Inondations dans l'Aude : plus de 70 communes touchées à ce stade

Selon le dernier bilan de la préfecture, les inondations dans l'Aude ont fait 12 morts, 9 blessées et 2 disparus. Le préfet a aussi indiqué ce 16 octobre que plus de 70 communes avaient été touchées à ce stade mais que ce nombre serait sans doute dépassé quand le bilan complet des dégâts sera fait. Lors des questions d'actualité à l'Assemblée, Édouard Philippe a évoqué la mobilisation de fonds d'urgence pour venir en aide aux collectivités territoriales et aux personnes qui ont subi des dommages.

Après les pluies diluviennes ayant provoqué de très graves inondations, l'Aude commençait ce 16 octobre à panser ses plaies et à évaluer l'ampleur des dégâts. Lors de cet "épisode méditerranéen de type cévenol", il est tombé en quelques heures l'équivalent de trois mois de pluie : entre 150 et 300 mm d'eau sur l'agglomération de Carcassonne, selon Météo France.
Il s'agit de l'une des intempéries les plus meurtrières depuis une dizaine d'années : elle a fait selon le dernier bilan de la préfecture 12 morts - 6 à Trèbes, 2 à Villegailhenc, 1 à Villardonnel, 1 à Villalier, 1 à Carcassonne et 1 à Saint-Couat-d'Aude. Il y a en outre neuf blessés et deux personnes disparues.

Un bilan qui risque de s'alourdir

L'épisode était quasiment terminé ce mardi, la vigilance aux crues passant dans l'après-midi du rouge à l'orange. "On est en train de faire l'inventaire précis puisqu'on va engager la procédure de catastrophe naturelle. À ce stade, plus de 70 communes sont touchées, a indiqué à l'AFP le préfet Alain Thirion. Mais quand on aura fait le bilan, on aura dépassé les 100/120 communes avec des gradations dans les dégâts."
Mardi matin, 1.500 foyers étaient encore privés d'électricité contre 7.800 lundi matin, 3.300 postes de téléphone fixe coupés et 10.000 habitants sans eau potable. "On a distribué des milliers de bouteilles d'eau à la population", a précisé le représentant de l'État. Pendant la nuit de lundi à mardi, sur les cinq communes les plus exposées, des militaires et gendarmes ont été déployés pour sécuriser les lieux. Le préfet a également mis l'accent sur le "très bel effort de solidarité, entre les communes, entre les populations, entre les familles, qui a permis l'hébergement" de nombreuses personnes. Plus d'un millier de personnes ont été mobilisées pour ces inondations exceptionnelles. Au total, 141 secours par hélitreuillage ont été réalisés par neuf hélicoptères toute la journée de lundi, selon lui.
Sur la procédure d'alerte, "toutes les communes avaient un plan communal de sauvegarde et tous ces plans ont été actionnés, ce qui a permis une communication au grand public", a souligné le préfet. Cela "a permis aussi de procéder à des évacuations partielles, ponctuelles et préventives, notamment à Coursan et Cuxac (dans la région de Narbonne) où on a évacué dans chacun des cas un quartier où il y avait 140 personnes", selon lui.

Travaux de déblaiement

À Villegailhenc, où deux habitants ont perdu la vie, les camions de pompiers ont laissé la place aux pelleteuses. Elles remplissaient ce mardi d'immenses bennes à ordures, pleines de fauteuils, frigo, bibelots et souvenirs des sinistrés. "Pour l'instant, on a rempli trois-quatre bennes de quatorze tonnes, mais il y en a encore partout dans le reste de la ville", explique Fabrice Rouaned, conducteur de pelleteuse. Lundi, "la priorité, c'était de sortir les voitures qui s'étaient envolées et entassées n'importe comment. Aujourd'hui c'est un autre travail, on va déblayer tout ce que les gens sortent de chez eux", poursuit-il.
Maxime Jarne, directeur d'une entreprise de crème glacée à Carcassonne, ne travaillera pas pendant quelques jours : "On n'a plus de vision à long terme, on essaye de régler les problèmes les uns après les autres."

Spectacle de désolation à Trèbes

Une habitante du village de Villedubert, dont le mari, Jean Mazières, avait été tué en mars à Carcassonne lors des attentats islamistes, a perdu ses parents octogénaires, morts noyés dans leur habitation à Trèbes. "C'est horrible. La veuve a perdu ses deux parents. Tous les jours des infirmières venaient s'occuper d'eux. Ils habitaient près du fleuve à Trèbes", a indiqué à l'AFP une voisine du couple décédé, elle-même inondée, Valérie Puerta. "Ça fait beaucoup pour une petite ville comme Trèbes, on est maudit, c'est pas possible", a souligné Nicole, une autre habitante, les pieds dans la boue, en attendant l'aide de ses enfants pour évacuer ses meubles. Empilement de voitures, amas de branches d'arbres que les employés de la ville tentaient de dégager à la tronçonneuse, gravats sur la route, cuve de fioul retournée et boue omniprésente, la ville de Trèbes offrait encore mardi un spectacle de désolation.

L'hôpital de Carcassonne très gravement touché

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a salué la "résilience" des professionnels de santé de l'hôpital de Carcassonne, "très gravement touché par les inondations". "Les ascenseurs sont toujours non fonctionnels ce (mardi) matin, et donc un certain nombre d'interventions ont dû être déprogrammées, il a fallu vérifier que nous puissions dialyser les personnes qui (en) avaient besoin", a-t-elle ajouté.
Et les opérations de secours se poursuivaient mardi matin. Ainsi, à l'entrée de Narbonne, des pompiers sont allés chercher un homme de 92 ans, dont la maison a été envahie par plus d'un mètre d'eau, a constaté un journaliste de l'AFP. La commune de Cuxac-d'Aude était encore isolée mardi matin, toutes les routes étant submergées, selon Claudine Laurens, première adjointe au maire de cette ville de 4.300 habitants située le long de l'Aude.

Vers la mobilisation de fonds d'urgence, promet Édouard Philippe

"L'événement météorologique avait été anticipé, pas son intensité, pas le déroulement chronologique de sa manifestation, ce qui a rendu le phénomène plus grave encore que ce qui avait été imaginé", a déclaré le Premier ministre lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée ce 16 octobre. "Mais la vigilance orange avait été déclarée, les secours ont été prépositionnés. Et dès le lundi matin, c'est plus de 700 sapeurs-pompiers, militaires de la sécurité civile, gendarmes ou policiers, agents de la collectivité territoriale et de la préfecture qui se sont mobilisés, bénévoles aussi (...) pour apporter le secours et l'assistance nécessaires. Leur travail a été remarquable. Il n'a jamais été mis en cause", a développé le chef du gouvernement, qui s'est rendu dans l'Aude lundi. Édouard Philippe a assuré qu'il allait "faire en sorte (...) de mobiliser les fonds d'urgence qui peuvent l'être pour apporter un secours aux collectivités territoriales et aux personnes qui ont subi des dommages". Il a aussi indiqué avoir fait savoir aux compagnies d'assurance "que nous comptions sur (elles) pour faire en sorte que les indemnités soient versées le plus rapidement possible".
D'ores et déjà, le président du réseau des chambres des métiers et de l’artisanat (APCMA), Bernard Stalter, a décidé, mardi 16 octobre, d’enclencher un fonds calamité de 400.000 euros pour venir en aide aux artisans de l’Aude. "Dès que l’arrêté de catastrophe naturelle sera publié, nous accompagnerons les artisans concernés à hauteur de 1.500 euros par entreprise", indique Bernard Stalter. "Ce que ces artisans ont connu est dramatique, il faut leur remettre le pied à l’étrier, afin de faire revivre cette économie de l’Aude qui va souffrir."

 

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