Logement / Municipales - Le Nimby, bête noire des candidats maires bâtisseurs

Deux récents sondages réalisés pour des professionnels de l'immobilier, la veille des élections municipales, tendent à montrer les contradictions des citoyens dans leurs attentes en matière de politique locale du logement. Il faut évidemment construire, et beaucoup... mais pas à côté de chez moi, disent les "Nimby". Il faut que les candidats aux élections municipales parlent logement, mais davantage de prix (sur lequel ils ont pourtant peu de marge de manœuvre) que des projets de construction, disent les Franciliens. Mission impossible pour les candidats maires bâtisseurs.

Un sondage réalisé à la veille du premier tour des élections municipales met en valeur - sans le nommer - le phénomène des "Nimby". Le citoyen "Nimby" (pour "Not In My BackYard", en français : "pas dans mon arrière-cour"), c'est ce type d'habitants qui se montre enthousiaste à tout projet d'intérêt général (construction de logements – notamment de logements sociaux -, mais aussi de routes, de stations d'épuration…) sauf lorsque ledit projet touche directement son voisinage… et son intérêt particulier.

La production de logements : une priorité…

Un sondage réalisé par l'institut CSA pour le groupe immobilier Pichet (1) s'intitule hardiment "Un maire bâtisseur se met-il nécessairement en danger ?" 65% des personnes interrogées souhaitent que le gouvernement fasse de la production de logement sa priorité pour la décennie à venir et 72% des sondés juge "justifié" l'objectif gouvernemental de "construire 500.000 logements par an d'ici 2017", quand bien même 87% d'entre eux estiment que cet objectif sera "difficile" à atteindre.
A la question de savoir quelle est la principale raison qui freine aujourd'hui la construction de nouveaux logements en France, 58% pensent que c'est l'augmentation des coûts de construction (foncier, matériaux, normes), 36% la spéculation foncière et 29% le manque de vision des pouvoirs publics.

... sauf dans ma commune

Ils sont aussi 20% à reporter la faute sur "le souhait de certains élus locaux de ne pas voir la population de leur commune augmenter" et 19% au "manque de soutien de l'Etat aux acteurs publics". Et 14% pensent que cela vient des "risques de contestation ou d'opposition des habitants aux projets immobiliers".
La majorité des sondés eux-mêmes (63%) jugent que, dans leur commune de résidence, le nombre de logements construits depuis dix ans est "suffisant" et 54% ne voulaient pas que cela soit une priorité de la prochaine équipe municipale !  Dans les communes rurales ou isolées, la proportion des personnes interrogées qui jugent l'effort de construction suffisant depuis une décennie monte à 67% (contre 64% en banlieue et 57% dans les villes). Et 59% souhaitent que le nombre d'habitants de leur commune "reste à peu près stable", voire "diminue" (7%).

La ville "idéale" emploie, sécurise, rénove… mais ne construit plus

Pour faire de leur commune "la ville idéale", les personnes interrogées pensent en premier lieu qu'elle devrait accueillir davantage d'entreprises créatrices d'emplois (55%), puis renforcer une sécurité des biens et des personnes (44%), développer l'offre de commerces et de services de proximité (34%), puis engager un programme de rénovation des logements anciens (31%). L'idée d'"augmenter l'offre de logements neufs accessibles au plus grand nombre" ne recueille que 25% des voix.
Voilà qui n'est pas san rappeler, cette fois-ci, le phénomène du "syndrome du dernier arrivé" identifié par l'urbaniste Eric Charmes. Il s'agit du comportement de ces habitants installés de fraîche date en territoire périurbain et qui s'opposent à la construction de nouveaux logements, lesquels pourraient détruire des espaces verts et la qualité environnementale qu'ils sont venus chercher. Un Nimby d'un genre particulier, totalement assumé, et qui pèse dans les élections municipales quand il ne s'y présente pas lui-même avec un programme promettant la "construction zéro".
Le sondage CSA montre également que les Français ne seraient que 29% à estimer que l'échelon communal est le meilleur pour mener une politique du logement efficace. 40% pensent que l'échelon intercommunal est le plus pertinent. Mais 31% considèrent que c'est un niveau administratif supérieur : département, région ou Etat.

Les Franciliens insatisfaits de la politique du logement de leur… région

Zoom maintenant en Ile-de-France où 64% des Franciliens ne sont pas satisfaits de la politique du logement menée à l'échelle régionale, selon un sondage (2) réalisé par Harris Interactive pour la chambre du Grand Paris de la Fnaim (Fédération nationale de l'immobilier). Ils ne seraient plus, en revanche, que 45% à se déclarer insatisfaits quand il s'agit de leur commune, soit un grand écart de 19 points.
Et lorsque l'on questionne ces même Franciliens sur ce qu'ils considèrent comme les solutions à apporter au logement en Ile-de-France, ils plébiscitent la réhabilitation des logements non occupés (jugée prioritaire par 46% d'entre eux, alors que, comme le note la Fnaim, cela ne concerne que 2% du parc de logements), et la construction de logements destinés aux classes moyennes (37%). Puis viennent la rénovation de logements anciens (35%), la réhabilitation du parc social (33%), la construction de logements sociaux (32%) et la transformation de bureaux en logements (25%). Mais pour leur ville, ils attendent des candidats aux élections municipales qu'ils parlent d'abord du prix des logements (60% des personnes interrogées le souhaitent) et des conditions d'accession à la propriété (33%). Viennent seulement ensuite des projets sur lesquels ils peuvent réellement influer : les projets de constructions immobiliers (30%) et l'entretien du parc locatif existant (27%).

Des Franciliens prêts à habiter plus loin pour un logement plus grand

Par ailleurs, 56% des Franciliens interrogés par Harris Interactive seraient prêts à allonger leur temps de transport jusqu'à leur lieu de travail pour habiter dans un logement plus grand et / ou moins cher que leur logement actuel. Une demande qui pousse à la poursuite de la périurbanisation. Les plus à même d'arbitrer en faveur d'un logement plus spacieux et / ou moins cher sont les habitants de la grande couronne (68%) et les Franciliens habitant en maison individuelle (64%). Au contraire, 69% des Parisiens qui n'ont pas franchi le périphérique arbitrent plutôt en faveur de temps de transports logement / travail plus court quitte à vivre dans un logement plus petit et / ou plus cher, de même que les habitants du Val-de-Marne (53%).
A signaler enfin que 36% des Franciliens et un quart des Parisiens – tout de même - seraient prêts à déménager du fait du développement de plusieurs lignes de métro dans le cadre du Grand Paris Express.

 

(1) Sondage réalisé entre le 22 et le 26 janvier 2014, par internet, auprès d'un échantillon de 1.009 personnes représentatives de la population française.
(2) Sondage réalisé entre le 5 et le 11 mars 2014, par internet, auprès d'un échantillon de 1.001 personnes représentatives de la population francilienne.

 

 

Téléchargements

Voir aussi

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis

* champs obligatoires

Choix du format

 

Pour en savoir plus sur le traitement de vos données nous vous invitons à consulter notre Politique de protection des données à caractère personnelle