Les transports publics adaptent leurs fréquences au reconfinement 

D'un confinement à l'autre, les transports publics doivent s'adapter à la crise sanitaire, essentiellement en réduisant les fréquences aux heures creuses quand les trains, métros, trams et bus sont désertés. Face aux baisses de leurs recettes, les autorités organisatrices de la mobilité (AOM) attendent des compensations. Lors de l'examen en séance du 4e projet de loi de finances rectificative pour 2020 le 16 novembre, les sénateurs ont adopté un amendement visant à améliorer le dispositif d'avances remboursables prévu pour les AOM hors Ile-de-France.

Qui dit confinement dit interdiction des déplacements non essentiels d'une ville à l'autre. Et donc, beaucoup moins de monde dans les trains, et moins de trains. "Le tassement de la fréquentation est sévère, surtout sur le TGV", a résumé le PDG de la SNCF Jean-Pierre Farandou, dans une interview au Figaro ce 16 novembre. "Lors du premier confinement, 7% des TGV circulaient. Cette fois, 30% des TGV circulent, dont 30 à 40% des sièges sont occupés, ce qui représente une occupation d'environ 10% des sièges par rapport à une circulation normale. Les longues distances sont les plus touchées", a-t-il détaillé.

Chute de fréquentation moins sensible sur les TER

La chute de fréquentation est moins sensible sur les moins grandes distances : les TER en sont encore "en moyenne à un tiers de la normale au niveau national". Certaines régions ont supprimé jusqu'à 30% de leurs trains en semaine, davantage le week-end. "Ce deuxième confinement est de nature très différente du premier, avec une activité économique dans le pays qui se poursuit et des besoins de déplacements qui, bien qu'en forte diminution, restent soutenus", observe Christophe Fanichet, le P.-DG de SNCF Voyageurs.
Les opérateurs le constatent bien, surtout aux heures de pointe. "La pointe du matin est assez incompressible dans la mesure où les cols bleus, comme on les appelle, se rendent tôt le matin, et de façon régulière, (à leur travail) et n'ont pas d'autre choix parce qu'ils ne télétravaillent pas", remarquait la semaine dernière le ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari. "L'heure de pointe est très marquée par les scolaires, primaires, collèges et lycées", ajoute Frédéric Baverez, directeur France de l'opérateur Keolis.
En Ile-de-France, la fréquentation des transports en commun - qui a baissé de moitié depuis octobre - atteint encore près de 50% de la normale à la pointe du matin, contre 35% en moyenne dans la journée et 10% vers 22H00. La fréquentation est plus élevée en grande couronne qu'au coeur de l'agglomération parisienne où l'on télétravaille davantage et où les sorties "loisirs" sont particulièrement affectées, remarque-t-on chez Ile-de-France Mobilités. Les chiffres fournis par l'opérateur Transdev pour Argenteuil (Val-d'Oise) et Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) font état d'un taux de fréquentation de 58% à 60% en moyenne.

Allègement de l'offre dans les transports urbains de province

Et plus généralement, il y a plus de monde dans les transports publics en province. Avec des taux de fréquentation - toujours par rapport à une normale pré-Covid - très variés d'une ville à l'autre : 35% à Grenoble, 40% à Rouen, 45% à Chambéry, Lyon et Reims, 50% à Marseille, Montpellier et Toulon, 52% à Nantes, 55% à Bordeaux, Dijon et le Havre, 65% à Lens, 75% à Dunkerque... "On était tombé à moins de 10% de fréquentation lors du premier confinement", rappelle Frédéric Baverez. Alors, petit à petit, les autorités organisatrices de la mobilité (AOM) - les agglomérations, surtout - réduisent la voilure. "On allège un peu l'offre aux heures creuses et on allège un peu plus l'offre en soirée et le week-end", décrit le directeur France de Keolis. Ainsi, les fréquences du tram de Bordeaux passent de 10 à 15 minutes ou celles du métro de Lille de 6 à 10 minutes. En Ile-de-France, il y aura deux fois moins de métros sur certaines lignes entre 10h00 et 16h00 à partir de mercredi. En règle générale, les lignes desservant les hôpitaux sont épargnées. A Amiens, une navette spéciale a été mise en place pour le personnel du CHU le week-end. 
"Quand il y a moins de monde, ça coûte quand même un peu d'argent", remarque un professionnel. De fait, le trou dans les finances des AOM, évalué à 4 milliards d'euros par la profession - dont 2,6 milliards pour l'Ile-de-France - avant le reconfinement, va encore se creuser. "Ces 4 milliards s'entendaient en retournant vers une fréquentation de 80% en fin d'année", soupire Thierry Mallet, PDG de Transdev et président de l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP, le club des exploitants).

Les sénateurs aménagent le dispositif d'avances remboursables aux AOM

Et si l'Ile-de-France a su trouver un compromis avec l'Etat, les autorités organisatrices de province réclament toujours un soutien plus marqué du gouvernement (lire notre article). Lors de l'examen en séance du quatrième projet de loi de finances rectificative pour 2020 (PLFR4) ce 16 novembre, les sénateurs ont voté un aménagement du dispositif d'avances remboursables de 750 millions d'euros prévu par le gouvernement pour compenser les pertes de versement mobilité et de recettes tarifaires des AOM hors Ile-de-France. L'amendement présenté par le rapporteur général de la commission des finances, Jean-François Husson, et adopté contre l'avis du gouvernement instaure une clause de "retour à meilleure fortune" similaire à celle déjà introduite par le Sénat lors de l’examen de la troisième loi de finances rectificative pour 2020, s’agissant des avances remboursables accordées aux départements pour couvrir les pertes de droit de mutation à titre onéreux. Selon l'amendement, ces avances ne seront remboursées que l’année qui suit un retour à la situation financière constatée en 2019. Par ailleurs, le remboursement des avances pourra être étalé – sauf volonté contraire des bénéficiaires – sur une période minimale de six ans "afin de préserver les capacités d’investissement des AOM", selon l'exposé des motifs. "Ces mesures constituent des 'garde fous' qui n’entameront en aucun cas la capacité d’adaptation à la situation rencontrée par les AOM dans le cadre des conventions qu’elles concluront avec l’État pour bénéficier des avances remboursables", a estimé son auteur.
En outre, les sénateurs ont adopté deux amendements identiques supprimant une disposition de la loi de finances pour 2020 plafonnant à 48 millions d'euros le montant de la compensation versée par l’État aux AOM cette année au titre du relèvement du seuil de salariés à partir duquel les employeurs sont assujettis au versement mobilité opéré en 2016. "Ce plafonnement se traduirait par une perte de recettes de 45 millions d’euros pour les AOM en 2020, ont justifié les auteurs de l'amendement. Or celles-ci sont confrontées à des pertes de recettes de versement mobilité très importantes du fait de la crise sanitaire, ce qui justifie de supprimer ce plafonnement afin de leur redonner des marges de manœuvre budgétaires."
 

 

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