Coopération décentralisée - Les agents chargés de l'international craignent que leurs missions soient touchées par les restrictions budgétaires
L'Arricod, qui rassemble quelque 400 professionnels en charge des relations internationales dans les collectivités, organise son Université d'automne ces 24 et 25 septembre à Dunkerque. Une occasion de réaffirmer haut et fort que la politique internationale constitue "un enjeu" pour les territoires tout autant que pour les services des collectivités. Interrogée par Localtis juste avant l'ouverture de cette Université, Rose-Anne Bisiaux, présidente de l'Arricod, explique pourquoi ce rappel lui paraît actuellement indispensable.
Localtis : Le thème choisi pour cette Université d'automne donne l'impression que l'action extérieure des collectivités locales n'a pas encore complètement gagné le combat de sa reconnaissance. Est-ce exact ?
Rose-Anne Bisiaux : Les professionnels des relations internationales qui oeuvrent dans les collectivités constatent parfois qu'il existe un décalage entre leur engagement, les valeurs qu'ils défendent et l'attitude des élus ou de leurs collègues, directeurs généraux et directeurs généraux adjoints, qui ne sont pas toujours convaincus du caractère essentiel de leurs missions. Nous faisons face, encore aujourd'hui, à de tels questionnements, et ce en dépit de notre professionnalisation et du soutien que nous apporte le ministère des Affaire étrangères.
Est-ce si étonnant ? Les relations européennes et internationales constituent, dans le monde local, une jeune politique publique.
Ce n'est en effet qu'en 1992 qu'ont été posés sur le plan de la loi les premiers fondements de la coopération décentralisée. Et il a fallu attendre une loi de 2007 pour que les bases juridiques de la coopération décentralisée soient complètement sécurisées. De plus, la question de la pérennité de cette politique se pose, dans le sens où elle est encore très souvent liée à l'engagement personnel des élus en faveur, par exemple, de la construction européenne ou d'une mondialisation plus équilibrée... Lorsque l'élu cesse d'exercer son mandat, sa politique est remise en cause. Ce que, par conséquent, nous préconisons, c'est que les politiques de coopération décentralisée continuent certes à se nourrir de l'engagement militant des élus - ce qui est fondamental - mais qu'elles s'appuient aussi sur les potentialités économiques, culturelles, associatives du territoire.
Une table ronde abordera la question de la place de la politique internationale dans les organigrammes des collectivités. Vous considérez à ce sujet que cette place devrait être transversale. Dans la réalité, en est-on encore loin ?
Très variable d'une collectivité à une autre, la place des services chargés des relations internationales ou des affaires européennes tient plus aux réalités locales qu'à une véritable prise de conscience de l'intérêt d'un positionnement transversal. Cette question du positionnement n'est, en fait, pas du tout anecdotique. Un service des relations internationales qui est directement rattaché à la direction générale ne rentre pas dans le champ de compétence d'un directeur général adjoint en particulier. Cette position transversale permet donc de faire travailler les services de la collectivité plus facilement entre eux sur la thématique internationale.
Ne craignez vous pas que les budgets alloués par les collectivités à l'action internationale ne souffrent des difficultés financières croissantes de celles-ci ?
Oui, c'est une crainte que nous avons. L'impact de la crise sur nos postes et nos budgets ne se voit pas encore, mais il pourrait se faire sentir lors des prochains budgets. Il est évident que nos missions peuvent ne pas sembler essentielles à tous. Pourtant, nous préparons le long terme et notre recherche de financements – en particulier européens - peut apporter beaucoup d'argent à la collectivité. Sans parler des retombées générées, qui font que nos actions sont en définitive rentables.
La suppression de la clause générale de compétence des départements et des régions prévue par le projet de réforme des collectivités territoriales ne pourrait-elle pas remettre en cause leur droit à agir à l'international ?
Là encore, c'est une crainte que nous pouvons avoir. Nous serons donc très vigilants. Mais je reste confiante. De gauche comme de droite, un grand nombre d'élus des départements et des régions défendront le maintien de cette possibilité. De plus, aujourd'hui, l'Etat ne manifeste aucune intention de remettre en cause la coopération décentralisée. Au contraire, nous travaillons de plus en plus en complémentarité avec l'Etat.
Propos recueillis par Thomas Beurey / Projets publics