Jeunes majeurs de l'ASE : des progrès mais un accompagnement encore insuffisant, pour le collectif "Cause majeur !"

L'appropriation du cadre global issu de la loi Taquet de 2022 progresse, mais l’accompagnement des jeunes majeurs de l'aide sociale à l'enfance (ASE) ne se renforce pas partout de la même manière, selon le collectif "Cause majeur !" qui dévoile ce jour les résultats de sa dernière enquête. Au-delà des inégalités territoriales, la logique d'"activation" des mesures déployées ne serait pas adaptée aux jeunes ayant un profil "complexe" (notamment du fait d'un handicap), selon une récente recherche soutenue par l'Injep et le Défenseur des droits.

"Quatre ans après la loi Taquet, les jeunes majeurs ne sont toujours pas suffisamment protégés", selon le collectif "Cause majeur !" qui réunit une trentaine d'acteurs sous la houlette de l'association SOS Villages d’Enfants. Dans une enquête conduite auprès de 116 professionnels de terrain intervenant dans 49 départements, rendue publique ce 5 février 2026, le collectif souligne toutefois certains progrès. 

Un accompagnement d'une durée moyenne de 22 mois 

Tout d'abord, "la connaissance du cadre légal progresse nettement", 74% des répondants estimant que les dispositions issues de la loi du 7 février 2022 sont désormais connues des services de protection de l'enfance, contre 62% l'an dernier. La durée cumulée de l'accompagnement des jeunes âgés de 18 à 21 ans augmente également : 22 mois en moyenne, soit un mois de plus qu'il y a un an, et 19 mois pour les jeunes majeurs anciennement mineurs non-accompagnés (MNA) contre 17 mois l'an dernier. 

Des progrès sont également soulignés sur la reconnaissance du "droit au retour" à l'ASE (mis en œuvre dans les départements de 53% des répondants, contre 37% il y a un an), sur l'information relative à la récupération du "pécule" ou encore sur la capacité des départements à proposer aux jeunes "un accompagnement global vers l’autonomie" (soutien à l'insertion professionnelle, aide administrative, accompagnement thérapeutique…). 

Des obligations légales qui sont peu mises en œuvre 

"Ces avancées ne doivent toutefois pas masquer les fragilités persistantes", insiste le collectif, qui déplore en particulier que "près d’un répondant sur deux ne constate ni d’amélioration globale de l’accompagnement des jeunes majeurs ni d’augmentation du nombre d’accompagnement provisoire jeunes majeurs (APJM) délivrés depuis la loi du 7 février 2022". Parmi les points d'alerte soulevés, le collectif observe un affaiblissement du cadre d'accompagnement, dans un contexte de fortes tensions sur les ressources humaines. Ainsi, 26% des répondants déclarent que les jeunes accompagnés "ne disposent pas d'un éducateur référent" de l'ASE, contre 7% il y a un an. 

"Une nouvelle loi est nécessaire pour clarifier et renforcer les droits des jeunes majeurs", selon la coordinatrice du collectif, Florine Pruchon. Dans l'attente, le collectif demande une application de la loi Taquet dans toutes ses dimensions, dont un "accompagnement a minima jusqu’à 21 ans et selon les besoins de chaque jeune", la mise en œuvre des entretiens obligatoires (l'entretien à conduire un an avant la majorité du jeune, mais aussi l'entretien "six mois après la sortie", qui serait actuellement "très marginal") ou encore l'"effectivité de la priorisation au logement social". 

Profils complexes : des "efforts consentis auprès des mineurs" qui "peinent à trouver des équivalents dans l’accompagnement jeune majeur"

Les résultats de cette enquête font écho à une recherche sur les "territoires de la protection des jeunes majeurs", publiée en novembre dernier par l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (Injep) et synthétisée en janvier 2026 par le Défenseur des droits. La loi Taquet de 2022 "a marqué un tournant" au moins dans l'"harmonisation du discours" autour de "la nécessité d’éviter les 'sorties sèches'" de l'ASE, soulignent ses auteurs. Mais "la mise en œuvre effective de cette obligation varie fortement selon les territoires", certains départements cherchant à "renforcer une logique de stabilisation et de sécurisation des parcours" et d'autres se contentant d'une "application minimaliste" susceptible de "[fragiliser] les jeunes au lieu de les protéger", est-il mis en avant. 

Au-delà de ces "doctrines territoriales implicites" qui seraient à l'origine d'inégalités toujours importantes entre des jeunes ne résidant pas dans le même département, la logique d'"activation" sous-tendue par l'accompagnement des jeunes majeurs est interrogée. Lorsque le jeune atteint 18 ans, "d’une logique de protection, l’intervention passe à l’activation des jeunes" et l'accompagnement peut alors s'apparenter à "une sorte de 'contre-la-montre' qui met les jeunes et leurs accompagnants sous pression". Cette approche, "qui valorise l’autonomie, l’engagement dans un projet d’insertion, et la capacité à se conformer aux attentes institutionnelles", exclut de fait les jeunes qui ne s'y conforment pas, selon les chercheurs.

Il s'agit notamment de jeunes concernés par des problématiques de santé mentale, de handicap et de délinquance – des situations "complexes" justifiant parfois des "efforts consentis auprès des mineurs" (services dédiés avec des "prix de journée pouvant avoisiner les 500 euros) et qui "peinent à trouver des équivalents dans l’accompagnement jeune majeur". Pour les auteurs de cette recherche, "loin de sécuriser la transition, [les mesures jeunes majeurs] peuvent alors contribuer à accélérer la rupture". 

 

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