Les centres de ressources de la politique de la ville à l'heure de la revoyure des contrats de ville

Le CGET publie le bilan annuel 2018 de l’action des 19 centres de ressources de la politique de la ville (CRPV) dont il assure l'animation nationale. Il dresse un portrait de ces "tiers facilitateurs" incontournables alors que les "rénovations" des 435 contrats de ville devraient se boucler cet été.  

"À l’heure où la politique de la ville renouvelle sa méthode, les centres de ressources de la politique de la ville (CRPV) constituent plus que jamais des 'tiers facilitateurs' transdisciplinaires indispensables pour accompagner et outiller les acteurs locaux." Le compliment vient de François-Antoine Mariani, commissaire général délégué à l’égalité des territoires et directeur de la ville et de la cohésion urbaine au commissariat général à l'égalité des territoires (CGET). Il figure en préface du Bilan annuel 2018 de l’activité des centres de ressources de la politique de la ville (CRPV) dont le CGET est chargé de l'animation nationale.
Un rôle de "tiers facilitateurs" particulièrement incontournable en cet été 2019 où doit s'engager la revoyure des 435 contrats de ville, dont la durée a été prolongée jusqu'en 2022. Pour rappel, une circulaire du Premier ministre, indique que cette "rénovation" doit être "effective avant fin juillet 2019" (voir notre article ci-dessous du 1er février 2019). 

Conserver une prise directe avec la future Agence nationale de cohésion des territoires

D'ailleurs, "aux dires mêmes des centres de ressources, c’est en grande partie grâce à cette animation nationale qu’ils peuvent rester en prise directe avec l’administration centrale, être rapidement et correctement informés, et jouer leur rôle auprès de leurs différents publics cibles au plan régional ou local", lit-on dans le bilan d'activités.
Un positionnement de "co-construction locale en réponse aux orientations nationales" qu'ils espèrent voir conforté dans la future Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT). Le fait que sa mission affichée soit celle d' "un appui aux territoires fragiles et/ou faiblement dotés en ingénierie" aurait tendance à les rassurer. 
A contrario, selon le bilan publié par le CGET, les CRPV pointent les limites de leur relation avec l’État local "souvent en proie à un important turn-over interne et à la réorganisation de ses services".

28% du public sont des agents des collectivités

Un centre de ressources a accueilli, en moyenne, en 2018, 975 participants (avec une variation allant de 310 à 2.200 participants en un an), dans les sept catégories de publics cibles : les membres d’associations (26% du public reçu en 2018), les usagers et citoyens (20%), les agents des collectivités (28%, 16% pour la politique de la ville et 12% pour le droit commun), les agents de l’État (14%, 6% pour la politique de la ville et 8% pour le droit commun), les élus, les adultes-relais, les entreprises du secteur privé. 

Les agents de l’État et des collectivités territoriales positionnés sur le droit commun et les élus plébiscitent les groupes de travail, les actions en proximité territoriale et les manifestations à vocation informative.
Les agents de l’État et des collectivités territoriales en politique de la ville ainsi que les usagers/citoyens participent davantage aux cycles de qualification notamment dans le cadre des conseils citoyens.
Plusieurs CRPV envisagent de monter davantage de formation pour les nouveaux professionnels de la politique de la ville : agents de l’État récemment nommés ainsi qu'adultes-relais en prise de poste (dans le cadre du recrutement des 1.000 postes supplémentaires prévus par la feuille de route gouvernementale de juillet 2018).
En direction des élus locaux, qui "constituent le public le plus difficile à toucher" en dehors des conseils d'administration, des CRPV tentent des formats spécifiques : sessions courtes de 2 heures chrono, ou au contraire sessions longues sur 2 jours, rencontres entre pairs, contacts directs et réguliers auprès des élus adhérents…

Une situation financière dépendante de l'Etat

Le budget moyen d'un centre de ressources en France métropolitaine était de 571.400 euros en 2018 (438.600 en outre-mer). Le plus petit fonctionne avec 167.200 euros par an et le plus important avec 941.900 euros.
Interrogés sur leur avenir financier, les centres de ressources regrettent "la faiblesse globale des subventions qui leur sont accordées par les départements et les régions", rapporte le CGET. 
L'Etat (via ses directions régionales de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale/DRJSCS) contribue à 57% de leur financement, tandis que les conseils départementaux financent à hauteur de 2,4% et les conseils régionaux de 10% (soit un tout petit peu plus que les communes et EPCI). Et cela, alors que, souligne le CGET, ces collectivités sont signataires des contrats de ville depuis 2014 et que leurs associations nationales ont signé en 2017 la charte des partenaires ouvrant un nouveau cadre de référence (voir notre article ci-dessous). 

Un socle et des agilités

Pour mémoire, le cadre national de référence conclu en 2017 avec les associations d'élus définit trois missions socle aux CRPV : la mise en réseau (groupes de travail, ateliers thématiques, actions de proximité territoriale…) ; la montée en compétences (cycles de qualification et sessions de formation) ; la capitalisation (publications, fiches expériences, études, guides opérationnels…).

Certaines missions "équivalentes aux missions socle" sont réalisées pour des territoires qui ne sont pas en politique de la ville : territoires ruraux, franges urbaines. 
Par ailleurs, un tiers des CRPV traitent des questions connexes à la politique de la ville : lutte contre l’illettrisme, intégration, prévention des radicalités, violences faites aux femmes, santé publique… 
"Cette configuration leur confère un avantage particulier pour articuler politique de la ville et politiques de droit commun : d’une part, en sensibilisant les professionnels des autres secteurs afin de les amener à développer leur action sur les quartiers prioritaires ; d’autre part, en intensifiant leur action 'politique de la ville' sur la thématique complémentaire qui est la leur", se réjouit le CGET. Les directeurs de CRPV ont identifié de nouvelles problématiques à investir, comme la vieillesse et la dépendance.

En 2018, un quart des CRPV ont créé des observatoires : observatoire des loyers, de la délinquance, des violences faites aux femmes…

Certains mènent des missions d’accompagnement, dans une logique d’assistance à maîtrise d’ouvrage et d’études : études exploratoires sur les dynamiques des centres-villes en déprise, formation inter-acteurs, accompagnement de projets territoriaux…


Petites équipes et nombreux partenaires

La majorité des centres de ressources reposent sur de petites équipes, dont "l’efficacité tient à un management collaboratif ainsi qu’à l’adaptabilité de leurs salariés", souligne le CGET. Un CRPV type emploie 5 à 6 salariés (ETP) pour leurs missions socle : 1 directeur, 3 chargés de missions, 1 infographiste/ chargé de communication ou documentation, 1 assistant administratif. Mais certains centres de ressource ne disposent que de deux ETP. Ils doivent alors compter, encore plus que les autres, sur les institutions partenaires, qui apportent une expertise supplémentaire à la connaissance des territoires et/ou un portage de projets communs. Ces partenaires sont variés : établissements publics administratifs et des services de l’État*, acteurs du travail social et de la solidarité**, acteurs de l'éducation populaire***, associations d’élus locaux, agences d'urbanisme, observatoires locaux, laboratoires de recherche, consulaires…
"Ces collaborations sont de différentes natures allant d’une recherche intellectuelle, jusqu’au portage d’une action", souligne le CGET en insistant encore sur l'intérêt de développer des collaborations permettant de couvrir des "territoires péri-urbains ou ruraux qui disposent de peu d'ingénierie locale".

*Insee, Agence régionale de santé, Ireps (Instances régionales d’éducation et de promotion de la santé), Missions locales, Pôle emploi, CAF, Association de protection et de sauvegarde de l’enfance (ASE)…
**Uriops (Unions régionales interfédérales des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux), IRTS (Instituts régionaux du travail social), Fondation Abbé Pierre, Foyer des jeunes travailleurs, Centres sociaux…
***Centre Léo Lagrange, Ligue de l’enseignement, MJC…

19 centres de ressources de la politique de la ville en métropole et en outre-mer

Les 19 centres de ressources de la politique de la ville couvrent 1.306 quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) sur 1.514 (soit 86%), touchent 550 communes et 352 EPCI.
Le territoire de la plupart des CRPV est aujourd'hui adossé au périmètre des nouvelles régions. La Corse n’est pas couverte, celui de Guadeloupe est toujours à l’étude et quatre départements franciliens (Seine-et-Marne, Yvelines, Hauts-de-Seine et Val-de-Marne) mettent un peu de temps à bénéficier des actions des CRPV de la région.

-    Labo Cité (Auvergne-Rhône-Alpes) 
-    Trajectoire ressources (Bourgogne-Franche-Comté) 
-    Réso Villes (Bretagne – Pays de la Loire) 
-    Villes au Carré (Centre – Val de Loire) 
-    ORIV (Grand Est) 
-    CRPV de Guyane (Guyane) 
-    IREV (Hauts-de-France) 
-    Pôle ressources (Ile-de-France) 
-    Pôle ressources de la ville de Paris (Ile-de-France) 
-    Centre de ressources politique de la ville en Essonne (Ile-de-France) 
-    Profession banlieue (Ile-de-France) 
-    Ville Caraïbe (La Martinique) 
-    Normanvilles (Normandie) 
-    Pays et quartiers (Nouvelle-Aquitaine) 
-    Ressources & Territoires (Occitanie) 
-    Villes et Territoires Occitanie (Occitanie) 
-    Cité Ressources (Provence-Alpes-Côte d’Azur) 
-    CR-CSUR (La Réunion)
-    CR-DSU (Mayotte)

Certains centres de ressources ont plus de 20 ans d’existence. L'Oriv (Observatoire régional de l'intégration et de la ville), dans le Grand Est, a été créé en 1992. En Seine-Saint-Denis, Profession Banlieue a été créée en 1993, la même année que Labo Cités en Auvergne Rhône-Alpes.

 

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