Grands événements sportifs - La Guyane devient base avancée des grandes compétitions organisées au Brésil
En 2014 et 2016, le Brésil accueillera les deux plus grandes compétitions sportives planétaires : la Coupe du monde de football et les Jeux olympiques. Pour profiter de ces événements qui auront lieu dans un pays avec qui elle partage 730 km de frontières, la Guyane s'est lancée dans une aventure inédite : devenir base avancée des équipes de France lors de ces deux rendez-vous. Une délégation guyanaise était jeudi 2 juin à Roland-Garros pour présenter ce projet baptisé "Guyane, base avancée". Bernard Lama, président du collège des ambassadeurs sportifs du projet, parle de chance historique : "C'est un bon moyen de développement sportif mais aussi économique et touristique. On ne reverra pas de notre vivant le Brésil accueillir deux événements aussi importants en deux ans."
Haut niveau et sport pour tous
Le programme, qui comprend des constructions et des rénovations de nombreux équipements sportifs, va s'articuler autour de deux axes. D'une part le développement de l'attractivité du territoire pour les équipes de France, voire étrangères, en vue de leur préparation aux compétitions qui auront lieu au Brésil. Le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) servira d'intermédiaire pour convaincre les fédérations sportives d'aller faire des stages en Guyane ou d'y organiser des compétitions préparatoires. D'autre part le développement des équipements de proximité pour la population locale de façon à rattraper le retard du territoire.
Pour attirer le haut niveau, seront construits ou rénovés : deux stades de football, une salle multisports de 3.000 places, une piscine olympique, une piste d'athlétisme, une salle d'armes, un plateau médicosportif et un stade nautique. "Tous ces équipements, promet Bernard Lama, resteront à taille humaine et ne verseront pas dans le sport spectacle. Les stades de football auront une capacité modeste, avec au maximum 8.000 places, de façon à ce qu'ils puissent être utilisés au-delà de 2016 sans trop peser sur les finances des collectivités locales." En ce qui concerne les équipements de proximité, l'objectif est de faire passer de 13% à 25%, soit la moyenne nationale, la part de la population guyanaise licenciée dans un club sportif. Pour les représentants du territoire, le mauvais chiffre actuel s'explique justement par le manque d'équipements.
Une première tranche de 30 millions
Deux tranches de financement sont prévues. La première s'élèvera à 30 millions d'euros pour la période 2011-2013, répartis comme suit : 8 millions du Centre national pour le développement du sport (CNDS), 3 millions du Centre national d'études spatiales (Cnes), 4 millions de l'Union européenne, 4 millions du conseil régional, 2,7 millions du conseil général, le reliquat venant des communes guyanaises impliquées. Par ailleurs, des crédits européens Feder, à hauteur de 7 millions d'euros, seront spécialement affectés à des aménagements hôteliers, nécessaires notamment à la réception de délégations sportives. Enfin, un groupement d'intérêt public (GIP) sera constitué avant l'été. Chantal Jouanno, ministre des Sports, a déjà approuvé sa constitution - reste à obtenir la signature du ministère du Budget. Le capital de ce GIP : 20% à l'Etat, 20% au conseil régional, 20% au conseil général, 5% au comité régional olympique et sportif, 5% à la chambre de commerce et d'industrie de Guyane, 5% à l'Association des maires de Guyane et 5% au collège des ambassadeurs sportifs.
Le deuxième volet du plan de financement, l'après 2013, devrait servir à équiper les communes isolées, qui représentent la moitié de la population. Son enveloppe n'est pas encore connue.
Hormis l'aspect sportif, la Guyane compte encore s'appuyer sur la dynamique autour de la Coupe du monde 2014 et des Jeux olympiques 2016 pour créer des liens plus solides avec les pays voisins, notamment le Brésil et le Venezuela, au-delà des relations épisodiques actuelles. Au risque de les dépasser ? Pourquoi pas... Lucie Decosse, championne du monde de judo et membre du collège des ambassadeurs sportifs de "Guyane, base avancée", a en effet prévenu, non sans humour : "Si Rio n'est pas prêt en 2016, on pourra toujours organiser les Jeux olympiques en Guyane."