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A.L. avec AFP

La maire de Paris va lancer une étude sur la "gratuité des transports en commun"

Ile-de-France

Anne Hidalgo a annoncé ce 19 mars vouloir lancer "une étude sur la gratuité des transports en commun" dans la capitale pour lutter contre la pollution automobile. La présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, s'est dit "ouverte à toutes les idées neuves" en posant toutefois ses conditions.

La maire PS de Paris Anne Hidalgo a annoncé ce 19 mars qu'elle allait lancer "une étude sur la gratuité des transports en commun" pour les Parisiens. "J'ai décidé de charger trois de mes adjoints de conduire une vaste étude sur le sujet, qui associera des experts français et étrangers", a-t-elle annoncé dans un communiqué. Christophe Najdovski, adjoint aux transports, Jean-Louis Missika, adjoint en charge du développement économique, et Emmanuel Grégoire, adjoint PS aux finances, présenteront dans les prochaines semaines le calendrier et le cahier des charges de cette étude, à laquelle seront associés les groupes politiques du Conseil de Paris, majorité et opposition, a précisé la mairie de Paris.
Anne Hidalgo avait auparavant affirmé dans un entretien aux Echos que la "question de la gratuité des transports est une des clefs de la mobilité urbaine dans laquelle la place de la voiture polluante n'est plus centrale". Dans cette étude, "il s'agira d'analyser les exemples en France et à l'international", poursuit Anne Hidalgo dans le communiqué, "il faudra en particulier évaluer s'il existe un modèle économique viable : rien ne dit aujourd'hui que cela est possible", a ajouté la maire pour qui "la gratuité pour l'usager implique forcément d'identifier d'autres sources de financement". La question mérite "d'être posée, sans a priori et sans dogmatisme", selon la maire.

Gratuité du passe Navigo pour les plus de 65 ans sous conditions de ressouces

Cette annonce intervient alors que le Conseil de Paris doit voter cette semaine la gratuité du passe Navigo dans l'année pour les Parisiens de plus de 65 ans, sous conditions de ressources (jusqu'à 2.200 euros de revenus pour une personne seule). Anne Hidalgo avait annoncé en janvier que quelque 200.000 personnes pouvaient être en mesure de bénéficier de cette gratuité. La mesure coûtera 12 millions d'euros à la ville de Paris, qui versera cet argent à Ile-de-France Mobilités (ex-syndicat des transports d'Ile-de-France), en charge de la délivrance des passes de transport.

Tentatives infructueuses à l'étranger

Le gouvernement allemand a proposé en février la gratuité des transports en commun afin de réduire la pollution dans les villes, à l'origine formulée en réponse à une menace de poursuites de l'Union européenne sur la question du diesel, avant de préciser peu après qu'il n'y avait pas de projet concret ou de ville volontaire pour tester la mesure. Les tentatives ponctuelles d'instaurer la gratuité des transports en commun, régulièrement sujet à réflexion, se sont avérées jusqu'ici plutôt infructueuses. Aux Etats-Unis, la grande métropole de Seattle a ainsi abandonné une telle mesure. Selon la mairie de Paris qui cite Tallinn en Estonie où la gratuité est en place depuis 2013, "aucune agglomération de la taille de Paris n'a toutefois mis en place à ce jour un tel dispositif".

"Deux conditions" pour Valérie Pécresse

Valérie Pécresse, présidente LR de la région Ile-de-France et d'Ile-de-France Mobilités, a prévenu ce 20 mars la maire de Paris qu'elle ne pouvait "pas faire cavalier seul" sur l'éventuelle gratuité des transports dans la capitale. "Je suis ouverte à toutes les idées neuves, d'où qu'elles viennent. Évidemment, il faut étudier cette question. Pourquoi pas ?", a-t-elle déclaré sur Radio Classique en posant toutefois "deux conditions". "D'abord, il ne doit pas y avoir un euro en moins de recettes pour Ile-de-France Mobilités. Aujourd'hui, la priorité des priorités, c'est la modernisation des transports", a-t-elle souligné. "Or la vente des tickets, ça rapporte trois milliards d'euros à Ile-de-France Mobilités chaque année. Donc il faut trouver ces trois milliards. Si ce ne sont pas les voyageurs qui paient, ce seront les contribuables qui paieront d'une manière ou d'une autre", a ajouté l'ancienne ministre.
"Deuxième condition" mise en avant par Valérie Pécresse, le fait qu'il n'y ait "pas d'inégalité entre les Parisiens et les habitants de la banlieue". "Ce serait totalement injuste et ce serait totalement inefficace", a-t-elle insisté. "Vous imaginez bien que la pollution est largement importée à Paris. Donc, si on fait la gratuité des transports à Paris pour les Parisiens, ça n'aura pas d'impact sur la baisse de la pollution puisque ce sont les Franciliens qui, la plupart, prennent leur voiture pour venir à Paris", a-t-elle fait valoir. "Il faut coordonner cette réflexion et, bien entendu, Ile-de-France Mobilités y participera", a ajouté Valérie Pécresse.

Gratuité dans les transports publics urbains : la mise en garde du Gart
Dans une note réactualisée en septembre dernier, le Groupement des autorités responsables de transport (Gart) recensait en régions, sur plus de 300 autorités organisatrices de la mobilité, 15 réseaux ayant fait le choix de la gratuité totale et 9 proposant une gratuité conditionnée, majoritairement dans des agglomérations de moins de 50.000 habitants. Pour l'association d'élus, si la gratuité totale peut être "pertinente" dans certains réseaux où les recettes tarifaires sont très faibles, voire inférieures au coût de la perception, "elle ne peut toutefois pas être généralisable à l'ensemble des territoires". "Même gratuit pour l'usager, le transport public ne l'est pas pour la collectivité qui, en se privant des recettes des usagers, devra compenser cette perte." L'enjeu pour le Gart est plutôt de "rééquilibrer le poids des différentes sources de financement des transports urbains". En effet, pointe-t-il, "les entreprises et les administrations sont les principaux contributeurs au travers du versement transport lequel apporte 47% du financement tandis que les collectivités locales, les usagers et l'Etat y participent respectivement à hauteur de 35%, 17% et 1%." Dès lors que la gratuité ne leur semble pas généralisable à l'ensemble des territoires, les élus du Gart affirment vouloir promouvoir, pour aider les personnes en situation de précarité, "la mise en place de tarifications sociales davantage basées sur les revenus plutôt que sur le seul statut des individus." Anne Lenormand

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