Lors des voeux de l’USH, Emmanuelle Cosse sonne le tocsin contre le "crash démocratique"
Alors que la crise du logement s'enkyste et que l'horizon politique de 2027 se dessine, la présidente de l'Union sociale pour l'habitat (USH) a donné à ses vœux 2026 une tonalité politique offensive. Entre soulagement statistique et inquiétude républicaine, Emmanuelle Cosse pose le logement social en ultime rempart contre les populismes.
© Elena Jeudy-Ballini/ Emmanuelle Cosse
Mardi 13 janvier, Emmanuelle Cosse n’a pas livré des vœux de pure forme. Devant le gratin du secteur HLM, et en présence de nombreux responsables institutionnels — parmi lesquels plusieurs anciens ministres, Olivier Sichel, directeur général de la Caisse des Dépôts, Antoine Saintoyant, directeur de la Banque des Territoires, son directeur adjoint Kosta Kastrinidis, ainsi que les dirigeants de l’Anru et d’Action Logement —, la présidente de l’Union sociale pour l’habitat a posé un constat sans détour : l’année 2026 s’ouvre dans un "bazar institutionnel" inédit, marqué par l’absence de majorité claire et un budget de l’État toujours en suspens.
Mais au-delà des incertitudes parlementaires,Emmanuelle Cosse a délivré un message d'urgence citoyenne. À l'approche des municipales et de la présidentielle de 2027, elle refuse de voir le secteur servir de variable d'ajustement comptable. Son mot d'ordre pour l'année à venir ? "Engager toutes nos forces" pour "éviter le crash démocratique".
Une prouesse inattendue
C'est le paradoxe de ce début d'année 2026. Alors que le secteur sortait d'une année 2024 morose (85.000 agréments), la mécanique HLM a fait mieux que résister. Contre toute attente, Emmanuelle Cosse a dévoilé des chiffres de production revigorants. "Nous devrions approcher les 100.000 agréments", auxquels s'ajoutent plus de 15.000 dossiers liés à la rénovation urbaine, portant le total à près de 115.000 agréments pour 2025.
"C'est une véritable bonne nouvelle et une prouesse", a-t-elle souligné, saluant la mobilisation des acteurs dans un contexte économique pourtant défavorable. Ce rebond technique prouve, selon elle, que le mouvement HLM a tenu ses engagements, malgré les vents contraires.
Le mur de la demande : 2,9 millions de ménages en attente
L'autosatisfaction s'arrête toutefois là où commence la fracture sociale. Car si la production remonte, elle reste une goutte d'eau face au tsunami de la demande. Le chiffre claque comme un verdict : 2,9 millions de ménages sont désormais en attente d'un logement social, un record absolu.
Face à ce mur, les quelque 390.000 attributions réalisées en 2025 – une "très légère augmentation de 4.000 attributions par rapport à 2024" – pèsent bien peu. Pour la patronne des HLM, ce décalage abyssal ne relève pas de la fatalité, mais d'une faute politique majeure. Elle récuse l'idée que la difficulté à se loger soit un "échec personnel", la qualifiant au contraire d'"erreur de politique publique, voire un abandon".
SRU, RLS, ANRU
Sur le terrain législatif et réglementaire, le ton s'est durci. Emmanuelle Cosse a tiré à boulets rouges sur les velléités de détricotage de la loi SRU, alors qu'une proposition de loi sénatoriale, soutenue par le ministre du Logement Vincent Jeanbrun, envisage d'y intégrer des logements intermédiaires (lire notre article). La ligne de l'USH est claire : pas question de diluer le social. Il faut "faire appliquer [la loi SRU], pas amoindrir sa portée en faisant entrer des logements qui n'ont rien de sociaux", a martelé la présidente.
Autre cible récurrente : la réduction de loyer de solidarité (RLS), cette ponction financière imposée aux bailleurs depuis 2018. Qualifiant ce dispositif de "pervers et délétère", l’ancienne ministre en réclame toujours la suppression. Enfin, l'appel est lancé pour un troisième programme de rénovation urbaine (Anru), vital pour les quartiers populaires. Emmanuelle Cosse a mis en garde l'Exécutif contre la tentation de "remplacer une analyse des besoins de notre société par une fiche comptable", fustigeant au passage les rumeurs de coupes budgétaires dans les agences de l'État.
Choisir son camp
Enfin, face à la montée des discours identitaires et à la tentation du repli, Emmanuelle Cosse a dessiné une ligne de fracture nette qui traverserait désormais le paysage politique, bien au-delà des clivages partisans classiques. Il y a, selon elle, "le camp du progrès" face au "camp de la honte et de la ségrégation". Dans une période où "le populisme gagne du terrain", la présidente de l'USH appelle les acteurs du logement à la résistance et à l'action. "Je nous souhaite une année 2026 qui nourrisse et renforce le dialogue républicain, loin des fake-news, des outrances populistes et des provocations à la haine".
“Cap 2032” : le congrès HLM se projette déjà dans l’après-2027Le prochain congrès HLM posera ses valises à Bordeaux, du 22 au 24 septembre. Avec un thème qui ne laisse aucune place au doute sur les ambitions du mouvement : "Cap 2032, pour un quinquennat utile". Pour Emmanuelle Cosse, ce rendez-vous devra être celui des solutions concrètes, refusant de laisser la présidentielle de 2027 se transformer en "concours d'invectives et de petites phrases". Avant cela, les bailleurs feront escale à Arras le 11 juin, pour une journée de dialogue dédiée aux nouveaux maires fraîchement élus, afin de rappeler aux édiles que le logement social reste un partenaire incontournable de la ville de demain. |