La Commission européenne présentera au printemps son plan d’action pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre

Le commissaire européen à l’emploi et aux droits sociaux, Nicolas Schmit, a répondu mercredi 7 février à l’invitation conjointe des commissions des affaires européennes et des affaires sociales du Sénat afin d’évoquer les sujets d’actualité au plan européen et notamment le sommet des partenaires sociaux qui s’est tenu le 31 janvier dernier à Val Duchesse, près de Bruxelles.

Le Luxembourgeois Nicolas Schmit, commissaire européen à l’emploi et aux droits sociaux, était invité mercredi 7 février par Jean-François Rapin, sénateur (LR) du Pas-de-Calais et président de la commission des affaires européennes du Sénat et son homologue des affaires sociales, Philippe Mouiller, sénateur (LR) des Deux-Sèvres, à dresser un bilan de la politique menée par la Commission européenne en matière sociale, avec en toile de fond, le récent sommet des partenaires sociaux qui s’est tenu à Val Duchesse près de Bruxelles. Un événement faisant écho au premier sommet du genre organisé il y a près de quarante ans par Jacques Delors, alors président de la Commission européenne.

Pénurie de main-d’œuvre et de compétences

Le sommet, qui s’est tenu le 31 janvier dernier sous l’égide de la Commission européenne a été ponctué par la signature avec la présidence belge du conseil de l’Union européenne et les partenaires sociaux, d’une "déclaration tripartite pour un dialogue social européen fructueux". Un engagement à "relever les principaux défis auxquels les économies et les marchés du travail européens sont confrontés", au premier rang desquels la pénurie de main-d’œuvre et de de compétences pointe en bonne place. Au sein de l’Union européenne, 63% des PME estiment que les pénuries de main-d’œuvre et de compétences les freinent dans leur développement. Un sujet pris très au sérieux par la Commission qui présentera au printemps prochain un plan d’action spécifique pour répondre à cette problématique.
"Nous vivons une période de transformations profondes dans tous les domaines, commente Nicolas Schmit, en raison du changement climatique mais aussi dans le monde du travail et le monde économique" à travers l’avènement de l’intelligence artificielle et le développement de la robotisation, notamment. "L’industrie automobile emploie 14 millions de personnes en Europe et elle doit passer du moteur à explosion au moteur électrique ! Tous les sous-traitants seront impactés et la question est : comment allons-nous gérer ça ?", s’inquiète le commissaire européen. "Jacques Delors, dont le grand projet était le marché intérieur, avait compris que l’on ne pouvait pas mettre en œuvre un tel projet sans associer les partenaires sociaux à ces changements", rappelle-t-il. Le sommet du 31 janvier dernier "est le signal que l’on doit créer un cadre de dialogue social à l’échelle européenne (...) pour accompagner les grandes transformations en cours".

"L’Union européenne va perdre chaque année près d’1 million de citoyens qui devraient être dans l’emploi"

Plus qu’une série d’annonces, la déclaration de Val Duchesse fixe une feuille de route, explique le commissaire européen, "pour mieux associer les partenaires sociaux et rendre acceptables et intelligibles ces changements". La pénurie de main d’œuvre est "le" grand sujet dans l’ensemble des pays membres, "même dans les pays où le taux de chômage est encore supérieur à celui de la France". Un phénomène qui touche les emplois très qualifiés mais aussi d’autres qui le sont moins tels que dans la restauration ou le secteur des soins. En raison de l’évolution démographique, "l’Union européenne va perdre chaque année près d’1 million de citoyens qui devraient être dans l’emploi. Comment va-t-on gérer cette réduction de la main-d’œuvre et comment va-t-on qualifier mieux ceux qui sont sur le marché du travail ?" Autant de questions auxquelles les Etats membres et les partenaires sociaux à l’échelle européenne devront répondre dans les années qui viennent.
Une partie de la réponse viendra de la formation des jeunes et notamment de l’apprentissage, souligne le commissaire européen, qui salue les progrès réalisés en France sur ce terrain, "mais le grand thème restera celui de la qualification et de la requalification" plus que jamais nécessaire au regard de la transition verte et de la révolution numérique à l’œuvre. Consciente de l’enjeu, la Commission européenne a choisi d’ouvrir le 8 mai dernier, et ce jusqu’au 9 mai prochain, l’année européenne des compétences. Un projet "très delorien", relève Nicolas Schmit.