L'Aude frappée par les inondations les plus graves depuis dix ans

Le département de l'Aude a été touché par de graves inondations provoquées par de violents orages, dans la nuit du 14 au 15 octobre. Selon des chiffres communiqués par la préfecture en fin d'après-midi ce 15 octobre, le bilan humain est de dix morts, huit blessés et une personne disparue. Le Premier ministre, Édouard Philippe, s'est rendu sur place et a annoncé le déclenchement de la procédure de catastrophe naturelle accélérée.

Au moins dix personnes ont été tuées dans l'Aude dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 octobre à la suite de violents orages qui ont provoqué les inondations les plus graves en France depuis une décennie. En l'espace de 5 heures, entre 150 et 300 mm d'eau sont tombés sur l'agglomération de Carcassonne, selon Météo-France. Cet "épisode méditerranéen de type cévenol" a aussi fait huit blessés graves et une personne est portée disparue, selon la préfecture. Mais ce 15 octobre après-midi la situation n'était pas stabilisée et des débordements étaient encore prévus, selon Vigicrues.
Trèbes, petite ville proche de Carcassonne déjà frappée par un attentat islamiste en mars dernier, figure parmi les communes les plus touchées ainsi que Villegailhenc, Villardonnel et Villalier. De nombreuses routes étant coupées, des habitants ont été secourus par hélitreuillage. Un millier d'habitants de la commune de Pezens ont même été évacués dans la matinée à titre préventif en raison des risques de débordement d'un barrage.

Dégâts considérables

Dans la région de Carcassonne, les champs sont complètement inondés, plusieurs chaussées détruites ou impraticables avec des arbres tombés sur les routes. Des torrents d'eau boueuse enjambent la chaussée, les cours d'eau débordent. Des véhicules ont été emportés par les flots.
Les écoles ont été fermées et les habitants doivent rester chez eux.
A Carcassonne, la circulation a été "interdite aux piétons et aux poids-lourds sur les ponts de la ville. Les automobilistes doivent rester extrêmement vigilants", a insisté la préfecture. A Trèbes, la ville est quasi-déserte et complètement investie par les secours dont les pompiers habillés en hommes-grenouilles qui circulent en barques.
"On a de l'eau dans la maison, de l'eau partout. Tout est inondé, partout dans le village. Un pont s'est écroulé. Il y a des pompiers partout, on ne sait plus où donner de la tête", a témoigné une habitante de Villegailhenc, Hélène Ségura. "Tout le monde est sous le choc parce que ça été très violent" avec des "maisons qui ont 1m20 d'eau et les bâtiments communaux idem", a confirmé le maire, Michel Proust, à l'AFP. "Et puis il y a beaucoup de casse, il y a beaucoup de destruction", a-t-il souligné. "On a mis une cellule (d'urgence) en place. La solidarité va jouer entre la famille, les voisins. On n'a pas d'eau, pas d'électricité donc il va falloir distribuer de l'eau maintenant."
Au monastère de Villardonnel, où une religieuse a trouvé la mort, "les dégâts sont considérables. On leur a prêté des chaises pour qu'ils puissent manger à sec à midi", a expliqué à l'AFP Roselyne Navarro, membre du comité d'action sociale de la ville. Une habitante d'une cinquantaine d'années, dont la maison est en contrebas, a par ailleurs été retrouvée saine et sauve après avoir passé "quatre heures dans les bois" en pleine nuit, "pieds nus", selon la même source.
La vigilance rouge crues, qui concernait depuis lundi matin la vallée centrale de l'Aude, a été étendue à trois tronçons supplémentaires, les Basses Plaines de l'Aude, Orbieu et Cesse, a indiqué Vigicrues à la mi-journée.
"La crue exceptionnelle en cours à Trèbes est proche mais inférieure à la crue de 1891", a souligné Vigicrues dans son bulletin. L'eau a atteint 7,68 mètres vers 7h30 lundi, selon le site internet de l'institut. En 1891, le 25 octobre, l'eau était montée jusqu'à 7,95 mètres.

Procédure de catastrophe naturelle accélérée 

Dans un communiqué, l'Assemblée des maires de France (AMF) a exprimé sa solidarité avec les élus et les populations des communes sinistrées. "L’ampleur inédite de ces intempéries mobilise les maires, les élus locaux et les agents des collectivités territoriales et des services de l’Etat pour prévenir, porter secours et réparer", souligne-t-elle. "L’AMF souhaite que les procédures de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle soient conduites avec la plus grande rapidité chaque fois qu’elles seront nécessaires". Le Premier ministre Edouard Philippe qui s'est rendu sur place lundi en fin d'après-midi a annoncé que le gouvernement allait mettre en oeuvre la "procédure de catastrophe naturelle accélérée". "Nous avons pris contact avec la Fédération française des sociétés d'assurance et nous lui avons indiqué combien il était nécessaire que les indemnisations des particuliers puissent être les plus rapides possibles", a ajouté le chef du gouvernement et ministre de l'Intérieur par intérim.

Les épisodes méditerranéens, des phénomènes violents difficiles à prévoir
Des orages brefs, localisés et très violents, accompagnés de pluies intenses : les "épisodes méditerranéens" ou "orages cévenols", comme celui qui a provoqué les dramatiques inondations dans l'Aude, restent difficiles à prévoir. Ces phénomènes, qui se produisent trois à six fois par an en moyenne, se caractérisent par des pluies intenses "qui provoquent des inondations souvent rapides (crues éclairs)", explique Météo-France. "L'équivalent de plusieurs mois de précipitations tombe alors en seulement quelques heures ou quelques jours." Ils se produisent en général à l'automne, quand la mer Méditerranée est la plus chaude, favorisant une forte évaporation. Ces masses d'air chaud, humide et instable remontent vers le nord. "En milieu rural comme en zone périurbaine, des vallons secs peuvent se transformer en torrents" et en ville, l'eau peut s'accumuler dans des zones basses, selon des documents du ministère de la Transition écologique. Les 15 départements méditerranéens (Alpes-de-Haute-Provence, Alpes maritimes, Ardèche, Aveyron, Aude, Bouches-du-Rhône, Corse-du-Sud, Haute-Corse, Drôme, Gard, Hérault, Lozère, Pyrénées-Orientales, Var et Vaucluse) sont concernés par ces épisodes.
Dans le cas des violents orages et des graves inondations qui viennent de frapper l'Aude, on a assisté à la combinaison de deux phénomènes, explique Marc Pontaud, directeur de recherche chez Météo-France : la présence d'un "front nuageux" arrivé par la Bretagne et "l'ex-cyclone Leslie qui a interagi avec cette longue bande nuageuse" en s'enfonçant dans la Méditerranée. Résultat, "au lieu de s'évacuer très rapidement, la zone de précipitation a stationné quelques heures, en particulier au-dessus du département de l'Aude", ajoute-t-il.
Depuis 2010, Météo-France étudie de près les épisodes méditerranéens via le programme de recherche international Hymex, mais ils restent difficiles à anticiper. Si l'organisme de prévision est capable de prédire qu'un risque menace une zone, "il est impossible de prévoir exactement où ce phénomène va se déclencher localement", souligne le portail d'informations public Géorisque.
Leur fréquence est aussi très aléatoire. Sur la période 1958-2014, "l'année 2014 détient le record maximal du nombre de jours de pluie intense devant 1976, tandis que 2012 fait partie des années les moins affectées", cite à titre d'exemple Météo-France sur son site. Une des difficultés est que la plupart des modèles climatiques simule l'évolution du climat en se basant sur des zones relativement larges. "Mais à cette échelle, les spécificités du climat ne peuvent pas être correctement représentées", explique l'institut.
De plus, "tout ce qui a trait au cycle hydrologique reste assez incertain dans les simulations de changement climatique des premières décennies du XXIe siècle", indique Météo-France. Avec une meilleure connaissance des phénomènes d'évaporation en Méditerranée, de ce qui se passe à l'intérieur des nuages, des modèles de prévisions à une échelle plus fine ou encore l'amélioration des statistiques concernant ces phénomènes qui restent exceptionnels, "on a des pistes prometteuses d'importants progrès", espère toutefois Marc Pontaud.
Des tendances à long terme se dessinent sur le bassin méditerranéen avec le changement climatique : "une baisse des précipitations moyennes, visible à partir du milieu du XXIe siècle" et "des épisodes méditerranéens plus fréquents et potentiellement plus intenses à la fin du XXIe siècle".
Fin août dernier, le gouvernement a lancé une nouvelle campagne de sensibilisation pour adopter les bons comportements en cas de pluies intenses : fuir les cours d'eau, ne pas descendre en sous-sol et dans des parkings souterrains, ne pas aller chercher ses enfants à l'école, ne pas prendre sa voiture... Pour s'informer, le public peut notamment se référer au site www.vigicrues.gouv.fr, qui scrute 22.000 km de cours d'eau en France. Le dispositif "Vigicrues Flash", a été mis en place pour les mairies. Les 10.000 communes éligibles en France, peuvent ainsi recevoir - par SMS notamment - des avertissements sur l'arrivée de crues soudaines, plus précis que les habituelles vigilances départementales. Avec AFP
 

 

 

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