Culture - Les conservateurs se sentent oubliés

La commission de la culture, de l'éducation et de la communication du Sénat a procédé, le 13 avril dernier, à l'audition de Christophe Vital, président de l'Association générale des conservateurs des collections publiques de France (AGCCPF). Celui-ci a notamment apporté un éclairage intéressant sur la situation et les difficultés des conservateurs. Il a commencé par rappeler l'"évolution spectaculaire, à la fois qualitative et quantitative" des musées de France depuis les années 70. Leur nombre a en effet pratiquement doublé en 50 ans, pour atteindre aujourd'hui 1.418. Cette évolution résulte, bien sûr, des grands chantiers parisiens de l'Etat (nouveau Louvre, Beaubourg, Orsay, Quai Branly...), mais aussi d'"une dynamique portée par les collectivités territoriales". Pendant plusieurs décennies, cette évolution a été soutenue par une forte présence de l'Etat, qui a joué "un rôle d'incitation, d'accompagnement, à travers une administration centrale forte à l'époque et des financements très significatifs - ce qui a d'ailleurs pu avoir des effets pervers, la réflexion sur le coût de fonctionnement des musées n'ayant pas alors été encouragée".
Sans évoquer pour autant un désengagement de l'Etat, le président de l'AGCCPF ressent aujourd'hui "un accompagnement moins fort et un affaiblissement de la direction des musées de France, dû à l'émergence d'établissements publics autonomes et de la Réunion des musées nationaux (RMN), ainsi qu'à la révision générale des politiques publiques (RGPP)".

Cinq cents conservateurs à recruter dans les dix ans

Il s'appuie également sur le récent "livre blanc sur l'état des musées", présenté par l'association il y a trois mois (voir notre article ci-contre du 8 février 2011). Les conservateurs s'inquiètent notamment de l'insuffisance des financements de l'Etat à l'égard des musées territoriaux et des limites de la politique de développement de recettes propres, qui entre en contradiction avec la volonté de large accessibilité des musées. Sans oublier l'effondrement du mécénat culturel (voir notre article ci-contre du 15 avril 2011). Ces différents éléments ne sont pas sans lien avec la très forte concentration de la fréquentation des musées, focalisée pour plus de la moitié sur les quelques grands établissements parisiens. Christophe Vital se dit également "très inquiet" sur la situation des collections, dont il indique qu'elle a peu évolué depuis le rapport de Philippe Richert en 2003. Il pointe aussi la lourdeur des procédures en matière d'acquisition et de restauration et réaffirme l'attachement des conservateurs aux prêts gratuits - une allusion au dossier du Louvre Abou Dhabi - et à l'inaliénabilité des œuvres, exception faite des restes humains comme dans le cas des têtes de guerriers maoris (une allusion directe à l'affaire de la restitution des manuscrits coréens décidée par le chef de l'Etat). Sur ce point, il déplore que la commission scientifique nationale des collections - récemment créée - ne se soit toujours pas réunie (voir notre article ci-contre du 10 février 2011).
Mais, au-delà de ces considérations professionnelles, les conservateurs ont aussi du vague à l'âme. Ils ont en effet "le sentiment d'être oubliés dans les textes et rapports". En témoigne notamment le récent rapport de la Cour des comptes qui "insiste sur le travail positif réalisé en matière d'inventaires et de récolements, alors que les conservateurs ne sont jamais cités". Ce sentiment est d'autant plus vif qu'environ cinq cents conservateurs vont partir en retraite dans les cinq à dix prochaines années et que leur remplacement s'annonce difficile. Selon le président de l'AGCCPF, il faudrait en effet plus de trente promotions de l'Institut national du patrimoine (INP) pour assurer la relève...

 

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