Les entreprises à mission : une économie ancrée dans les territoires
La France compte 2.411 sociétés à mission pour 1.106.000 salariés, selon le neuvième baromètre de l'Observatoire des sociétés à mission. Un modèle en forte progression depuis la création de ce statut en 2019, qui assure un enracinement local. C'est le pari relevé par la métropole de Rouen.
© M.T. / Serge Papin lors de la présentation du neuvième baromètre de l'Observatoire des entreprises à mission à Bercy
La métropole de Rouen s’est donné pour objectif de devenir le premier territoire d’entreprises à mission de France. Elle a passé un partenariat au mois de septembre avec la communauté des entreprises à missions (CEM) pour promouvoir ce nouveau modèle de société issu de la loi Pacte de 2019. Pour obtenir ce statut, les sociétés doivent arrêter une "raison d’être" qui va au-delà de la notion de profit, en se fixant des objectifs sociaux et environnementaux. La métropole de Rouen accompagne une cinquantaine d’entreprises sur son territoire pour les aider à passer le cap, a témoigné Thomas Meyer, trésorier de la CEM et PDG de la société normande Socaps, lors de la présentation du neuvième baromètre de l'Observatoire des sociétés à mission, à Bercy. Un exemple qui "a vocation à se dupliquer" ailleurs, a-t-il dit.
Aujourd’hui, la Normandie comprend 48 sociétés à mission. Un niveau certes en progression (+15% sur un an) mais jugé trop bas par rapport au potentiel économique du territoire : elle représente 6% du PIB national pour à peine 2% du nombre de d’entreprises à mission. "C’est trois fois pas assez", estime Thomas Meyer auprès de Localtis. La métropole veut donc s’aligner sur sa stratégie de transition économique et atteindre 50 entreprises à mission d’ici à 2027, en mettant à disposition des moyens d’accompagnement (incubateur, commissions spécifiques, formation et acculturation de ses agents économiques...). L’agence de développement économique pour la Normandie et Bpifrance financeront des missions de conseil. Une journée d’information sera organisée le 28 avril dans les locaux de l’école de commerce Néoma. La métropole financera également des travaux de recherche pour évaluer "l’impact territorial" de ces sociétés. Un impact qui ne fait guère de doute pour Thomas Meyer : "Plus les entreprises s’inscrivent dans le temps long, plus elles sont forces de progrès pour la transformation de la société et plus les intérêts de la métropole sont compris."
59% des sociétés à mission ont leur siège en région
La France compte 2.411 sociétés à mission pour 1.106.000 salariés, selon le neuvième baromètre de l'Observatoire des sociétés à mission. Elle est encore loin de l’Italie qui en dénombrait plus de 5.000 en 2025 mais la progression est forte : + de 500 chaque année. Si les PME sont largement majoritaires, 15% des grands groupes possèdent au moins une entité à mission (maison mère ou filiale) : La Poste, Danone, Enedis, Transdev ou des réseaux bancaires tels que le Crédit Mutuel Arkéa, le Crédit agricole...
Une tendance à rebours du climat international qui est plutôt au recul des ambitions environnementales et sociales. "2025 avait un petit air de backlash écologique. (…) On a décidé d’ancrer dans nos statuts [la raison d'être] pour dire à nos collaborateurs que ce qu’on racontait n’était pas opportuniste", a témoigné Thomas Le Beux, directeur général de la société Idex, spécialisée dans les énergies locales bas-carbone.
Quatre secteurs comptent aujourd’hui plus de 10% de salariés dans des entreprises à mission : l’électricité (21,20%), le transport (19%), la santé et l’action sociale (16,50%), l'immobilier (13%).
Sur les 2.411 entreprises à mission, 1.000 se trouvent en Île-de-France mais 59% ont leur siège hors Île-de-France. Avec 293 entreprises à mission, Auvergne-Rhône-Alpes est l’une des régions les mieux loties, devant la Nouvelle-Aquitaine (177) et l’Occitanie (168). Mais c’est la Nouvelle-Aquitaine qui connaît la plus forte progression en 2025 (+22%), devant le Grand Est (21%), Aura, Paca et la Normandie (+15%).
"Affrontement" entre deux modèles économiques
"C’est toute l’économie de notre pays qui est en marche : entreprise à mission se conjugue avec ancrage territorial", s’est réjoui le ministre des PME, Serge Papin, en ouvrant cette rencontre, se faisant l’avocat d’un "capitalisme différent, plus humain, plus social, plus démocratique". L’ancien patron de Système U voit aujourd’hui un "affrontement" entre deux modèles économiques avec d’un côté les "marketplaces guidées par la politique du chiffre au détriment de la santé, de l’environnement" et, de l’autre, "une économie qui s’enracine, qui donne du sens au travail, qui respecte l’environnement".
Pour obtenir ce statut, une entreprise à mission doit se doter d’un comité de mission chargé de vérifier qu’elle respecte bien ses engagements. Le statut est un moyen de se différencier, vis-à-vis des candidats dans les recrutements, surtout pour les métiers en tension, et vis-à-vis des clients. "On est un tiers de confiance, ce qu’on produit doit être fiable", a insisté Luc Balleroy directeur général de l’institut de sondage OpinionWay, à la lumière de l’arrivée de l’intelligence artificielle dans son métier. Le statut "oriente la manière dont on s’approprie l’IA dans l’entreprise, il faut faire des choix entre ce qui est est permis et proscrit", a-t-il exposé, allant jusqu’à proposer un label "Made by Human".
Pour ce qui est de l’effet de démarcation dans les marchés publics, les avis divergent. Pour Luc Balleroy, c’est un gage de "crédibilité", "ça impose le respect". Pour Thomas Le Beux en revanche, "cela ne vaut rien" dans les marchés publics : "On trouve ça génial, mais on ne valorise pas."