Les réseaux sociaux nuisent gravement à la santé des ados, alerte l'Anses
Au terme de cinq années d'enquête, un rapport de l'Anses, publié ce mardi 13 janvier 2026, met en exergue les effets néfastes de l'usage des réseaux sociaux sur la santé des adolescents âgés entre 11 et 17 ans et plus particulièrement des filles. L'Anses préconise "d'agir à la source" pour que les mineurs n'accèdent qu'à des "réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé".
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Facebook, Instagram, Twitter, Snapchat, YouTube, Dailymotion, TikTok etc. En France, 1 adolescent sur 2 passe entre 2 et 5 heures par jour sur un smartphone, souvent pour s'y connecter aux réseaux sociaux numériques, une pratique de plus en plus répandue et fréquente. Selon le baromètre du numérique Credoc 2025, 58% des 12-17 ans déclarent consulter quotidiennement les réseaux sociaux. La plupart y publient leurs propres contenus ou partagent et commentent ceux des autres.
Face à ce constat, l'Anses s'est auto-saisie il y a 5 ans et a engagé un travail d'expertise pour "éclairer l'ensemble des acteurs, dont les pouvoirs publics, sur les effets potentiels des usages des réseaux sociaux sur la santé des adolescents, et pour les aider à prendre des mesures appropriées". Pour réaliser ce travail, elle s'est appuyée sur un groupe d'experts pluridisciplinaires réunissant notamment des épidémiologistes, des biologistes, des pédopsychiatres et psychologues, des chercheurs en science de l'information et de la communication. Ces spécialistes ont recensé et analysé plus d'un millier d'études scientifiques consacrées aux effets des réseaux sociaux sur la santé, rendant cette expertise unique par l'ampleur des données mobilisées.
Les réseaux sociaux nuiraient plus à la santé mentale des filles
La conclusion n'est pas très surprenante : les effets néfastes des réseaux sociaux sur la santé des jeunes sont "nombreux" et "documentés", affirme l'Anses dans son avis publié ce mardi 13 janvier 2026. Plus étonnant, ils nuiraient plus particulièrement à la santé mentale des filles, estime l'agence française de sécurité sanitaire, au moment où plusieurs textes visant à les interdire au moins de 15 ans sont en préparation, dont celui de la députée Renaissance Laure Miller (notre article du 8 janvier 2026). En effet, les filles, plus utilisatrices des réseaux sociaux que les garçons, font davantage objets de "pression sociale liée aux stéréotypes de genre" et sont plus cyberharcelées, constate l'Anses. Les personnes LGBTQI et les jeunes ayant déjà des troubles psychiatriques sont également plus touchés.
Créer un cadre de gouvernance à la hauteur des enjeux
"Cette étude donne des arguments scientifiques au débat sur les réseaux sociaux des dernières années : elle est basée sur 1.000 études qui ont été décortiquées" et documentent "les effets sur la santé", a affirmé Olivia Roth-Delgado, coordinatrice de l'expertise, lors d'une conférence de presse. Selon elle, "il était important d'aller plus loin que le temps passé sur les réseaux, et de considérer ce que font réellement des adolescents sur les réseaux sociaux, leurs motivations et leur engagement émotionnel".
L'enjeu est de créer un cadre de gouvernance "à la hauteur des enjeux", a martelé Olivier Merckel, chef de l'unité Evaluation des risques liés aux agents physiques, soulignant qu'instaurer "des mesures réglementaires et des actions de contrôle robustes" pour protéger la santé des mineurs "incombe aux plateformes".
Celles-ci doivent déployer "des systèmes fiables de vérification de l'âge et de recueil du consentement parental" afin de respecter le règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act), applicable depuis le 17 février 2024 et le règlement général sur la protection des données (RGPD). Ce dernier prévoit une inscription possible à partir de 13 ans, avec une validation parentale entre 13 et 15 ans.
Garantir des réseaux respectueux de la santé des mineurs
L'Anses préconise "d'agir à la source" pour que les mineurs n'accèdent qu'à des "réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé". Concrètement, cela implique que les plateformes modifient algorithmes de personnalisation de contenu, techniques d'interfaces persuasives et paramétrages par défaut, souligne l'agence, dont les travaux éclairent les décisions publiques.
Pour l'agence, les contenus délétères pour la santé (violents, pornographiques, haineux, harcèlement, conduites à risques, jeux d'argent, régimes alimentaires extrêmes...) doivent simplement "être interdits".
Ne plus exploiter les vulnérabilités propres aux adolescents
Pour l'agence sanitaire, les "systèmes de captation de l'attention" des plateformes "exploitent des vulnérabilités propres" aux adolescents (tendance à prendre des risques, à la comparaison sociale, importance du jugement des pairs) alors qu'ils n'ont pas les "capacités de régulation émotionnelle et comportementale" des adultes.
Tout récemment proscrits pour les moins de 16 ans en Australie, les réseaux sociaux consultés via un smartphone sont une "caisse de résonance inédite" qui renforce les stéréotypes, met en avant des comportements à risque et favorise le cyberharcèlement.
Des stratégies de captation de l'attention
Ceci découle d'un modèle économique "maximisant le temps d'utilisation" à des fins lucratives et de "stratégies de captation de l'attention" (défilement infini des contenus, contenus ultra personnalisés...) incitant les adolescents à rester sur les réseaux sociaux au détriment de leur sommeil. Cela induit somnolence, irritabilité, tristesse et "favorise des symptômes dépressifs", rappelle l'Anses.
En outre, les contenus véhiculent des "idéaux normatifs" inatteignables, intériorisés par les filles, via des images retouchées, peuvent "engendrer une dévalorisation de soi", "terrain fertile" pour les symptômes dépressifs et les troubles alimentaires.
Les algorithmes de personnalisation des contenus exposent même certains mineurs à des publications incitant au suicide, à l'automutilation ou à des comportements à risque (défis dangereux, consommation de drogues, alcool, tabac, cannabis...) et aux cyberviolences (insultes, rumeurs, exclusion, chantage, images intimes diffusées sans consentement), amplifiées par l'anonymat et la facilité de diffusion des menaces.
Alors que l'usage des réseaux sociaux influence durablement la manière dont les adolescents interagiront et percevront le monde une fois devenus adultes, l'Anses appelle aussi à la mise en place de politiques en faveur de l'éducation au numérique et de l'accompagnement, notamment parental.