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Les villes universitaires tiennent à leurs étudiants étrangers

L’Association des villes universitaires de France et France urbaine alertent le gouvernement sur les conséquences territoriales de sa décision d'augmenter les frais d'inscription pour les étudiants extra-communautaires.

L’augmentation massive* des frais d’inscription des étudiants non-européens dans l’enseignement supérieur public dès la rentrée 2019, annoncée mi-novembre par le Premier ministre, inquiète les villes universitaires. Cette mesure, inscrite dans le cadre de la nouvelle stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux dénommée "Bienvenue en France", relève pour le gouvernement de "l’équité fiscale". "Un étudiant étranger très fortuné qui vient en France paye le même montant qu’un étudiant français peu fortuné dont les parents résident, travaillent et payent des impôts en France depuis des années", a rappelé Edouard Philippe qui, s’est engagé dans le même temps à ce que le quai d’Orsay  "triple le nombre de bourses et les exonérations de droits pour ceux qui en ont besoin".
"Les étudiants étrangers coûtent 3 millions d’euros par an, mais par leurs dépenses en France, ils rapportent 4,5 milliards d’euros", répond l’Association des villes universitaires de France (Avuf), citant les données de l’agence Campus France. Présidée par la présidente du Grand Reims et ancienne ministre Catherine Vautrin, l’Avuf représente 80 collectivités dont bon nombre de villes moyennes qui ont bâti leur politique économique sur les formations, notamment technologiques (IUT), dispensées par leurs universités de proximité.

La Cour des comptes anticipe "des effets d’éviction difficiles à évaluer"

L’association s’appuie sur un récent rapport de la Cour des comptes intitulé "Les droits d’inscription dans l’enseignement supérieur" qui consacre un chapitre pour mettre en garde le gouvernement contre "L’hypothèse risquée d’une augmentation des droits pour les seuls étudiants étrangers" anticipant "des effets d’éviction difficiles à évaluer". "De nombreuses universités craignent cet effet d’éviction et leurs conséquences sur le maintien de certaines formations qui accueillent de nombreux étudiants hors EEE (espace économique européen) représentant parfois jusqu’à 90% des effectifs des étudiants internationaux", confirme l’Avuf.
Depuis le 12 décembre, France urbaine a rejoint l’Avuf pour dénoncer les effets collatéraux de cette mesure budgétaire sur la dynamique des villes universitaires. Les présidents des deux associations d’élus, Jean-Luc Moudenc pour France urbaine et Catherine Vautrin pour l’Avuf, demandent à être reçus par Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur.

 "Soumettre nos territoires à une concurrence malsaine"

Ils tenteront notamment de démontrer que la mesure "pénalisera (…) de nombreux étudiants d’origine modeste, dont certains vivent en France depuis plusieurs années et appartiennent aux populations les plus vulnérables de nos villes et agglomérations".
Et que, inversement, le fait que des étudiants étrangers accueillis comptent parmi les plus fortunés (ceux "issus de familles leur permettant de faire face à la hausse des frais") pourraient "soumettre nos territoires à une concurrence malsaine en déclenchant des comportements consuméristes vis-à-vis des services rendus par l’université et le territoire, mais aussi de leur image". En résumé, "ceci déséquilibrerait les efforts engagés par nos territoires en faveur de certaines filières et formations entrant dans leur stratégie de développement", craignent l’Avuf et France urbaine.

800 millions d’euros de plus, vraiment ?

Quant à la nécessité de trouver de nouveaux financements pour les universités, elles ont quelques idées sur la question. Par exemple, permettre aux universités de "développer dans leur sein des services universitaires de formation professionnelle mieux organisés pour augmenter leur part sur un marché capté jusqu’ici essentiellement par des acteurs privés".
Enfin, les deux associations d’élus semblent sceptiques sur l’efficacité strictement budgétaire de la mesure. "Le gouvernement table sur un accroissement des financements qu’il estime autour de 800 ou 900 millions d’euros par an en spéculant sur la présence d’environ 300.000 étudiants non communautaires en France", or ces chiffres seraient d’une part "très incertains" et d’autre part "bien loin de la vérité des coûts d’une année d’étude, estimée à environ 10.000 euros par étudiant en moyenne".
Et si tout cela ne suffit pas, l’Avuf et France urbaine rappelleront l’expérience suédoise : "La hausse des frais d’inscription avait provoqué un effondrement du nombre d’étudiants étrangers et partant une baisse significative de l’influence de la Suède dans le monde".

* Ils passeront de 170 à 2.770 euros en licence (soit une multiplication par 16), de 243 à 3.770 euros en master (x 15) et de 380 à 3.770 euros en doctorat  (x 9,9) dès la rentrée 2019.