Centre-Val de Loire

Caroline Megglé

Citoyenneté - La région Centre-Val de Loire cherche à inventer une "démocratie permanente"

Citoyenneté et services au public

Organisation territoriale, élus et institutions

Cette année, la région Centre-Val de Loire s'est interrogée sur la façon de revivifier la démocratie. L'un de ses vice-présidents, Charles Fournier, s'est rendu dans les 23 bassins de vie du territoire pour échanger avec des habitants, de façon informelle ou dans le cadre d'ateliers. Sur la base des contributions issues de cette "tournée citoyenne" mais aussi d'autres formes de consultations, le conseil régional prendra prochainement des engagements destinés à "faire vivre une démocratie permanente" de proximité.      

Entre février et juillet 2017, trois à quatre jours par mois, le onzième vice-président de la région Centre-Val de Loire a sillonné les routes du territoire pour rencontrer des habitants et discuter de démocratie.
Accompagné de l'association Démocratie ouverte (1) et d'une équipe de bénévoles ayant répondu à un appel à participations, Charles Fournier, vice-président délégué à la démocratie, aux initiatives citoyennes, au développement rural, à la coopération et à l'égalité, "a fait le tour des 23 bassins de vie de la région" (2), échangeant "du matin au soir" et "poussant parfois le bouchon jusqu'à dormir chez l'habitant".
Démarche originale pour une région en quête de "proximité", cette "tournée citoyenne" a été conduite dans le cadre d'un chantier lancé en janvier dernier destiné à animer une "démocratie permanente" sur le territoire régional. Autres initiatives prises dans ce cadre : la saisine des instances de participation régionales – le Conseil économique, social et environnemental régional, le Conseil régional de la jeunesse –, une plateforme de consultation numérique et les travaux de six panels citoyens – un par département. Avec une question en fil rouge : comment faire pour améliorer le fonctionnement de la démocratie ?

5.000 personnes rencontrées : une matière qui sera restituée aux collectivités concernées

Cette question, Charles Fournier et son équipe l'auraient posée à quelque 5.000 personnes au total, dont 3.000 dans le cadre d'ateliers collectifs. "On a multiplié les formes de rencontres dans les territoires", précise-t-il à Localtis. Avec des interactions suscitées "dans des supermarchés, des cafés, des petites communes rurales, dans le tram" pour "rencontrer Monsieur et Madame tout le monde". Mais aussi à travers des ateliers où étaient conviés des gens très divers, dont "des personnes en situation d'exclusion" ou "des gens en colère". "Sans rêver au grand soir de la participation", l'élu aspire à "raccrocher", à "élargir le cercle" et à éviter ainsi que la colère ne se transforme en "aigreur" ou en "défiance". Par exemple en valorisant les connaissances d'opposants à la fermeture d'une maternité, qui "n'ont pas eu gain de cause mais sont devenus des experts de l'hôpital".
Depuis la fin de la tournée, Charles Fournier réunit régulièrement sa "communauté de la démocratie permanente", l'ensemble des personnes – acteurs associatifs, de collectivités ou simples citoyens intéressés par la démarche – ayant contribué à animer les ateliers dans les bassins de vie. Ces personnes souhaitant poursuivre "l'aventure" l'aident à analyser la matière recueillie. "Il y a des choses qui ne vont pas concerner directement la région, mais l'Etat ou d'autres échelons de collectivités ou les associations, l'université", précise l'élu régional qui s'est engagé à relayer toute cette matière auprès des principaux concernés.

Des politiques régionales bientôt passées au crible de jurys citoyens ?

Restent, pour la région, quelque 300 propositions, socle d'une délibération qui devrait être soumise au vote de l'assemblée régionale en février 2018. Des mesures susceptibles d'être rapidement mises en œuvre seraient d'abord proposées. Pour faire vivre la "démocratie permanente" sur les territoires, un "réseau d'ambassadeurs" formés et outillés pourrait ainsi être lancé.
Une deuxième série de mesures concernerait les "règles du jeu", à "inscrire dans une charte régionale de la démocratie permanente", explique Charles Fournier, convaincu que les élus doivent changer de posture. Les élus régionaux pourraient par exemple à l'avenir rendre des comptes différemment, en répondant aux questions de jurys citoyens formés spécifiquement sur les politiques faisant l'objet du bilan. Cela pour passer de l'"opération de com'" au "dialogue avec les citoyens".

Quel changement de posture pour "l'élu du futur" ? 

Des contributions des habitants du Centre-Val de Loire relèvent enfin des chantiers au long cours, tels que l'éducation à la citoyenneté "tout au long de la vie". Les attentes en la matière seraient fortes vis-à-vis d'une collectivité en charge des lycées, de l'apprentissage et de la formation professionnelle. Autre thème ayant recueilli de nombreuses propositions : "l'élu du futur", dont "un volet très précis sur l'élu régional".
Nombre d'élus de la région se seraient d'ailleurs prêtés au jeu de la rencontre avec les habitants. "D'ordinaire, on demande à ces élus de venir représenter la région et donc d'être porteurs d'une parole. Là, ils étaient porteurs d'une question. Ça change complètement la donne dans la relation avec le territoire et les citoyens", s'enthousiasme Charles Fournier.
Les ateliers ont également permis à la région de sonder les habitants sur ses domaines de compétence - l'alimentation, la mobilité ou encore la formation. Une partie de ces contributions alimenteront le schéma régional d'aménagement et de développement durable du territoire, sur lequel la collectivité commence à plancher.
Quant aux suites de la démarche "Démocratie permanente", en attendant la délibération du conseil régional, la "restitution d'un an d'expérimentation citoyenne" se tiendra le 4 décembre prochain à Blois.


(1) Démocratie ouverte est partenaire de la région dans le cadre du programme "Territoires hautement citoyens", créé en 2015 et d'abord expérimenté avec la ville de Mulhouse.

(2) Orléans, Montargis, Pithiviers, Gien (Loiret) ; Nogent-le-Rotrou, Dreux, Chartres, Châteaudun (Eure-et-Loir) ; Vierzon, Aubigny-sur-Nère, St Amand Montrond, Bourges (Cher) ; Châteauroux, La Châtre, Issoudun, Argenton, Le Blanc (Indre) ; Blois, Vendôme, Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher) ; Amboise, Loches, Chinon, Tours (Indre-et-Loire). 
 

Haut de page