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Plan Loup : une consultation sous haute tension

Ouverte jusqu’au 29 janvier prochain, pour permettre l’entrée en vigueur du nouveau plan national sur le loup dès le mois de février, la consultation publique lancée ce 8 janvier a d’ores et déjà recueilli des centaines de contributions tant le sujet suscite craintes et mécontentements dans les deux camps. D’ici là, le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) devra également donner son avis sur les différents axes développés dans ce quatrième document de planification couvrant la période "2018-2023". 

Le ministre de la Transition écologique a tenu son engagement de présenter un nouveau plan national d’actions (PNA) sur le loup pour la période "2018-2023". Le document illustrant l'objectif "de conjuguer la protection de l’espèce et les activités d’élevage et de pastoralisme" a été mis en consultation, ce 8 janvier, par Nicolas Hulot et Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture. Deux projets d’arrêtés interministériels associés à ce plan sont intégrés à cette consultation.
Depuis juin dernier, les réunions de travail se sont succédé, regroupant représentants de l’État, établissements publics, élus, organisations socio-professionnelles et associations, sous l’égide du préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes (préfet coordonnateur), pour parvenir à l’élaboration d’un projet de plan. La dernière en date, organisée à Lyon le 12 décembre, a toutefois été boycottée par les organisations professionnelles agricoles qui estiment en bloc que "les réponses ne sont pas à la hauteur". La FNSEA, FNO, Jeunes Agriculteurs et l’APCA continuent d’exiger un droit de défense permanent des troupeaux hors plafond de prélèvement. Les syndicats d’éleveurs refusent par ailleurs "toute forme de conditionnalité des indemnisations, toute limitation des tirs de prélèvement et des tirs de défense renforcée ainsi que toute gestion différenciée entre les territoires et les éleveurs".
Même déception pour les associations de défense, à défaut de véritable rupture avec la stratégie mise en place ces dernières années. "Quarante loups pourront être abattus en 2018, comme en 2017", déplore ainsi le collectif Cap loup, avant que ce seuil ne soit actualisé au printemps pour être "porté à 10% de la population" de loups, une fois connue la dernière mise à jour des effectifs, estimés par l’ONCFS. 

Nouveau calage de la campagne tir

"L’objectif est de pouvoir abattre prioritairement les loups qui attaquent les troupeaux, afin de réduire les dommages", pendant la période d’estive, se défend le ministère. Les tirs de prélèvement seront effectués dans un second temps, à l’automne, pour réduire la pression dans les foyers d’attaques ou freiner l’expansion du loup sur certains fronts de colonisation. Leur mise en œuvre sera priorisée après avis du préfet coordonnateur. Ce nouveau calage de la campagne loup repose sur l’évolution de la pression de prédation au cours de l’année. Il doit aussi "permettre de respecter le plafond de loups pouvant être détruits jusqu’à la fin de la campagne". "Dès lors que la population sera considérée en bon état de conservation sur le territoire par les scientifiques, le principe du plafond annuel et son niveau seront réexaminés et les modalités de gestion seront adaptées pour tenir compte de l’accroissement naturel de l’espèce et de ses impacts sur les activités d’élevage".
Pour rappel, les derniers indicateurs de suivi traduisent un bilan de population démographiquement favorable de l’ordre de 360 spécimens en mars 2017 (contre 156 en 2013). Suivant l’étude scientifique conduite en 2016 par le Muséum national d’histoire naturelle  et l'ONCFS, le plan prend en compte un seuil à respecter, évalué à 500 spécimens, pour atteindre une population viable de loups sur le territoire français. Ce seuil pourra être ajusté dans le temps en fonction de l’avis annuel du nouveau conseil scientifique permanent du PNA. L’application du nouvel arrêté sera en outre évaluée à mi-parcours, afin le cas échéant, d’être ajustée.  
Par ailleurs, tout est mis en place pour que les tirs de défense simple soient mobilisables toute l’année, car le préfet coordonnateur dispose d’une capacité de régulation en cas de situation exceptionnelle. L’utilisation des tirs de prélèvement "sera limitée à des territoires bien identifiés caractérisés par l’importance des attaques et sous certaines conditions au sein de certains fronts de colonisation".

Cartographie des territoires

Le phénomène de prédation lupine pouvant se concentrer sur certaines zones(foyers de prédation), les élevages qui s’y trouvent seront accompagnés de manière accrue par un dispositif spécifique. Pour ce faire, une cartographie des territoires sera réalisée "afin d’identifier le niveau de vulnérabilité des exploitations et adapter au mieux le dispositif d’intervention".
Le nouveau plan vise par ailleurs à amplifier l’accompagnement des éleveurs. Une équipe technique sera en particulier disponible pour les élevages nouvellement attaqués sur les fronts de colonisation. Il propose également des actions ciblées comme, par exemple, la création d’un observatoire des mesures de protection, l’installation d’une équipe de bergers d’appui ou encore la restructuration du réseau "chiens de protection".
Autre axe mis en avant : le développement des expérimentations de dispositifs innovants de protection et d’effarouchement. Les parcs nationaux, les parcs naturels régionaux et les réserves naturelles se proposent ainsi d’être territoires d’expérimentation en mobilisant des éleveurs volontaires. Les collectivités locales seront elles aussi largement impliquées pour faciliter la mise en place et la rénovation d’équipements pastoraux qui viendront utilement compléter les mesures de protection des troupeaux.  
Enfin, l’indemnisation reçue par les exploitants dont les troupeaux auront été attaqués sera désormais soumise à la mise en place préalable de mesures de protection. Cette mesure sera toutefois instaurée "de façon proportionnée, progressive et adaptée à l’ancienneté de la colonisation de l’espèce et au niveau d’attaques subies par les troupeaux".