Innovation de service public : les agents de cinq départements donnent le "la"

Pour la première fois, cinq départements - le Nord, le Pas-de-Calais, l’Oise, la Somme, le Val-d’Oise - se sont réunis à Amiens, le 28 novembre 2019 - en pleine Semaine de l’innovation publique - pour donner la parole à leurs agents porteurs de projets innovants dans les services publics. 

Derrière le projet numéro 12, deux chefs de cuisine au collège, Emmanuel Vaillant et Nicolas Ricouart, tous deux mus par une furieuse envie de faire bouger les lignes pour les 48 cantines scolaires dans la Somme. "Plutôt que de cuisiner seuls, chacun dans nos cuisines, nous avons envie de faciliter le dialogue, de développer les circuits courts, bio et locaux, de favoriser les achats groupés auprès des producteurs et pourquoi pas créer des vocations chez les jeunes en agriculture !", s'enthousiasment les deux professionnels. Le projet n°12 n’a pas attendu d’être sélectionné (lire encadré ci-dessous) pour commencer à exister. L’équipe est fière de pouvoir proposer "un burger 100% local - farine et pain y compris !", "des entrecôtes dans les collèges". Autant de prouesses rendues possibles en jouant sur plusieurs leviers : en groupant les achats de "boeuf -veau-porc", des légumes et la crèmerie tout en diminuant drastiquement le gaspillage alimentaire. "Avant, sur 33 kilos de boeuf achetés, 11 était jetés", illustre l’un des cuisiniers qui préfère miser sur la "bête à viande plutôt que de réforme". Une petite révolution menée jusqu’alors avec les moyens du bord. "On s’est créé un groupe via Messager de Facebook mais l’idée serait d’avoir un outil émanant de la collectivité. Pour être réactifs et fédérés." Le projet numéro 12 a été pré-sélectionné pour cette journée ainsi que deux autres, par le département de la Somme.

"En dehors de tout cadre hiérarchique habituel"

Idem dans le Nord, le Pas-de-Calais, l’Oise, le Val-d’Oise. Chacun avait lancé à l’automne 2018 un appel à idées auprès de leurs agents, "en dehors de tout cadre hiérarchique habituel" et "dans une démarche d’intelligence collective", est-il souligné dans le dossier de presse (DP). Le but ultime étant toujours "d’améliorer un service rendu aux usagers", "de rendre plus performant un fonctionnement de la collectivité" et de promouvoir de véritables "intrapreneurs et intrapreneuses qui se mobiliseront en équipes, de manière autonome", détaille le DP. 
"Le réseau départemental des Hauts-de-France est très dynamique. Il y a une envie de travailler ensemble", souligne Emmanuelle Augros, DGA des solidarités et de l’insertion au conseil départemental de la Somme, qui a piloté la démarche innovation. Selon elle, si le département de l’Aisne n’a pas participé à l’événement, "la présence de son DGS aujourd’hui témoigne de l’intérêt pour la démarche".

Trois minutes pour pitcher

Le 28 novembre, 15 projets ont été retenus parmi les 125 propositions. 26 agents attendent plus ou moins fébrilement de pitcher face au jury. Treize personnes, des élus, des directeurs généraux des services (DGS), des agents de terrain, réunis dans l’impressionnante salle de l’hôtel du département d’Amiens. L’exercice n’est pas aisé, le chronomètre rigoureux. Trois minutes ni plus ni moins. Toutes les équipes se sont préparées, durant la matinée avec des coaches de l’Incubateur des services numériques de l’État - beta.gouv.fr. Dans l’arène, rares sont ceux qui parviennent à tout exposer dans le temps imparti. Mais qu’importe. L’état d'esprit est à la bienveillance et passé le temps réglementaire, le jury dispose encore de cinq minutes pour poser ses questions : "Avez-vous regardé si quelque chose de comparable n’existe pas déjà ?" "De quel outil auriez-vous besoin ? Un site, une application ?" 

"36% des ayants droits ne demandent pas le RSA"

Deux juristes du département du Nord ouvrent le bal et suggèrent de "trouver le bon interlocuteur au conseil départemental dans le domaine social". Ce sont eux qui, au terme des délibérations du jury, remporteront le premer prix. En partant du constat que "36% des ayants droits ne demandent pas le RSA" et qu’"il suffit parfois d’identifier le bon interlocuteur pour débloquer des situations", Damien Azambre et Chloé Declerck suggèrent de créer une interface permettant aux usagers de se géolocaliser afin de pallier les problèmes d’orientation. 
Céline Lacointe, agent d’une direction territoriale de prévention et d’action sociale du Nord, innove elle aussi en proposant la médiation animale, plus précisément canine, pour favoriser une communication quelquefois difficile entre parents et enfants confiés aux services de l’aide sociale à l’enfance (ASE). 

Un album de vie pour les enfants de l’ASE 

L’innovation n’est pas forcément technologique, même si elle s’appuie presque toujours sur les possibilités offertes par le numérique. C’est le cas du projet numéro 10, lui aussi lauréat, qui préconise la création d’un album de vie pour les mineurs confiés au service de l’ASE. Les trois professionnelles du secteur estiment que "ce qui est fait aujourd’hui pour un bébé né sous X", à savoir un album qui raconte quelle personne s’est occupée de lui, à quel moment etc. doit être fait aussi pour les plus grands". "Les récits sont fondamentaux dans la construction identitaire", arguent celles qui ont imaginé qu’un "support numérique suivant le parcours de l’enfant pourrait être créé".
"Faciliter le dépôt des demandes d’occupation du domaine public par une application" ; "améliorer la qualité des sanitaires des collèges"... les 15 projets se suivent et ne se ressemblent pas. Voilà en partie l'intérêt de la démarche : permettre de faire émerger les propositions concrètes des agents de terrain au contact des usagers du service public. Les primés seront accompagnés et bénéficieront du programme de pré-incubation pour obtenir des résultats dans un délai de trois mois maximum. Quant aux projets qui n’ont pas été sélectionnés, chaque département est libre de s’en emparer. 

8 projets retenus

  • Numéro 1- Trouver le bon interlocuteur au conseil départemental dans le domaine social (Nord)
  • Numéro 4 - Améliorer la communication des cantines des collèges avec les familles (élèves, parents), les associations, la DEJ pour un meilleur service (choix des repas, désinscription pour un jour donné, équilibre alimentaire des repas…) et réduire ainsi le gaspillage alimentaire (Oise)
  • Numéro 7 - Offrir une première réponse immédiate à l'usager lors d'un accueil physique ou à distance @solidarités et Allo62 (Pas-de-Calais)
  • Numéro 9 - Créer une application pour faire une demande d'occupation du domaine public (Pas-de-Calais)
  • Numéro 10 - Favoriser la systématisation et la conservation de "l'album de vie", pour les mineurs confiés au service de l'Aide sociale à l'enfance au titre de la Protection de l'enfance. Permettre de raconter et reconnaître l'enfant dans son développement, son quotidien, la compréhension de son histoire familiale et celle liée à son placement. (Somme)
  • Numéro 12 -Coopérer pour cuisiner autrement dans un territoire. Accompagner la transition de 48 cantines scolaire en restaurants scolaires. Faciliter la mise en réseau et les échanges entre territoires. Favoriser création culinaire respectueuse de la santé des élèves et de l’environnement. Organiser et développer les circuits courts, bio et le "fait maison" pour réduire l’impact carbone et le gaspillage alimentaire. Gérer et éduquer aux risques alimentaires. Gérer l’achat des producteurs locaux, par un travail de proximité en rendant chacun-e responsable et acteur-trice d’un système vertueux (Somme)
  • Numéro 13 - Améliorer la qualité des sanitaires des collèges : les toilettes fuient… les élèves et les tutelles aussi (Val-d'Oise)
  • Numéro 14 - Améliorer l'offre d'accueil de la petite enfance pour les familles en recherche d'emploi ou qui n’ont pas accès à l’offre existante (Val-d'Oise)
     
 

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