Les missions locales, des témoins des problèmes de santé mentale des jeunes

Une étude sociologique alerte sur les problèmes de santé mentale des jeunes qui fréquentent les missions locales. Et appelle à renforcer les moyens pour garantir des accompagnements adaptés et lutter contre le non-recours.

Plus d’un tiers des 11-24 ans déclarent des signes de détresse psychologique de type anxio-dépressif modéré à sévère, selon les premiers résultats de l’étude Mentalo, dévoilés en octobre dernier par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l’université Paris Cité. Selon Santé publique France, une jeune fille sur quatre âgée de 18 à 24 ans a rapporté un épisode dépressif en 2021, soit plus de 10 points de plus qu’en 2017. 

Difficile, pour les missions locales en proximité de ces publics, d’éluder un sujet "devenu prégnant", selon un rapport dévoilé en décembre (à télécharger ci-dessous). "Cette progression des problématiques de santé mentale chez les jeunes se constate directement sur le terrain, pour les professionnels de l’accompagnement vers l’emploi", selon une étude sociologique publiée en décembre par l’association régionale des missions locales Occitanie. 

Le problème est massif, à en croire cette étude qui rapporte les premières données d’une autre enquête, conduite en 2025 par le laboratoire Interpsy de l’université de Lorraine et l’université Paris Cité auprès d’un échantillon représentatif de jeunes accompagnés par les missions locales, mais non encore finalisée. Cette enquête suggère que "près d’un jeune sur deux est en souffrance psychologique importante". 69% signalent être atteints de dépression, 54% d’anxiété, et 43% ont eu des idées suicidaires. 

L’étude menée en Occitanie souligne de son côté que dans la région un tiers des jeunes ont bénéficié d’un acte de "service santé" dans les missions locales. Celles-ci jouent un rôle de "guichet insoupçonné d’une demande de soin et un rôle thérapeutique", selon l’auteur de l’enquête, le sociologue Adrien Lusinchi. 

Un accompagnement psychologique fragilisé

À partir d’entretiens de terrain menés auprès de trois missions locales, il souligne que l’accompagnement peut se traduire par des ateliers collectifs "santé", de soutien, d’un accompagnement et d’une orientation vers une thérapie psychologique ou un service psychiatrique ou vers l’accompagnement à la reconnaissance de leur qualité de travailleur handicapé (RQTH). »

Le passage par une mission locale peut permettre à des jeunes d’accéder à des consultations gratuites de psychologues, sans démarches à effectuer à part d’aller voir un conseiller d’insertion. "Y accéder parce qu’on cherche avant tout un emploi permet à certains d’enclencher un parcours de soin qu’ils n’auraient pas entrepris autrement", selon l’étude. 

Toutefois, l’organisation d’un tel accompagnement "apparaît la plus instable au regard des financements accordés", selon l’étude. Dans l’une des missions locales, la diminution des crédits s’est traduite par un arrêt des séances de suivi psychologique proposées aux jeunes pour l’année 2025. 

Un non-recours "massif"

L’accès à de tels services peut s’avérer compliqué en pratique. Pour l’auteur de l’étude, il y a même un problème de non-recours "massif" aux droits et services de jeunes qui manifesteraient une problématique de santé mentale. Il y a les jeunes qui taisent leurs problèmes, ceux qui méconnaissent les services des missions locales et ceux qui n’obtiennent pas de réponse à leur besoin.

Outre les financements, l’évolution des politiques publiques, particulièrement centrées sur l’accès à l’emploi des jeunes et la réalisation d’objectifs allant en ce sens, pourraient amplifier ce non-recours. "C’est peut-être d’abord parce que l’accompagnement vers l’emploi tel qu’il est proposé aujourd’hui, et tel qu’il est conçu par les politiques de l’emploi, permet peu de s’adapter à ces problématiques."

La réalisation des 15 heures d’activités hebdomadaires par semaine, par exemple, peut être compliquée dans ces situations. "Pour les professionnels de l’accompagnement vers l’emploi, cela signifie devoir faire un usage peut-être plus important des marges de manœuvres qu’ils utilisent afin d’adapter leur accompagnement pour des jeunes pour lesquels le cadre de l’accompagnement ne conviendrait pas", selon l’étude. 

Pérenniser des postes de psychologues

Mais encore faut-il se montrer sensible à ces problématiques. "Or, les professionnels de l’accompagnement vers l’emploi, à l’exception des psychologues ou des référents 'santé', sont insuffisamment sensibilisés et formés aux problématiques de santé mentale que rencontrent les jeunes", souligne l’étude, qui appelle à "renforcer les moyens dédiés", "pérenniser les postes de psychologues en mission locale" et "consolider les coopérations territoriales".

 

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