Le centre-ville : valeur refuge contre les écrans ou nouvelle terre de conquête ?
Les Français ne sont pas à un paradoxe près : ils veulent se retrouver en centre-ville pour créer du lien social, mais demandent plus de services connectés et d’écrans digitaux.
© Pydum CC BY-NC-SA 2.0/ Châteauroux
En dix ans, l’engouement des Français pour leur centre-ville n’a pas faibli. Il a même progressé. Ils sont 67% à se dire "attachés", selon la dernière édition du baromètre des centres villes et du commerce élaboré par l’association Centre-ville en mouvement. C’est quatre points de plus qu’en 2016, date à laquelle l’association présidée par Philippe Laurent, le maire de Sceaux (Hauts-de-Seine), a commencé à scruter les liens des habitants avec leur centre-ville.
Cette année, le sondage a eu lieu entre fin mars et début avril, dans la foulée des élections municipales. D’ailleurs "la pression s’accentue" sur les maires qui entament leur mandat : sur 2.827 sondés, 87% estiment que la modernisation du centre-ville doit constituer un objectif prioritaire du maire pour les années à venir. Une proportion qui atteint même 89% dans les villes moyennes du programme de revitalisation Action cœur de ville (ACV). La dynamisation du commerce de proximité se maintient au premier rang des priorités des habitants, à 41%, devant le stationnement (32%) et… la sécurité (29%). 79% des Français se disent en sécurité dans leur centre-ville. Avec un record de 80% à Paris. A noter qu’à l’heure des ZFE (zones à faibles émissions) tout juste repêchées par le Conseil constitutionnel, 58% des habitants de la capitale considèrent que la voiture y occupent une place trop importante, contre 27% au niveau national, et 22% dans les communes de moins de 50.000 habitants. Dans les villes ACV, les habitants sont plus nombreux à déplorer un manque de place pour la voiture (30%) que l’inverse (26%).
"Là où le lien social se tisse"
Les Français sont 63% à considérer leur centre-ville comme vivant, mais sont presque autant (61%) à déplorer un manque de diversité des commerces. Ils réclament aussi plus d’événements : plus de marchés (59%), plus de festivals (51%), plus de vide-greniers (49%)… "On veut se retrouver dans le centre-ville, c’est là où le lien social se tisse, sur les terrasses des cafés, dans les restaurants, là où il y a du réel", souligne Pierre Creuzet, le directeur de Centre-ville en mouvement. Mais paradoxalement, les Français veulent aussi plus de connexions dans leur centre. Le baromètre fait ainsi ressortir "une forte appétence pour de l’information pratico pratique sur les écrans digitaux dans la rue" : informations sur la vie du quartier, alertes en temps réel, informations citoyennes ou culturelles… 46% des habitants considèrent leur centre comme "connecté" (avec un pic de 70% à Paris), contre 53% qui pensent le contraire. Le wifi gratuit dans la rue apparaît comme l'une des principales demandes concernant les services connectés, devant le développement d'application sur les animations, l'accès à de la donnée publique...
Le baromètre sera présenté lors des Assises nationales du centre-ville, qui se tiendront à Châteauroux (Indre) - ville dont le maire, Gil Avérous, est aussi le président de Villes de France, l'association représentant les villes moyennes - les 3 et 4 juin. En amont de cette rencontre, la Banque des Territoires annoncera, mardi 2 juin, le lancement d'un cycle de séminaires de sensibilisation aux enjeux de transformation du commerce.