Filière numérique - Les "quartiers numériques" entrent en scène
L'intérêt porté aux projets de "quartiers numériques" se confirme. La consultation publique en ligne organisée par Fleur Pellerin, la ministre déléguée en charge de l'économie numérique, dans le cadre de la préparation du projet français a recueilli plus de 680 contributions venant, pour l'essentiel, d'entreprises et de collectivités territoriales.
Annoncé en octobre 2012, puis lancé officiellement le 28 février dernier lors du séminaire gouvernemental consacré au numérique, le projet français prévoit le développement de quartiers dans une quinzaine d'agglomérations dont celle de Paris, à l'origine de cette initiative. La démarche s'inspire notamment de "Tech City", un quartier de l'est londonien abritant des entreprises de haute technologie et dont le développement est exceptionnel : lancé en 2010 avec 200 entreprises numériques, il en accueille six fois plus aujourd'hui…
Des incubateurs géants
Le gouvernement français entend créer une synergie équivalente, mais à partir de son propre modèle et en y associant les collectivités locales et les acteurs économiques concernés. Une mission de préfiguration confiée à la Caisse des Dépôts assure la préparation du déploiement. Fleur Pellerin compare les projets à "des incubateurs géants", généralistes ou thématiques (e-santé, e-transport...), rassemblant un nombre significatif de start-up et enrichis par diverses couches de services.
A l'instar des autres capitales - Berlin, Tel Aviv, Londres - le quartier numérique de Paris concentrerait sur un quartier, voire même sur un lieu emblématique – on parle de la halle Freyssinet dans le 13e arrondissement (25.000 m2) –, plusieurs centaines de start-up, des centres d'innovation de grandes entreprises et d'autres acteurs associés (agences de design, investisseurs...). L'espace serait valorisé par la mise en commun d'infrastructures (espaces événementiels, salles de conférences, espaces de travail partagés, bureaux de passage) et par la proximité de services d'accompagnement et de valorisation : conseil de défense de la propriété intellectuelle, antenne de la banque publique d'investissement, fonctions support aux entreprises (informatique, portage salarial, gestion, atelier de fabrication numérique partagé pour le prototypage d'objets). L'ensemble du dispositif Paris/province serait fédéré autour d'un label commun, plus valorisant dans la promotion internationale du numérique.
Appel à candidature pour les agglomérations intéressées...?
Pour appuyer la mission de préfiguration, Fleur Pellerin avait ouvert, le 12 février dernier, une consultation publique en ligne invitant les acteurs à exprimer leurs besoins, leurs attentes, et à communiquer leurs idées et exemples de bonnes pratiques. Les premier résultats, qui viennent d'être rendus publics, confirment l'intérêt porté par les entreprises du secteur, nombreuses à répondre au questionnaire - et en particulier les "start-up" qui, selon la ministre, sont largement majoritaires (80% des sociétés ayant participé à la consultation ont moins de 20 salariés et 67% moins de 5 ans d'existence). A propos de la vitrine parisienne, 84% des réponses privilégient une implantation intramuros et 75% estiment comme point de départ nécessaire le regroupement "d'une centaine d'entreprises pour une surface dédiée de 50.000 m2". Sur le volet province, une dizaine de villes d'accueil sont mentionnées de manière récurrente, notamment Lyon, Lille et Nantes.
La remise des conclusions de la Caisse des Dépôts est prévue dans le courant du mois de juin. Les acteurs économiques et publics locaux attendent des éclaircissements sur la feuille de route du projet parisien, censé démarrer en 2014, sur les conditions de délivrance du futur "label", ou encore sur les modalités d'un éventuel appel à candidatures lancé en direction des agglomérations intéressées par le projet.
D'autres précisions relatives aux modalités de financement des projets, au choix des leviers susceptibles d'attirer les entreprises (on évoque la création de zone franches fiscales) ou encore au rôle assigné aux collectivités territoriales (seront-elles de simples aménageurs et financeurs ou aussi des animateurs ?) devront être également apportées. Il conviendra aussi de penser à l'articulation des projets entreeux (mise en réseau ?) et aux modalités de cohabitation avec les pôles de compétitivité dédiés au numérique, dans les régions où ces pôles sont présents (Bretagne, Normandie, Paca, Ile-de-France).
Ainsi, de nombreux ajustements et réglages sont nécessaires pour passer du stade projet à la réalisation, mais le soutien des acteurs économiques, qui semble établi, représente déjà un atout pour la suite des opérations.