Transports - Le TGV Lyon-Turin au coeur du sommet France-Italie

Le projet de ligne ferroviaire à grande vitesse entre Lyon et Turin, discuté depuis plus de vingt ans, sera au coeur du sommet franco-italien le 3 décembre à Lyon. Le président de la République, François Hollande, et le président du conseil italien, Mario Monti, dont les relations sont au beau fixe sur la scène européenne, devraient réaffirmer leur volonté de donner corps à cette liaison censée favoriser le développement du fret ferroviaire de part et d'autre des Alpes mais aussi de plus en plus vivement contestée par les écologistes, les agriculteurs locaux et même par la Cour des comptes.
Initialement prévue pour entrer en service en 2025, mais probablement reportée à l'horizon 2028-2029, la liaison devrait diminuer de moitié la durée du  trajet Lyon-Turin, qui se fera en moins de 2 heures, et mettre Paris à un peu plus de 4 heures de Milan contre 7 actuellement. Le projet vise à construire une véritable "autoroute ferroviaire", afin de transférer l'équivalent d'un million de poids lourds par an de la route vers le rail alors qu'aujourd'hui, 10% seulement des marchandises traversent les Alpes entre la France et l'Italie par le rail contre 60% en Suisse et 30% en Autriche. Trois millions de tonnes d'émissions de CO2 seraient alors évitées chaque année, selon les partisans du projet. La nouvelle liaison nécessite de creuser un tunnel de 57 km, bien moins haut (500 mètres d'altitude) et plus facile d'accès que celui du Mont-Cenis (1.300 mètres d'altitude) par lequel passe la ligne actuelle. Du fait de sa pente trop raide, le tunnel du Mont-Cenis nécessite en effet d'utiliser plusieurs locomotives pour tracter les convois lourds.
La nouvelle infrastructure est vivement soutenue par les industriels de la région et de nombreux élus, emmenés notamment par Jean-Jack Queyranne, président PS du conseil régional Rhône-Alpes, de même que par la Fédération nationale des associations d'usagers des transports, qui en souligne les bénéfices environnementaux et économiques.

Ecologistes et organisations agricoles, même combat 

Mais les écologistes, qui y étaient favorables dans un premier temps, s'opposent maintenant fermement au projet. Ils participent à "l'avant-sommet franco-italien" qui devait réunir plusieurs centaines d'opposants au projet à Lyon ce week-end, venus notamment d'Italie. Fin octobre à Chambéry, des membres des partis écologistes français, suisses et italiens ont condamné "inconditionnellement tous les projets de nouveaux percements" dans les Alpes. Ils estiment que le tunnel du Mont-Cenis permet déjà d'assurer un report du fret routier vers le rail et qu'un nouveau tunnel n'est pas justifié tant que le trafic ferroviaire n'augmente pas.
La ligne actuelle ne voit en effet transiter que 4 millions de tonnes de fret par an pour une capacité de 15 millions. "Commençons par saturer l'infrastructure existante", enjoint Pierre Mériaux, conseiller régional EELV, qui qualifie le TGV Lyon-Turin de "projet totalement surdimensionné". Mais la ligne actuelle "n'est pas du tout performante", rétorque Louis Besson, ancien ministre (PS) et président de la commission intergouvernementale du Lyon-Turin. "Les installations obsolètes sont désertées", ajoute-t-il.
Egalement opposées au projet, les organisations agricoles craignent pour leur part de voir disparaître 680 hectares de terres avec la construction de la nouvelle ligne. Elles plaident pour un renforcement de la liaison maritime Espagne-Italie "qui aurait l'avantage d'éliminer 2.000 camions/jour dans les Alpes", selon la FDSEA des Savoie.
Les opposants ont récemment reçu un soutien de poids, celui de la Cour des comptes, qui a vertement critiqué cette liaison ferroviaire dans un référé rendu public début novembre. La Cour pointe le "pilotage insuffisant" du projet, son financement "non défini", son coût "en forte augmentation" (de 12 milliards d'euros en 2002 à 26,1 milliards aujourd'hui) et sa "faible rentabilité socio-économique". Au vu de ces critiques, elle a demandé au gouvernement de "ne pas fermer trop rapidement l'alternative consistant à améliorer la ligne existante".
Cette charge en règle a provoqué une levée de boucliers des parlementaires concernés par le projet qui ont lancé un appel aux dirigeants français et italiens, leur demandant des "avancées concrètes" lors du sommet franco-italien du 3 décembre à Lyon. Il n'en reste pas moins que la question financière reste un obstacle de taille en période de contraintes budgétaires. Un sujet "complexe", reconnaît-on côté français admettant que si le budget européen 2014-2020 n'était pas adopté, il faudrait se montrer "créatif" pour trouver les ressources. Mais, assure-t-on, ce projet n'est pas "un éléphant blanc". "Tous les travaux préparatoires ont été réalisés (...) ce n'est pas du virtuel, ça va se faire", assure un conseiller diplomatique.

 

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