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Logement - Les familles monoparentales représentent près de 20% des occupants du parc social

Une étude du Crédoc se penche sur un aspect original de la question des familles monoparentales : les conditions de logement. Elle s'appuie sur l'exploitation de la cinquième vague d'enquête sur l'occupation du parc social, qui repose elle-même sur la transmission par les bailleurs sociaux - rendue obligatoire par la loi du 4 mars 1996 - de statistiques triennales sur leurs locataires.
L'étude montre que l'augmentation du nombre de familles monoparentales se répercute sur le parc social. La part de ces dernières a en effet nettement progressé depuis douze ans, passant de 15,3% des ménages en 1997 à 19,2% en 2009. Cette part devrait continuer à s'accroître dans les prochaines années, puisque les familles monoparentales représentent près du quart des nouveaux entrants dans les logements sociaux (personnes ayant emménagé depuis moins de trois ans). L'étude prend soin de préciser que cette présence croissante ne tient pas à une priorité qui serait donnée aux familles monoparentales. Elle résulte du fait que ces dernières ont des revenus nettement inférieurs à la moyenne (voir notre article ci-contre du 6 avril 2010). Leur revenu disponible moyen en 2008 s'élève ainsi, selon l'Insee, à 26.570 euros par an, contre plus de 45.500 euros pour les couples avec enfants. De plus, ce revenu disponible moyen n'a progressé que de 6% depuis 1996, contre plus de 20% pour toutes les autres catégories de ménages. Les familles monoparentales sont, de ce fait, fortement surreprésentées dans le parc locatif social (19,2% contre 8,6% pour l'ensemble des catégories de logements).
Cette évolution n'est pas sans effet sur les autres catégories de locataires actuels ou potentiels du parc social. L'étude du Crédoc estime ainsi que "la plus grande présence de familles monoparentales a des conséquences non négligeables sur l'entrée des jeunes ménages". La part des moins de 30 ans dans le parc social est en effet passée de 15% en 2000 à un peu plus de 10% en 2009. Or, "les difficultés d'accession au parc social freinent l'accès des jeunes à un logement autonome et donc, aussi, la décohabitation de chez leurs parents". Souvent contraints de se tourner vers le parc privé, ils s'exposent alors au risque de surendettement. La seconde catégorie de locataires "victimes" de l'augmentation du nombre de familles monoparentales sont les familles nombreuses, dont la part est passée de 12% en 2000 à 10,4% en 2009. Mais il s'agit là, pour partie, d'un effet mécanique : l'augmentation du nombre de familles monoparentales - qui ont deux fois moins souvent trois enfants et plus que les couples - fait baisser le nombre de familles nombreuses.
Cette situation pèse également sur la mobilité dans le parc social. Les faibles revenus des familles monoparentales ne leur donnent en effet que peu de possibilités de sortir du logement social, ce qui réduit le turn-over même si d'autres facteurs peuvent également jouer (comme la crise du logement). La part des emménagés récents (moins de trois ans) dans le parc social est ainsi passée de 33% en 2000 à 27% en 2009. Une telle évolution n'est évidemment pas neutre alors que près de deux millions de ménages attendent un logement social. Les pouvoirs publics et les bailleurs sociaux se trouvent dès lors confrontés à un véritable défi : alors que le nombre de logements du parc social progresse (de 3,9 millions en 1999 à 4,4 millions en 2009), l'offre de logements sociaux est en baisse du fait du recul de la mobilité...

 

Jean-Noël Escudié / PCA 


 

 

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