Michel Tendil

Investissement - Le plan Juncker en avant-première à Paris

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Avant même qu'il soit finalisé, le plan Juncker a fait l'objet, le 12 mai, d'une première opération de 420 millions d'euros de prêts pour le financement des PME et ETI innovantes françaises. Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, voit déjà plus loin et évoque la mise en place d'une "capacité d'endettement" commune au niveau européen.

"L'encre n'est pas encore sèche. C'est la couturière." Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, a filé la métaphore théâtrale pour saluer la signature de la première opération financière du plan Juncker, mardi 12 mai, dans les locaux de la Caisse des Dépôts, à Paris. Il s'agit de soutenir le financement des ETI et PME innovantes françaises au cours des deux prochaines années.
Alors que le plan ne doit pas démarrer officiellement avant le mois de septembre, qu'avant cela le trilogue (Commission, Conseil, Parlement) doit trouver un accord d'ici juin, les partenaires entendent précipiter les événements.

420 millions d'euros

Le fonds européen d'investissement (FEI), composante de la Banque européenne d'investissement (BEI), va ainsi fournir 200 millions d'euros de garanties à Bpifrance pour le financement des PME et ETI innovantes. Grâce à cette garantie, la banque publique d'investissement française pourra accorder des prêts pour un montant de 420 millions d'euros dans les deux prochaines années. Pour ce faire, Bpifrance met en place deux nouveaux outils de financements : une enveloppe de 320 millions d'euros sera dédiée à un "prêt innovation" pour des tickets pouvant aller jusqu'à 5 millions d'euros, afin de faciliter le lancement industriel et la mise sur le marché d'innovations. Les 100 millions restants abonderont un "prêt amorçage investissement" qui servira à renforcer la trésorerie des entreprises à hauteur de 500.000 euros pour les accompagner dans leur développement.
Ce nouvel outil de financement fait partie des quelques projets pré-sélectionnés par la BEI pour servir de vitrine au plan d'investissement européen. Pour Nicolas Dufourcq, "ce que le plan Juncker permet de faire c'est de tout accélérer". "Nous n'avons pas le temps", a déclaré le directeur général de Bpifrance.
Alors que le règlement du fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS), bras armé du plan Juncker, n'est pas encore adopté, la BEI devra donc faire une avance sur les crédits du fonds Innovfin développé dans le cadre du programme européen Horizon 2020. "Ce produit a été un succès", s'est félicité le commissaire à la recherche et l'innovation, Carlos Moedas. "La contribution de l'UE pour ce type de produit de 3 milliards d'euros va permettre 50 milliards d'euros d'investissements innovants dont 17,7 milliards dans les PME et les ETI", a-t-il indiqué. "On a besoin de plus d'entreprise à forte croissance", a-t-il poursuivi.

"Juncker +"

Dès lors qu'il s'agit d'une avance sur la base d'un produit préexistant, se pose la question de "l'additionnalité", l'une des pierres angulaires du plan Juncker qui doit combler les carences des circuits de financement classiques trop frileux vis-à-vis des projets risqués. "Le plan Juncker c'est faire plus, plus vite, et plus risqué", a rappelé Emmanuel Macron. Le ministre a appelé à une "étape 2" qui reposerait sur une "vraie additionnalité". Ce qui impliquerait, selon lui, une augmentation du budget communautaire ou de lever une taxe commune, options peu envisageables à l'heure actuelle, ou encore d'avoir une "capacité d'endettement" commune au niveau communautaire pour financer de nouveaux projets. "C'est une perspective qu'il faut soutenir dès maintenant", a-t-il martelé, évoquant un "Juncker +".
Pour Pierre-René Lemas, directeur général de la Caisse des Dépôts, qui a prévu d'injecter 8 milliards d'euros dans le plan, celui-ci doit permettre monter "très vite des fonds thématiques à petits objets", sur l'exemple du fonds européen Marguerite de financement d'infrastructures, de mettre en place des plateformes pour permettre "aux projets de taille limité de s'agréger" et, enfin, d'être le plus proche possible du terrain. "Il faut éviter que ce soit trop bureaucratique et s'appuyer sur le réseau régional", a-t-il insisté.

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