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Sports - La nouvelle ministre des Sports sur les pas de son prédécesseur... et à contre-courant du mouvement sportif

Les apparences sont parfois trompeuses. En annonçant "un nouveau départ pour le sport français" lors de son intervention, jeudi 17 avril, devant le conseil d'administration du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), la nouvelle ministre des Sports, Najat Vallaud-Belkacem, s'inscrit en réalité dans la droite ligne des actions entreprises par son prédécesseur. Ses quatre priorités sont celles qu'avaient déjà mises en avant Valérie Fourneyron depuis 2012.
Pour celle qui est également chargée de la Ville et de la Jeunesse au sein du gouvernement, la première des priorités sera de "donner toute sa place au sport comme un outil éducatif". A ce titre, les nouveaux rythmes scolaires sont "l’occasion de renouveler le partenariat entre le monde scolaire et associatif sportif". Sur ce thème, où le monde sportif s'est souvent cassé les dents, des propositions seront faites prochainement à Benoît Hamon, ministre de l'Education.

Des initiatives déjà prises ces dernières années

La deuxième priorité consiste à "faire du sport un outil de promotion de la santé publique." Ici plus qu'ailleurs, la nouvelle ministre reconnaît qu'il ne faut pas tout réinventer. Et pour cause, il s'agissait d'une priorité d'action de Valérie Fourneyron, ancienne médecin du sport. Les plans régionaux sport santé bien-être pourraient ainsi être accentués, l'opération Sentez-vous sport, portée par le CNOSF, mieux soutenue par le gouvernement, et le sport comme une thérapie non médicamenteuse reconnu par la loi.
La troisième priorité, toujours dans la droite ligne de l'action précédente, est la résorption des inégalités d’accès à la pratique sportive. Au programme : le "renforcement des équipements sportifs dans les quartiers défavorisés [et] une offre sportive de qualité dont le club serait le socle", avec, bien entendu le Centre national pour le développement du sport (CNDS) en bras armé de l'Etat. Seule véritable nouveauté à venir : une concertation en vue de l’élaboration d’une initiative sur le sport dans la ville, qui sera "l'un des piliers du plan de renouvellement urbain" présenté à la fin de l’année.

Le projet de loi sur le sport devient "éventuel"

Enfin, la quatrième et dernière priorité – "faire du sport un outil de rayonnement international et de développement économique" – ne fait qu'entériner de nombreuses initiatives prises ces dernières années : création d'une délégation interministérielle aux grands événements sportifs et d'un Comité français du sport international, installation d'un ambassadeurs du sport, ouverture d'un bureau dédié à l'économie du sport professionnel au sein du ministère. Seule véritable innovation annoncée : la création d’une filière de l’industrie du sport.
Restait à aborder une question : la gouvernance… et à travers elle, le maintien ou non de la loi de modernisation du sport, projet-phare de Valérie Fourneyron, initialement attendu en Conseil des ministres en juin prochain. Sur ce terrain, la nouvelle ministre avance prudemment, au conditionnel : "Je souhaite que soit reprise la concertation sur un éventuel projet de loi. Mais je vous le dis très simplement : cela a peu de sens d’aborder les questions de gouvernance, si nous ne mettons pas ces questions au service d’objectifs que nous partageons." Par ces propos, la nouvelle ministre marche encore dans les pas de Valérie Fourneyron… mais à contre-courant de la position de Denis Masseglia, président du CNOSF, qui a multiplié les signes de défiance face au ministère des Sports ces deux dernières années. Si nouveau départ il devait y avoir, il se situerait dans la capacité du ministère à satisfaire les desiderata du mouvement sportif en faveur d'une plus grande autonomie de gestion plutôt que dans des priorités d'action sur lesquelles tout le monde semble d'accord.