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Accès aux soins - Les médecins ont des idées pour le futur "plan de lutte contre les déserts médicaux"

Agnès Buzyn, la ministre des Solidarités et de la Santé, a lancé la concertation en vue de la présentation - en principe à la rentrée - d'un nouveau plan de lutte contre les déserts médicaux. Les premiers sollicités dans ce cadre ont été les représentants des médecins libéraux, directement concernés par les difficultés de remplacement des praticiens partant en retraite et le peu d'appétence des jeunes médecins pour l'exercice libéral.

Des stages obligatoires et conséquents en médecine libérale

Le premier syndicat à faire valoir son point de vue est la CSMF, principal représentant des médecins libéraux, une profession à la représentation profondément divisée. Son président, le docteur Jean-Paul Ortiz, a ainsi été reçu le 21 juillet à l'Elysée et au ministère de la Santé.
Parmi les revendications traditionnelles des médecins libéraux figure notamment la remise en cause de "l'hospitalo-centrisme" des études de médecine. Pour éviter ce phénomène, qui n'incite pas les jeunes médecins à s'installer en libéral et encore moins dans les territoires isolés, la CSMF propose de rendre obligatoires les stages dans des cabinets libéraux dès les premières années d'étude. La période de l'internat devrait par ailleurs comporter au moins douze mois de stages en médecine générale et au moins six mois dans les disciplines de spécialités.
Pour faciliter ces stages, ceux-ci ne devraient rien coûter aux étudiants ou aux internes, grâce à une prise en charge des frais de déplacement et à l'attribution d'indemnités de logement (voire à des logements gratuits).
Dans le même esprit, les collectivités territoriales devraient également être mises à contribution pour faciliter l'installation de la famille du médecin dans un désert médical, par exemple en aidant le conjoint à trouver un travail ou en proposant des places en crèche pour les jeunes enfants.

Il n'y aura pas un praticien "au pied de chaque clocher"

Sur les avancées technologiques, la CSMF n'est pas hostile au développement de la télémédecine - que le chef de l'Etat prévoit de "déverrouiller massivement" -, mais sous réserve que les médecins bénéficient d'une aide en matière d'équipement et que les actes accomplis en télémédecine soient rémunérés par l'assurance maladie "selon la grille tarifaire habituelle".
En revanche, la CSMF n'a pas évoqué le développement des maisons de santé pluridisciplinaires, alors qu'Emmanuel Macron - il l'a redit lors de la Conférence nationale des territoires - prévoit d'en doubler le nombre (environ 1.200 actuellement). Reprenant une position traditionnelle, le syndicat est également plus que réservé sur la révision du numerus clausus, alors que là encore, le chef de l'Etat a indiqué le 17 juillet que "les réformes structurelles, mais qui prendront du temps, seront prises pour rouvrir les numerus clausus qui ont construit, on le sait bien, cette rareté aujourd'hui du personnel médical sur les territoires".
Au demeurant, le président de la CSMF a mis lui-même un certain bémol à la lutte contre les déserts médicaux, en expliquant que le modèle du médecin de campagne de "Monsieur Bovary" (qui, dans le roman de Flaubert, n'est en réalité pas médecin, mais simple officier de santé) est révolu et qu'il n'est pas question d'installer un praticien "au pied de chaque clocher de France". Sur ce point, la CSMF et les autres syndicats de médecins libéraux se félicitent du refus d'Agnès Buzyn - comme sa prédécesseure Marisol Touraine - de remettre en cause la liberté d'installation.

 

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