de la population francilienne (12,4 millions d’habitants en 2022), vivent ainsi dans des zones inondables et près des trois quarts d'entre eux (782.600 habitants, 73,7%) résident dans les territoires densément peuplés de Paris et de la petite couronne. Avec près de 94.500 logements (196.800 habitants), le parc social représente une part notable (17,0%) du parc de logements potentiellement exposés, souligne encore l'étude.

Le niveau de risque est particulièrement important puisque près de 40% (217.000) des logements en zones inondables, accueillant 431.000 habitants, sont exposés à des niveaux d’aléas forts (hauteur de submersion entre 1 et 2 mètres) à très forts (hauteur de submersion supérieure à 2 mètres), correspondant à des durées de submersion de plusieurs jours.

Les vallées de la Seine et de la Marne, principaux "bassins de risques"

"Le parc de logements en zones inondables s’inscrit essentiellement dans les lits majeurs de la Seine (446.000 logements, 80,3%) et de la Marne, son principal affluent, (72.500, 13,0%), qui constituent les principaux bassins de risques en Île-de-France", constate l'étude. Avec respectivement 836.000 et 150.000 habitants, les vallées de la Seine et de la Marne concentrent près de 93% de la population potentiellement exposée aux risques d’inondation par débordement en Île-de-France. Le tronçon de la vallée de la Seine entre Juvisy (Essonne) et Achères (Yvelines), qui traverse l’agglomération centrale dans sa partie la plus densément peuplée, concentre à lui seul 69,0% (731.900 habitants) de la population francilienne potentiellement exposée. Les autres vallées alluviales franciliennes présentent proportionnellement des enjeux beaucoup moins importants, note l'étude.

"Avec respectivement 324.500 habitants dans l’hypercentre (Paris et quelques communes limitrophes) et 447.900 dans le cœur d’agglomération (première couronne élargie), la zone centrale de l’agglomération parisienne, caractérisée par ses très fortes densités de population et de logements, concentre 72,8% de la population potentiellement exposée aux inondations majeures en Île-de-France", indique-t-elle. Cette exposition est beaucoup plus faible dans les communes rurales franciliennes où moins de 65.300 habitants sont recensés en zones inondables (6,1% de la population exposée). Ces habitants vivent majoritairement (38.500 habitants) dans les villes moyennes (Meaux, Montereau-Fault-Yonne, Nemours, Coulommiers…) de la couronne rurale.

Alfortville, commune la plus exposée de la région

"Les chiffres, très élevés à l’échelle de l’agglomération parisienne et de la région Île-de-France, ne reflètent pas des situations très variables, et peuvent se révéler particulièrement sensibles à l’échelle communale", relève toutefois l'IPR. Les 15 communes et arrondissements les plus exposés, tous localisés dans les départements de Paris et de la petite couronne – à l’exception de Chelles (Seine-et-Marne) –, totalisent 46,4% (480.300 habitants) de la population vivant en zones inondables en Île-de-France et toutes ces communes sont concernées à hauteur de plus de 20.000 habitants. Alfortville (Val-de-Marne) est la commune la plus exposée de la région, avec la quasi-totalité de son territoire et de sa population (99,5%, 45.350 habitants) impactés par les inondations de la Seine et de la Marne en cas de crue majeure.

Pression de l'urbanisation dans les zones inondables

Depuis le début des années 2000, période à laquelle ont été mis en œuvre les premiers plans de prévention des risques d’inondation (PPRi) en Île-de-France, plus de 103.000 logements ont été construits/livrés en zones inondables (aléas PPRi), rappelle l'étude. Ce parc récent représente aujourd’hui plus de 18,6% des logements potentiellement exposés avec une part très significative (93,3%, 96.150 logements) d'’habitat collectif. 

"Cette évolution du parc de logements en zones inondables s’inscrit aujourd’hui essentiellement dans le cadre des processus de densification (tissus de l’habitat) et de mutation du tissu urbain (requalification de friches industrielles ou d’activités) liés à la recomposition de la zone dense", analysent les auteurs de l'étude. Du fait de la forte demande de logements, de la rareté des espaces disponibles et de la pression foncière, plusieurs centaines d’hectares doivent ainsi être requalifiés, mais une grande partie de cette offre foncière, notamment en proche couronne, s’inscrit le long de la voie d’eau, sur les sites historiques du développement industriel. "Cette évolution est très territorialisée, observe l'IPR. 70% de la construction de logements en zones inondables s’est développée au cœur la métropole parisienne dans l’hypercentre (27.500 logements, 26,8%) et le cœur d’agglomération (45.500, 44,1%). Plus généralement, l’agglomération parisienne accueille près de 93% de ces constructions nouvelles." La pression de l’urbanisation se traduit ainsi plus particulièrement sur certaines communes et arrondissements parisiens de l’agglomération centrale. Les quinze communes qui enregistrent le plus haut niveau de constructions sur la période 2000-2022 sont quasiment toutes localisées dans l’hypercentre ou le cœur de l’agglomération parisienne – à l’exception de Meaux (Seine-et-Marne). Ces quinze communes totalisent, avec plus de 53.000 logements (97% de logements collectifs), plus de la moitié (51,7%) de la construction récente en zones inondables.

Plusieurs scénarios de crues étudiés

Les auteurs de l'étude ont pris en compte différents scénarios de crues pour affiner leur analyse de l'impact sur les populations et les logements dans les grandes vallées franciliennes (Seine, Marne, Oise et Loing).

Si à l’échelle régionale, pour les scénarios de crue fréquente (occurrence décennale à trentennale), les estimations révèlent des volumes de populations exposées relativement faibles – de l’ordre de quelques centaines à quelques milliers d’habitants et de logements, essentiellement dans les territoires ruraux –, les impacts deviennent beaucoup plus significatifs à partir des scénarios de crue d’occurrence cinquantennale (76.000 logements, 159.000 habitants), avec de premiers impacts dans les zones périurbaines et dans l’agglomération centrale.

Les enjeux deviennent extrêmement élevés pour une crue de référence, du niveau de la crue historique de 1910 à Paris (crue d’occurrence centennale à tri-centennale). Dans ce scénario, ce sont près de 777.000 habitants et 385.600 logements (dont 64.400 logements individuels) qui sont recensés avec un impact très fort dans les communes du cœur d’agglomération (près de la moitié de l’exposition) mais aussi dans l’hypercentre, avec une inondation potentielle des berges de Seine dans les arrondissements périphériques parisiens.

Pour le scénario maximal étudié, supérieur de 15% au débit de la crue de 1910 et qui voit une part importante du système de protection des digues et murettes parisiennes également submergé, la situation est encore aggravée, avec plus de 343.000 habitants supplémentaires touchés soit 1,12 million, répartis à 82,2% sur l’axe Seine (921.000 habitants, 476.000 logements) et 15,4% (172.000 habitants, 84.000 logements) sur l’axe Marne.

Impacts sur les équipements et les réseaux

"Dans le cas de crues importantes ou majeures, de nombreux équipements et réseaux critiques localisés en bordure de la Seine, de la Marne ou de l’Oise seront impactés, directement ou indirectement : postes sources électriques, usines de production d’eau potable, installations de traitement des déchets ou des eaux usées, installations de stockage d’hydrocarbures, data centers...", met en garde l'IPR. L’arrêt ou le dysfonctionnement de ces installations (absence d’électricité, de chauffage, d’assainissement, d’approvisionnement en eau potable…) pourrait dégrader fortement les conditions de vie de plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d’habitants supplémentaires, mais aussi fragiliser la continuité d’activité des services publics de proximité (établissements de santé ou sociaux), qui jouent un rôle essentiel en tant que soutien aux populations en période de crise, et pour la poursuite des activités économiques. 

"Ces fragilités de réseaux (…) se traduisent par des impacts très majorants dès les scénarios de crue d’occurrence cinquantennale, souligne l'étude. Aux 159.000 habitants potentiellement exposés en zones inondables s’ajoutent plus de 474.000 habitants impactés par des zones de fragilité, qui se concentrent dans le cœur d’agglomération (217.000 habitants, 45,7%) et dans les secteurs périurbains de la couronne d’agglomération (144.600, 30,6%). Au total, près de 5,1% de la population régionale (633.000 habitants) est impactée directement ou indirectement dans ce scénario de crue.

Les enjeux deviennent "extrêmement élevés" pour une crue de référence, du niveau de la crue historique de 1910 à Paris (crue d’occurrence centennale à tri-centennale). Dans ce scénario, ce sont près de 938.000 habitants qui sont recensés dans les zones de fragilité de réseaux, avec un impact très fort dans les communes du cœur d’agglomération (352.000 habitants, 37,5%), mais aussi dans l’hypercentre (305.000, 32,0%). Avec les 777.000 habitants en zones inondables, la population régionale est exposée au total à hauteur de 13,8% (1.715.000 habitants).

Pour le scénario maximal étudié, supérieur de 15% au débit de la crue de 1910 et qui voit une part importante du système de protection des digues et murettes parisiennes également submergé, la situation est encore aggravée, avec plus de 300.000 habitants supplémentaires dépassant le seuil du million (1,24 million). La zone centrale (hypercentre et cœur d’agglomération) concentre près des trois quarts (857.000 habitants) de la population en zones de fragilité. L’impact cumulé des habitants en zones inondables et en zones de fragilité approche les 2,36 millions d’habitants (19,0% de la population régionale).

 

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