Lutte contre la prolifération des algues vertes en Bretagne : la Cour des comptes appelle à renforcer l'action

La Cour des comptes a présenté ce 10 juillet de nouvelles recommandations pour lutter contre les algues vertes en Bretagne, notant des "avancées réelles" dans les moyens mis en oeuvre, mais aussi le besoin de renforcer les actions pour "obtenir des résultats significatifs".

Cinq ans après un premier rapport, la Cour des comptes, conjointement avec la chambre régionale des comptes de Bretagne, a mené une enquête de suivi pour voir si ses recommandations de 2021 concernant la lutte contre la prolifération d'algues vertes sur le littoral breton avaient été appliquées. Ce phénomène, dû aux concentrations excessives de nitrates essentiellement d'origine agricole, touche principalement huit baies et 13 vasières depuis Saint-Brieuc jusqu'au golfe du Morbihan, en passant par le Finistère.

"Ces marées vertes ont des conséquences importantes en termes de sécurité, de santé, de coûts et d'image" ainsi qu'"un impact sur les écosystèmes", rappelle la Cour des comptes dans la synthèse de son rapport publié ce 10 juillet.

Niveaux de concentration encore trop élevés

Si la baisse des teneurs en nitrates dans les cours d'eau est "significative" depuis 15 ans dans la région, il existe "un ralentissement notable depuis 10 ans" et "la prolifération des algues vertes demeure prégnante", souligne-t-elle. "Parallèlement, le niveau des échouages d’algues vertes a évolué de façon contrastée" avec une réduction dans trois des huit baies (Lieue de Grève, La Forêt-Fouesnant et Douarnenez) relevant du plan de lutte et une hausse dans une majorité de secteurs vasiers, relève la Cour qui considère que "les niveaux de concentration en nitrates demeurent encore trop élevés pour endiguer durablement ce phénomène".

"Des avancées réelles"...

"Depuis 2021, des avancées réelles ont été réalisées pour renforcer les moyens et les outils destinés à lutter contre ce phénomène", reconnaît-elle. Ces avancées se traduisent notamment "par le renforcement du cadre réglementaire, avec l’adoption du septième programme d’action régional nitrates, la création de huit zones sous contrainte environnementale et la révision du schéma directeur régional des exploitations agricoles", détaille-t-elle. 

"Parallèlement, les dispositifs d’accompagnement des agriculteurs ont été développés afin de soutenir l’évolution de leurs pratiques, grâce notamment à la mise en place de paiements pour services environnementaux et à l’élargissement des mesures agro-environnementales et climatiques", poursuit-elle. Ces actions s’accompagnent en outre d’une hausse significative des moyens financiers mobilisés, qui se comptent en dizaine de millions d'euros.

... mais des actions à amplifier

Mais "pour obtenir un recul durable et significatif de la prolifération des algues vertes, il est indispensable de poursuivre et d’amplifier les actions engagées", estime la Cour qui émet ou réitère huit recommandations. "Alors que plus de 80% des surfaces d’échouage en Bretagne concernent les secteurs vasiers, la lutte doit désormais être renforcée sur ces territoires, souligne-t-elle. Cela passe prioritairement par une révision rapide des schémas d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) et par une mobilisation accrue de l’ensemble des acteurs locaux, sous la coordination des préfets de département. "La définition d’objectifs clairs" en matière de qualité de l’eau et d’évolution des pratiques agricoles est également jugée "essentielle" afin de "mieux orienter et dimensionner les efforts à engager". 

"Dans le même temps, le renforcement du ciblage des contrôles des exploitations agricoles par les services de l’État, ainsi que l’optimisation des outils de contrôle, demeurent des leviers indispensables pour garantir l’efficacité et la crédibilité de l’action publique", soutient la Cour. L’évolution du foncier agricole dans les secteurs les plus sensibles doit aussi selon elle rester une priorité, "en lien avec les acteurs locaux". Les préfets de département ont aussi "un rôle central à jouer pour coordonner les acteurs compétents et mobiliser l’ensemble des leviers disponibles afin d’accélérer les transformations nécessaires", défend-elle. Enfin, "la réussite de cette politique repose également sur l’engagement des acteurs économiques", souligne-t-elle. Les principaux financeurs publics, que sont la région Bretagne et l’agence de l’eau, doivent ainsi selon elle "conditionner leurs aides aux entreprises des filières agroalimentaires à des engagements concrets en faveur de la prévention des fuites d’azote".

La région favorable à une prochaine étape "plus décentralisée"

"La mobilisation des agriculteurs et de tous les acteurs locaux (...) a permis des progrès réels", s'est réjoui Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne, dans un communiqué. Pour autant, "20% des agriculteurs concernés, soit 460 sur 2.195, ne sont toujours pas engagés dans les démarches de lutte contre les algues vertes" et les vasières constituent "un angle mort", regrette-t-il, appelant à une prochaine étape "plus ambitieuse mais aussi plus décentralisée". "Les solutions efficaces naissent sur le terrain, au plus près des bassins versants. La région Bretagne continuera à prendre toute sa part", assure-t-il, en citant la mobilisation de 8,4 millions d'euros dans le troisième plan 2021-2027 pour accompagner les transitions agricoles. "Le programme Breizh Bocage, unique en France, a permis en quinze ans la plantation de plus de 6.000 km de haies", indique-t-il, en vantant "des aménagements utiles qui limitent les transferts d’azote et protègent les sols".

"La région Bretagne ne saurait être le simple exécutant d'une politique dont elle ne maîtrise aujourd'hui ni les leviers essentiels ni les moyens, estime le président de région. Si nous voulons aller plus loin, il faudra donner aux territoires les responsabilités et les moyens d'agir."

 

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