Incendies : mobilisation sur tous les fronts

42.000 hectares ravagés en Gironde, 220.000 personnes évacuées... L'ampleur des incendies et de ses conséquences est inédite. Pendant que la lutte contre le feu se poursuit, le gouvernement s'est exprimé ce lundi sur diverses mesures - aides aux entreprises, assurances, tourisme... - et le chef de l'Etat s'est rendu à Bordeaux, déclarant que "les semaines à venir seront dures". L'Association des maires de France appelle l'ensemble des collectivités à adresser des dons en faveur des communes concernées. Les départements demandent une nouvelle fois une réforme du financement des Sdis.

L'incendie massif en Gironde qui a ravagé 42.000 hectares est "stabilisé" mais pas "fixé", selon le ministre de l'Intérieur, et les autorités redoutent que cette "accalmie" ne soit que "provisoire" avec l'arrivée attendue ce mardi 28 juillet d'une nouvelle vague de chaleur. Laurent Nuñez a appelé à "vraiment rester très prudent", à la sortie du conseil des ministres, en expliquant que le répit accordé par l'incendie "veut dire qu'il n'a pas progressé dans la nuit".

C'est dans ce contexte qu'Emmanuel Macron a présidé lundi une "cellule interministérielle de crise" au ministère de l'Intérieur, avant de se rendre en Gironde pour rencontrer "des forces mobilisées" et "des élus". Dans la salle de crise du centre opérationnel départemental d'incendie et de secours (CODIS), le chef de l'Etat a appelé à "rester unis" et prévenu que "les semaines à venir seront dures". "On ne fait pas le retour d'expérience en plein milieu de la bataille", a-t-il affirmé face aux critiques naissantes. Il a également exhorté à "replanter et rebâtir une forêt différente" en s'adaptant notamment aux "conditions structurelles de changement climatique".

Au total, 115.000 hectares ont été parcourus par les incendies en France depuis le début de l'année. L'incendie qui a embrasé le pourtour du bassin d'Arcachon en Gironde a entraîné l'évacuation de 220.000 personnes, une opération d'une ampleur inédite.

Aucun retour des évacués n'est envisageable à ce stade en Gironde, avait prévenu la préfète Sophie Brocas dimanche. Les activités des colonies de vacances sont par ailleurs suspendues dans ce département touristique, a-t-elle ensuite annoncé tôt lundi. À Bordeaux, "un peu plus de 1.000 personnes" étaient toujours hébergées au parc des expositions de la ville, dont "moins d'une centaine" de personnes résidentes d'Ehpad, selon le maire et président de la métropole, Thomas Cazenave. Aucun TGV ne circule par ailleurs au sud de la ville, hormis ceux qui desservent Agen et Toulouse, et l'autoroute A63 est fermée dans les deux sens entre Bordeaux et Bayonne.

Au total, 240 habitations ont été détruites en Gironde, selon la préfecture. Si aucune victime civile n'est à déplorer, 84 sapeurs-pompiers ont été blessés, dont dix ont dû être évacués. Une "vague de solidarité", saluée par la préfète, a permis de libérer les pompiers volontaires dans les entreprises.

Dans le Var, où 2.000 personnes ont été évacuées, l'incendie est "contenu" malgré des reprises attisées par le mistral, après avoir parcouru 4.500 hectares, selon les pompiers. D'autres feux sont en cours en Corse et dans les Hautes-Alpes.

Mobilisation générale des maires…

"Des centaines de communes vivent une tragédie exceptionnelle" dont "les conséquences humaines, sanitaires et matérielles ne sont pas encore entièrement connues mais les premiers constats sur place indiquent qu'elles sont catastrophiques et durables", a écrit ce lundi l'Association des maires de France (AMF) en appelant "les communes et intercommunalités de France métropolitaine et d'outre-mer à apporter au plus vite un soutien financier aux opérations d'urgence en cours ou en préparation ainsi qu’à la longue phase d’accompagnement nécessaire". L'urgence, poursuit l'AMF, "est à la prise en charge, l'évacuation et au soutien socio-psychologique des populations sinistrées, à la fourniture de biens de première nécessité et à la mise en place de centres d'hébergement d'urgence". Concrètement, les collectivités peuvent adresser leurs dons par virement à la Protection civile (coordonnées ici), dont l'AMF est partenaire en lien avec les autres associations d’élus, dont Villes de France. "Au-delà de l'aide d'urgence (…), il y aura un travail exigeant de relogement et de soutien aux communes sinistrées dans la reconstruction", prévient l'AMF.

… et du monde agricole

Des convois de tracteurs, pickups et utilitaires remplis d'eau sillonnaient lundi les routes de Gironde pour prêter main-forte aux pompiers. "Rien qu'une cuve, c'est trois à quatre fois la capacité d'un camion de pompier. C'est un gain de temps énorme pour eux", témoignait Christopher Bonnefond, l'un des nombreux agriculteurs présents sur place.

"Les agriculteurs sont très mobilisés parce que la générosité fait partie de leur culture", a salué la préfète Sophie Brocas, en soulignant néanmoins que cette aide "doit être organisée" et ne pas relever d'"initiatives individuelles". "On voit la fumée, on y va. On a du matériel qui peut transporter 300 mètres cubes, on fait des allers-retours entre le point d'eau et les pompiers... On n'est pas là pour faire le buzz mais pour aider le plus rapidement possible", a réagi Théo Hernandez, président des Jeunes Agriculteurs de Gironde. 

"Cet élan de solidarité est important ; afin de lui assurer une pleine efficacité, il doit toutefois être organisé et coordonné, dans le but de de garantir la sécurité de chacun et d'assurer une intervention optimale sur le terrain", a de même appuyé lundi la ministre de l'Agriculture, rappelant que les agriculteurs doivent au préalable se signaler sur le site de la chambre d'agriculture de la Gironde, afin de pouvoir "coordonner les moyens disponibles" avec les sapeurs-pompiers et donner à la préfecture "une vision globale des ressources agricoles mobilisables".

L'Europe déploie des avions

L’Union européenne a fait savoir qu'elle a "déployé une assistance en faveur de la France et de l’Espagne dans le cadre du mécanisme de protection civile". Pour la France, il s'agit de sept avions et quatre hélicoptères en provenance de Croatie, d’Allemagne, du Portugal, de Slovaquie, de Suède, de Tchéquie et de Turquie. Il est par ailleurs précisé qu'un officier de liaison de la Commission européenne est présent à Bordeaux "pour aider les autorités nationales à coordonner l’aide de l’UE".

Revoir le financement des Sdis

L'association Départements de France a appelé lundi à revoir le financement des services départementaux d'incendie et de secours (Sdis), dont le modèle n'est "plus dimensionné" selon elle pour les risques actuels. Elle rappelle alerter "depuis des années" sur l'enjeu du financement de la sécurité civile. "Les défis explosent, mais les moyens n'évoluent pas à la même vitesse. Aujourd'hui, nous avons atteint un point de rupture", prévient-elle dans un communiqué. "Au moment même où les risques explosent, où les feux gagnent en intensité et où les besoins de protection des populations augmentent, les principaux financeurs de la sécurité civile voient leurs marges de manoeuvre s'effondrer", blâme Départements de France. "Les collectivités territoriales financent plus de 90% des 5,6 milliards d'euros de budget des Sdis, et les Départements assument à eux seuls près de 60% de cet effort. Notre contribution est passée de 1,6 milliard d'euros en 2005 à 3,3 milliards d'euros aujourd'hui", détaille François Sauvadet, président de Départements de France. L'association demande "l'ouverture immédiate d'une réforme du financement des Sdis, assortie de ressources nouvelles, pérennes et à la hauteur des risques auxquels notre pays est désormais confronté".

"Un coup de massue" pour les entreprises

Les incendies d'une ampleur inédite en Gironde sont "un coup de massue" pour les entreprises du département, a déploré lundi auprès de l'AFP le président de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) départementale, qui évoque une situation "jamais vue". Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a indiqué lundi matin, à l'issue d'une réunion avec les acteurs économiques locaux, que "plus de 13.000 entreprises" avaient été évacuées en Gironde et ne "pouvaient pas, évidemment, mener leur activité normale", dont 7.000 entreprises artisanales et 6.300 entreprises commerciales. Un dispositif d'activité partielle a été annoncé pour aider les entreprises concernées. La CCI a mis en place une cellule de crise, avec un numéro unique, le 3006, "qui est le point de relais pour toutes les entreprises", a-t-il souligné. "On a appris" lors de la réunion avec le ministère "qu'il y aurait une enveloppe spécifique qui allait être décidée par l'État pour accompagner l'ensemble de l'économie qui ne va déjà pas très fort", a-t-il ajouté. "On était dans une économie qui souffrait déjà, avec une augmentation assez sensible des dépôts de bilan cette année par rapport à l'année dernière", avec des entreprises déjà "pénalisées" par la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient, a-t-il expliqué. "Le secteur du tourisme" est actuellement "affecté de façon très brutale, mais toutes les activités vont être impactées", a-t-il estimé.

Un coût encore incertain pour les assureurs

Les assureurs ont annoncé lundi la prise en charge des frais de relogement des victimes des incendies qui touchent la Gironde, les Landes et le Var. "L'ensemble des assureurs français se sont engagés à ce que toutes celles et ceux qui sont déplacés puissent voir leurs frais de relogement remboursés suivant les termes du contrat, que leur résidence soit endommagée ou non", a ainsi fait savoir Roland Lescure. Cette mesure est rare. Habituellement, la garantie de relogement ne s'applique que lorsque l'incendie atteint effectivement l'habitation, et non dans le cas où les autorités demandent aux habitants d'évacuer à titre préventif. Les compagnies d'assurance étendront également jusqu'au 31 août, contre cinq jours habituellement, le délai octroyé aux sinistrés pour transmettre leur déclaration.

Pour les dommages aux biens, les particuliers sont couverts dans leur immense majorité par leurs contrats multirisques habitation (MRH). Ces contrats ne couvrent cependant pas systématiquement les dommages subis par les ouvrages extérieurs (portail, abri de jardin, piscine...). Les entreprises couvertes pour les pertes d'exploitation pourront obtenir une indemnisation de leurs assureurs, selon les modalités de leurs contrats. Les incendies de forêts n'entrent pas dans le régime assurantiel des catastrophes naturelles, ils n'ouvrent donc pas à ce système de partage du coût de sinistres entre les assureurs privés et le réassureur public, la Caisse centrale de réassurance (CCR).

Il est encore trop tôt pour donner une estimation chiffrée des incendies de l'été mais la facture s'annonce "hors norme", selon un professionnel de l'assurance contacté par l'AFP. Les premières estimations ne seront pas disponibles avant une semaine à 10 jours après la fin des événements.

Tourisme : ne pas venir…

"On encourage aussi évidemment tous les touristes à ne pas venir dans les zones concernées. Les incendies vont perturber l’activité touristique en France, particulièrement dans les régions touchées. Nous sommes mobilisés pour accompagner les professionnels et assurer la continuité économique", a déclaré lundi le ministre Serge Papin. Au-delà de cet appel, le ministère en charge du tourisme a évoqué lundi le "travail engagé avec toutes les plateformes de réservation hôtelière et de location pour qu'elles informent leurs clients des situations en cours" et une "demande de souplesse adressée aux plateformes sur les conditions d'annulation et de remboursement". Enfin, voire surtout, il a été rappelé, donc, que "toutes les entreprises touchées par les incendies ou leurs conséquences – et notamment les nombreuses entreprises du secteur touristique – ont droit au chômage partiel.

 

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