L'OCDE livre ses recettes pour améliorer la compétitivité industrielle de la France
La France s'est montrée résiliente face aux récents chocs internationaux mais ses principaux indicateurs économiques restent inquiétants, constate l'OCDE dans la dernière étude économique qu'elle lui a consacré, publiée le 30 juin 2026. Elle propose quelques pistes pour améliorer la compétitivité industrielle hexagonale.
© Capture vidéo OCDE/ Mathias Cormann, secrétaire général de l'OCDE
Pour placer l'économie française sur une meilleure trajectoire de croissance, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) préconise de renforcer la compétitivité industrielle. Dans sa dernière étude économique consacrée à la France publiée le 30 juin 2026, elle constate que, si l'économie française est restée résiliente, l'écart de PIB par habitant avec les pays les plus performants reste considérable (entre 2000 et 2025, la croissance du PIB par habitant en France n'a atteint que 63% de la moyenne des pays de l'Union européenne), les perspectives de croissance demeurent moroses et une réduction rapide et importante du déficit public s'impose. Celui-ci est le deuxième plus élevé de la zone euro, à 5,1% du PIB en 2025, derrière la Belgique.
Dans ce contexte délicat, renforcer la croissance de la productivité et de l'emploi "permettrait d'accélérer la progression du niveau de vie et contribuerait au redressement budgétaire à moyen terme en accroissant les recettes publiques et en réduisant les dépenses", insiste le rapport.
Maintenir un nombre réduit de priorités
L'OCDE recommande de se concentrer sur un nombre réduit de priorités et de flécher les soutiens publics vers "l'innovation radicale" (à savoir l'invention de produits totalement nouveaux). "Le soutien à la recherche et au développement sous forme d'incitations fiscales et d'aides financières directes figure parmi les plus élevés de l'OCDE (troisième rang en 2023), a signalé Mathias Cormann, secrétaire général de l'OCDE, durant la présentation du rapport à la presse le 30 juin. Toutefois la France ne tire par un rendement suffisant de ces aides publiques au regard des ressources engagées." En effet, les dépenses de recherche et développement des entreprises sont inférieures à la moyenne de l'OCDE et la dispersion des aides, notamment dans le cadre de France 2030, réduit leur impact et leur efficacité.
L'IA, un déterminant de plus en plus important de la compétitivité
Autre problème constaté : les effets d'aubaine provoqués par le crédit d'impôt recherche (CIR), pilier essentiel de l'innovation industrielle, dont le coût est jugé élevé. L'OCDE propose d'abaisser le seuil à partir duquel un taux réduit est appliqué pour les crédits d'impôt en faveur de la recherche-développement et de renforcer les dispositifs ciblés.
Elle estime aussi qu'il faut mettre le paquet sur l'intelligence artificielle (IA), un "déterminant de plus en plus important de la compétitivité", selon Mathias Cormann. Dans ce domaine, la France est l'un des pays les plus avancés, en matière d'infrastructures et de politiques, mais les investissements restent relativement modestes (ils sont légèrement en-deçà de la moyenne de l'Union européenne). Il faut donc accélérer son développement par les entreprises tout en améliorant l'accès au financement pour exploiter pleinement le potentiel de l'IA, préconise l'OCDE.
Mobiliser davantage l'épargne des ménages
Il s'agirait aussi de mobiliser davantage l'épargne des ménages, dont le taux se situe à un point haut historique, pour financer les entreprises innovantes. La démarche consisterait à mettre en place un mécanisme de partage des risques et de plafonnement des gains pour maîtriser les risques budgétaires. L'épargne institutionnelle serait elle aussi utilisée.
L'OCDE encourage aussi de mieux valoriser le capital humain, que ce soit les titulaires de doctorat qu'il faut mieux s'insérer dans les activités privées de recherche et développement, les talents étrangers qu'il faut attirer, et les pratiques managériales qu'il s'agit d'améliorer pour viser davantage d'autonomie et de collaboration.
Développer l'apprentissage dans les filières industrielles
"Renforcer les compétences est une priorité essentielle, insiste Mathias Cormann, nous estimons que la faiblesse relative des niveaux des compétences, explique 35% de l'écart de productivité entre la France et les pays les plus performants de l'OCDE." Le rapport invite à aligner plus étroitement les formations avec les besoins du marché du travail notamment en matière d'IA et d'autres compétences numériques. Autres propositions : développer l'apprentissage dans les filières industrielles et encourager les jeunes à s'inscrire dans les filières sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (Stim). "Les tensions observées sur le marché du travail dans le secteur industriel résultent d'un manque de techniciens qualifiés et du fait que la proportion de jeunes inscrits en Stim est inférieure à la moyenne de l'OCDE", indique le rapport. Il encourage enfin à améliorer l'accès à la formation des catégories vulnérables comme les seniors et les travailleurs peu qualifiés.