Sécurité civile - Les pompiers rappellent les engagements de François Hollande

Alors que la réforme des urgences continue de se faire dans leur dos, les pompiers rappellent qu'ils en sont un acteur essentiel, comme l'avait déclaré le président de la République lors de leur congrès en octobre dernier. Bernard Cazeneuve assure cependant que des contacts sont pris avec les service de Marisol Touraine, à la Santé. La réévaluation du référentiel commun de 2008 devrait enfin voir le jour le 25 juin. L'un des symboles de ces rivalités tient à la flotte d'hélicoptères : de plus en plus, la Santé boude les appareils de l'Etat et fait appel à des sociétés privées.

Les sapeurs-pompiers sont des "acteurs majeurs" des politiques de secours et "non pas des supplétifs, mobilisables dans les communes reculées ou aux heures indues", a affirmé le ministre de l'Intérieur, le 13 juin, à l'occasion de la journée nationale des sapeurs-pompiers. Un message qui s'adresse à la profession mais aussi à sa collègue de la Santé, Marisol Touraine, qui ne semble pas l'entendre de cette oreille. Lors d'un congrès consacré aux urgences, le 4 juin, celle-ci n'a pas cité une seule fois le rôle des pompiers qui en ont été courroucés, alors que 71% de leurs interventions concernent aujourd'hui le secours à personne, comme l'a rappelé Yves Rome, le président du conseil général de l'Oise. "Cet oubli caractérisé apparait préjudiciable au travail de coordination de terrain entre les services hospitaliers d'urgence et les sapeurs-pompiers", s'est insurgé dans un communiqué du 10 juin l'élu, qui préside la Conférence nationale des services d'incendie et de secours (CNSIS). La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) a elle aussi montré son exaspération et dénoncé le même jour "la contradiction totale entre les directives données par le président de la République pour améliorer l'organisation du secours d'urgence aux personnes et l'action du ministre de la Santé". Une situation "trouble" qui a conduit la fédération à demander dans le même temps aux sapeurs-pompiers de "geler toute relation de coopération, hors cadre opérationnel, avec les agences régionales de santé et les Samu, tant qu'un dialogue partenarial respectueux n'est pas rétabli au niveau national".

Engagement de François Hollande

La pomme de discorde porte sur la mise en œuvre de la réforme des urgences pilotée par la Santé avec objectif de garantir l'accès aux soins urgents en moins de trente minutes. Un engagement pris par François Hollande et renouvelé en octobre dernier lors du congrès de la FNSPF de Chambéry. Cet objectif "ne pourra être atteint que si les sapeurs-pompiers sont totalement partie prenante des secours à personnes à parité avec les autres acteurs", avait alors déclaré le président de la République demandant que les pompiers soient associés aux réflexions. François Hollande avait aussi rappelé que le référentiel de 2008 sur le secours à personne et l'aide médicale d'urgence était la base de cet engagement et que sa réévaluation allait commencer "la semaine prochaine" pour aboutir à la fin de l'année 2013. Il avait également demandé aux deux ministères de définir "clairement le rôle des Sdis dans la chaîne d'intervention", afin d'éviter les situations de concurrence entre les services, notamment en ce qui concerne la flotte d'hélicoptères. Un rapport était attendu pour la fin du mois de janvier 2014. Mais depuis, sur l'un et l'autre dossier, les pompiers restaient sans nouvelles.
Le remue-ménage de ces derniers jours a cependant commencé à porter ses fruits. Vendredi, Bernard Cazeneuve a affiché sa volonté de renouer le dialogue : "Les contacts sont établis avec le cabinet de Marisol Touraine. Nous nous engageons personnellement à la mise en place d'une feuille de route qui permette à chacun de trouver sa place, sans concurrence inutile, sans rivalité stérile, mais dans la complémentarité, la mutualisation des moyens et l'optimisation des budgets, ceux de l'Etat, des collectivités locales comme de l'assurance maladie..." La réévaluation du référentiel de 2008, préparée par l'IGA et l'Igas, devrait enfin voir le jour. Le ministre de l'Intérieur l'a promise pour le 25 juin. Un comité de suivi du référentiel se tiendra dans la foulée, le 2 juillet.

"C'est la victime qui va en payer les conséquences"

Sur le terrain, la situation est de plus en plus tendue entre les rouges et les blancs. Pour la FNSPF, l'intensification du déploiement des médecins correspondants de Samu risque de porter préjudice aux 4.500 médecins sapeurs-pompiers volontaires et, à terme, aux victimes elles-mêmes. "Là où les relations sont bonnes, elles sont en train de se dégrader, là où elles ne sont pas bonnes, aucune progression n'apparaît. Il est temps que cela cesse, c'est la victime qui va en payer les conséquences", avertit le colonel Faure, président de la FNSPF. Et de citer les exemples de la Franche-Comté où l'agence régionale de santé "refuse de discuter", depuis que trois départements (Jura, Doubs et Territoire de Belfort) ont décidé de fusionner au niveau régional. Autre exemple : celui du Tarn, où les urgentistes "refusent d'utiliser la plateforme d'appels 15-18" mise en place.
La question de la flotte d'hélicoptères est cocasse. A elles deux, la Sécurité civile et la Gendarmerie possèdent 90 appareils. Mais la Santé préfère désormais utiliser pour les Smur ses propres appareils qu'elle loue à ses compagnies privées. Elle en possède déjà 45 et devrait en recevoir 3 à 5 d'ici la fin de l'année. Une situation qui fait les affaires de la société américaine Inaer qui remporte la plupart des appels d'offres régionaux : Paca, Bourgogne, Centre, Haute-Normandie et, dernièrement, Bretagne et Pays de la Loire…
Sur le papier, les Hélismur coûtent moins cher que ceux de l'Etat. En moyenne, le budget d'un Hélismur est 1,65 million d'euros pour 600 heures de vols, contre 1,75 million d'euros pour 500 heures s'agissant des hélicoptères d'Etat (hors coût de l'équipe médicale). Mais pour le colonel Faure, il ne faut pas s'arrêter à une logique purement comptable. "Un hélico doit être là quand il y a une catastrophe, mais pour être là, il doit être utilisé au quotidien, pour les missions de tous les jours", fait-il valoir. Il souligne aussi que les Hélismur ne sont pas adaptés aux situations périlleuses : "On remplace des quatre roues motrices polyvalentes par des berlines." Seulement, la Santé a d'autres arguments pour elle : les hélicoptères mis à la disposition des Smur ne sont pas toujours disponibles, pour "des raisons de commandement", "des raisons techniques", et tous ne sont "pas équipés en permanence d'un kit médical", souligne un rapport du Conseil national de l'urgence hospitalière de décembre 2013.

Le maillage départemental conserve sa pertinence

Pour le colonel Faure, on assiste un "siphonage" des appareils de l'Etat, alors que le ministère de l'Intérieur est en train de "réduire la voilure". Et, une fois de plus, le choix des Smur, comme récemment à Besançon, se fait "sans discussion aucune". Le médecin-colonel Patrick Hertgen argue pour sa part qu'"avec le coût d'un hélico, on pourrait payer 30 infirmières".
En attendant que le gouvernement tranche un jour ces rivalités et clarifie une fois pour toutes les missions de chacun, les pompiers ont un nouveau sujet de discussion : les récentes déclarations du secrétaire d'Etat à la Réforme territoriale, André Vallini, visant à "renationaliser les Sdis". Le sujet est à peu près aussi vieux que la "départementalisation" des Sdis de 1996, mais l'actualité de la réforme territoriale, avec la suppression envisagée des départements, lui redonne du poids.
Bernard Cazeneuve a assuré, vendredi, que le "maillage départemental" conservait toute sa pertinence et ne serait "pas remis en cause". Il a également indiqué que "le moment venu", il demanderait à Yves Rome, à Jean-Paul Bacquet, président du Conseil national des sapeurs-pompiers volontaires (CNSPV), et au préfet Michel Papaud de lui faire des propositions. Pour le colonel Faure, le débat est un peu biaisé par les termes. IL s'agit surtout selon lui d'une "tuyauterie de financements". "Jamais les Sdis n'ont été étatisés et jamais ils n'ont été un service du conseil général", rappelle-t-il. Le président de la FNSPF fait également remarquer que si les conseils généraux assurent aujourd'hui 57% des financements des Sdis (43% pour les communes), l'intégralité de ce financement est "fléchée au niveau de l'Etat pour retourner au conseil général, pour aller ensuite vers les Sdis". En clair, le conseil général ne serait aujourd'hui qu'un intermédiaire.
Les pompiers ont au moins un sujet de satisfaction : le lancement vendredi dernier d'une campagne nationale de recrutement des sapeurs-pompiers volontaires, sous le patronage du ministère de l'Intérieur. La première du genre.

 

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