Le secteur social et médico-social non lucratif a besoin de 7 milliards supplémentaires

Le secteur social et médico-social à but non lucratif - aide à domicile, Ehpad, établissements pour personnes handicapées, foyers de réinsertion... - a besoin de sept milliards d'euros de financements publics supplémentaires pour garder la tête hors de l'eau, ont averti vendredi 5 juin trois organisations patronale, salariale et associative.

A l'approche de la présidentielle, l'Union des employeurs de l'économie solidaire (Udes), la CFDT et l'Uniopss, qui fédère les multiples associations du secteur, ont présenté une étude du cabinet Syndex qui a calculé de combien l'Etat et les collectivités devraient augmenter leurs financements pour assainir les finances de ces associations, et rendre un peu plus attractives les rémunérations des 1,26 million de salariés du secteur, aujourd'hui parmi les plus basses du secteur privé.

"Le statu quo n'est plus possible", a estimé Benjamin Vitel, un responsable de la CFDT santé-sociaux, en rappelant que certains acteurs du secteur sont en redressement judiciaire (comme l'oeuvre de la Croix Saint-Simon à Paris) ou viennent de lancer des plans sociaux (Secours catholique, Association des Paralysés de France...). "Nous ne savons pas combien de temps nous allons pouvoir tenir" avec les niveaux de financement actuels, a renchéri Hugues Pollastro, le directeur général de l'Udes. "Pour la première fois, on commence à voir des signes de recul de l'emploi dans l'aide à domicile". "Dans nos associations, nous avons des salariés qui n'arrivent plus à vivre de leur travail, des professionnels de l'accompagnement qui dorment dans leur voiture pour éviter des déplacements qui coûtent trop cher...", a déploré de son côté Daniel Goldberg, le président de l'Uniopss.

Syndex estime que le secteur a besoin de 13 milliards d'euros en brut par an pour "combler le décrochage de pouvoir d'achat" de ses salariés, une charge qui n'est en réalité que de trois milliards d'euros en net, compte tenu notamment des cotisations et impôts payés par les employeurs. Syndex estime également que le secteur a besoin de sept milliards d'euros supplémentaires en brut pour rétablir son excédent brut d'exploitation (qui permet de rembourser les emprunts et renouveler les équipements) qui pour l'instant est insuffisant pour assurer la pérennité des établissements. En net, le coût est de quatre milliards.

Toujours selon Syndex, les salariés de l'aide à domicile ont une rémunération nette moyenne équivalent temps plein de 1.840 euros, contre 2.780 euros en moyenne nationale dans le privé (-33%). Les salariés du médico-social qui ont pu bénéficier du Ségur ont une rémunération qui reste également largement inférieure à la moyenne du privé, à 2.284 euros (-18%).

"Faute de réponses structurelles, les organisations privées non lucratives sont déjà contraintes à des arbitrages qui peuvent affecter la qualité et l’accès aux accompagnements, au risque d’accentuer les inégalités territoriales", écrivent les trois organisations, qui appellent à "des engagements politiques clairs" sur "un financement pérenne et pluriannuel à la hauteur des besoins", "un plan ambitieux pour l’attractivité des métiers" et "une gouvernance renouvelée des politiques publiques, associant l’ensemble des parties prenantes".

 

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