Les observatoires des dynamiques rurales étendues aux zones urbaines
Le ministre de l'Éducation nationale a annoncé que chaque département serait doté, dès 2026, d'un observatoire des dynamiques rurales et territoriales afin de mieux anticiper l'évolution du maillage éducatif dans un contexte de baisse démographique.
© @EdouardGeffray/ Edouard Geffrey au collège Rosa Parks d’Amiens le 09 janvier
Mis en place à partir de 2023 dans certains départements à la suite du plan France ruralités, les observatoires des dynamiques rurales vont évoluer pour s'ouvrir aux milieux urbains. C'est le sens du déplacement à Givors et Lyon (Rhône) d'Édouard Geffray, ce vendredi 16 janvier 2026 au cours duquel le ministre de l'Éducation nationale a annoncé la généralisation du dispositif sur l'ensemble du territoire national dès 2026.
Désormais dénommés "observatoires des dynamiques rurales et territoriales" (ODRT), ces instances "offriront aux élus et aux acteurs locaux, en milieu rural comme urbain, un cadre de dialogue et de prospective pour anticiper l'évolution du maillage éducatif et définir des actions communes", décrypte un communiqué du ministère de l'Éducation nationale.
Ce cadre "de dialogue et de prospective" va particulièrement servir à mieux appréhender les évolutions démographiques et leurs effets sur l'organisation territoriale de l'offre scolaire alors que la France connaît une déprise démographique qui a des conséquences importantes sur les fermetures de classes. Une note d'information du service de la statistique du ministère de l'Éducation nationale chiffrait récemment à 6.229 le solde négatif du nombre de classes en milieu rural durant la décennie 2015-2025 (lire notre article du 13 janvier).
"Approche prospective à un, trois et cinq ans"
Pour assurer un "dialogue renforcé avec les collectivités territoriales" et "préparer notre système éducatif à cette transition", une instruction ministérielle publiée au Bulletin officiel du 15 janvier 2026 crée donc l'ODRT, défini comme "une instance départementale " – qui remplacera, le cas échéant, les observatoires des dynamiques rurales – dont le but est de permettre, à travers "une approche prospective au minimum à un, trois et cinq ans, [...] de partager un diagnostic commun et d'anticiper les évolutions, d'en mesurer les effets et de nourrir une réflexion pluriannuelle et partenariale sur l'organisation territoriale, l'offre scolaire et les services associés, notamment de transport".
Dans le détail, le diagnostic commun devra notamment porter sur "les évolutions démographiques, le maillage éducatif et l'accès aux services scolaires et périscolaires". L'instruction ajoute que "les dimensions sociales, sanitaires, sportives, culturelles et de mobilité sont également à intégrer tout comme l'orientation, l'accès à l'enseignement supérieur et l'insertion". Le tout afin de "penser non seulement l'organisation territoriale mais aussi l'offre scolaire dans un contexte qui doit conduire à rechercher des organisations nouvelles pour répondre au défi de la déprise démographique".
"Déclinaisons infra-départementales"
Côté gouvernance, si un ODRT est installé dans chaque département, et coprésidé à ce titre par le préfet de département et l'inspecteur d'académie-directeur académique des services de l'Éducation nationale (IA-Dasen), il devrait bénéficier "d'une souplesse de mise en œuvre, permettant des déclinaisons infradépartementales, notamment à l'échelle des réseaux pédagogiques, des bassins de vie, des périmètres intercommunaux". L'instruction prévoit également que des groupes de travail thématiques, définis localement, "contribueront aussi à une juste articulation avec les autres politiques publiques territoriales". Un accompagnement national, comprenant la mise à disposition d'outils méthodologiques, l'animation du réseau des coprésidents et un suivi des ODRT dans les départements, est par ailleurs prévu.
Relever le défi du dialogue avec les élus locaux
Si la généralisation à tous les départements et l'ouverture aux milieux urbains des observatoires des dynamiques rurales sont rendues nécessaires par les évolutions démographiques qui touchent également les villes – avec une baisse de 7,7% des effectifs dans les écoles publiques urbaines hors éducation prioritaire et de 6,5% dans les zones d'éducation prioritaire depuis 2015 –, les nouveaux ODRT devront toutefois faire la preuve de leur capacité à établir un véritable dialogue avec les élus locaux.
Au début de l'année 2025, l'Association des maires de France (AMF) avait fait part de "décisions brutales" de fermetures de classes et d'écoles prises par les directions académiques et estimait que "les observatoires des dynamiques rurales mis en place dans les départements représentent davantage un alibi qu'un réel outil de concertation" (lire notre article du 14 février). Pour rendre effectif le dialogue entre les élus locaux et l'Éducation nationale, l'AMF demandait notamment que les services académiques partagent leurs données prospectives en matière d'évolution des effectifs scolaires avec les maires [afin] de consolider une visibilité à trois ans sur le devenir de l'école". La réussite des ODTR passera donc par ce partage de données, indispensable à la coconstruction de la carte scolaire.
De nouveaux territoires éducatifs ruraux labellisés
Lors de son déplacement dans le Rhône, Édouard Geffray a également annoncé la labellisation de nouveaux territoires éducatifs ruraux (TER). Ce dispositif, lancé en 2021 sur le modèle des cités éducatives installées dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, vise à soutenir la réussite des élèves issus des territoires ruraux en fédérant l'ensemble des acteurs éducatifs, sociaux, de santé et culturels afin de renforcer la prise en charge pédagogique et éducative des jeunes pendant et autour du cadre scolaire, et notamment à leur garantir un véritable pouvoir d'agir sur leur avenir par le biais de l'accompagnement à l'orientation et des dispositifs d'égalité des chances. Chaque TER est doté d'une enveloppe annuelle de 30.000 euros durant les trois années de convention.
À la suite de la quatrième vague de l'appel à projets lancé en juillet 2025, 59 nouvelles labellisations ont été accordées pour 2026. Cette promotion concerne 731 écoles, 84 collèges, 30 lycées ainsi que les 250 communes rurales et de montagne où ils sont implantés. Elle porte à 261 le total de TER désormais labellisés. Une cinquième vague d'appel à projets, prévue à la rentrée 2026, devrait permettre d'atteindre l'objectif initial de 300 TER.