Logement social : les offices publics de l’habitat dessinent l’horizon 2040 pour interpeller 2027
Réunis à Vannes les 4 et 5 juin, les 211 adhérents de la Fédération des offices publics de l’habitat (FOPH) ont lancé une vaste réflexion prospective sur l’avenir du logement social à l’horizon 2040. Face aux défis climatiques, au vieillissement de la population et à la montée des fragilités sociales, les bailleurs entendent replacer le logement au cœur des politiques publiques et porter leurs propositions dans le débat de 2027.
© Hervé Thouroude/ Michel Ménard
À Vannes, les 4 et 5 juin 2026, la convention annuelle de la Fédération des offices publics de l’habitat (FOPH) n’avait rien d’une simple réunion comptable. Dans un contexte de tensions sociales et climatiques persistantes, les 211 adhérents de la Fédération ont choisi d’engager une réflexion prospective baptisée "Habiter 2040, co-construire 2027". L’objectif : sortir le logement social de son silo pour le repositionner au cœur des défis de la société française. Pour Michel Ménard, président de la FOPH, la gestion de l’immédiat ne suffit plus. "Les échéances de 2027 ne peuvent pas être préparées avec les seules réponses du passé. Face aux transformations qui traversent notre société, nous avons voulu prendre le temps d'écouter, de comprendre, d'anticiper et de débattre. Nous sommes convaincus que le logement ne peut plus être pensé en silo", a-t-il affirmé lors de l'ouverture des travaux.
Cette démarche s'appuie sur un croisement de regards : au-delà des experts et des chercheurs, la Fédération a donné la parole à ceux qui vivent le logement au quotidien. Une enquête de terrain, menée par la journaliste Juliette Demey auprès de vingt-sept habitants à Vannes (Morbihan), Limoux (Aude) et Montreuil (Seine-Saint-Denis), révèle des préoccupations qui dépassent le cadre du bâti : coût de la vie, accès aux services publics, vieillissement et évolution du lien social.
Une puissance économique ancrée dans le temps long
Malgré les incertitudes, les chiffres rappelés durant la convention témoignent du poids économique massif du secteur. En 2025, les offices ont investi 7 milliards d’euros dans les territoires. Le rythme de production semble s'accélérer avec 28.000 logements mis en chantier la même année, soit une hausse de 20% par rapport à 2024, tandis que 80.000 autres ont bénéficié de rénovations lourdes.
Premier contributeur fiscal local via la taxe foncière avec 1,4 milliard d’euros versés, le modèle OPH revendique son caractère non lucratif et sa capacité à maintenir des bénéfices sociaux sur le long terme. Aujourd'hui, 2,4 millions de foyers sont logés par ces organismes, qui affichent un taux de satisfaction de plus de 80% lors des enquêtes. Pourtant, la pression ne faiblit pas : les listes d’attente s’allongent, atteignant près de 3 millions de demandeurs au niveau national.
Anticiper les ruptures de 2040
Le travail prospectif conduit avec le studio Circa 2040 explore des scénarios de rupture, de la raréfaction des ressources aux mutations du travail. La Fédération entend ainsi prouver que son modèle (fondé sur la proximité et la gouvernance publique) est un levier de résilience face au changement climatique. Déjà, 24% de leur parc est raccordé à des réseaux de chaleur, et les projets de transformation de friches, comme l'ancienne filature de Flers, illustrent une volonté de limiter les démolitions au profit de la réutilisation de l'existant.
Dans sa résolution finale, la Fédération rappelle sa mission de rempart social : "Nous sommes là quand il faut accueillir des familles monoparentales, des personnes âgées, des jeunes actifs, des travailleurs de première ligne, des personnes en situation de handicap. Nous sommes là quand il faut offrir un toit à une femme qui fuit les coups d’un conjoint violent, pour accueillir les personnes à la santé mentale fragile accompagnées d’un suivi médicosocial régulier."
Un message politique pour 2027
Les réflexions seront portées au Congrès HLM de Bordeaux en septembre prochain, puis au Salon des maires en novembre. Pour la FOPH, il s'agit de préparer le terrain législatif de 2027 en revendiquant un droit à l'expérimentation et à la dérogation normative. "Notre responsabilité n’est pas seulement de défendre un modèle, a conclu Michel Ménard. Elle est aussi de contribuer à construire une vision partageable de ce que pourraient être des territoires vivables, solidaires et soutenables dans les années qui viennent." Un appel au dialogue et à la coopération avec l'État et les collectivités pour que le logement social public reste, selon les mots de la résolution, un acteur "présent depuis cent ans et pour cent ans encore".
› L’autoconsommation collective cherche son passage à l'échelleSi le désir de souveraineté énergétique progresse, le modèle économique des bailleurs sociaux reste à sécuriser. Selon une étude présentée par la FOPH et la Banque des Territoires, la France comptait "près de 1.400 opérations d'autoconsommation collective à la fin de l'année 2025", mais les deux tiers d'entre elles demeurent des micro-projets de "moins de dix participants". Pour les acteurs du logement public, l'enjeu est désormais de sortir de cette phase artisanale. Les simulations menées sur cinq configurations types (allant de l'alimentation des parties communes à l'échelle d'un quartier jusqu'à l'intercommunalité) révèlent que la viabilité repose sur une équation complexe. Outre l'ensoleillement, les résultats soulignent des "difficultés liées à la valorisation des surplus d'électricité" et des "contraintes fiscales ou juridiques" qui pèsent sur l'équilibre financier. À ce jour, seuls 19 projets matures ont été formellement identifiés au sein du réseau fédéral. Pour lever ces verrous, la FOPH mise sur la "personne morale organisatrice bailleurs sociaux", une structure pivot capable de coordonner l'énergie entre logements, commerces et équipements publics. L'ambition est politique autant que technique : "Nous devons progressivement passer d'une énergie de marché, subie par les territoires, à une énergie de territoire, produite et valorisée localement au bénéfice des habitants", insiste Michel Ménard, président de la FOPH. L'intégralité des résultats de l’étude et les propositions issues de ces travaux seront dévoilés lors du Congrès HLM de Bordeaux. |