Lutte contre les violences sexistes dans les transports : le gouvernement et la région Île-de-France veulent accélérer

Que les femmes puissent prendre le métro ou le bus sans craindre une agression : le gouvernement veut accélérer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans les transports grâce à un plan national qui mettra l'accent sur la prévention et les systèmes d'alerte, a annoncé ce 9 décembre Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l'égalité femmes-hommes, à l'occasion d'une journée de mobilisation au conseil régional d'Île-de-France dédiée à la sécurité des femmes dans les transports, organisée par la région et Île-de-France Mobilités (IDFM). Valérie Pécresse, présidente de la région et d’IDFM, a pour sa part annoncé de nouvelles mesures destinées à accroître la sécurité des femmes dans les transports en commun franciliens.

"Une société digne de ce nom (...) protège les femmes dans l'espace public", a lancé ce 9 décembre Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l'égalité femmes-hommes, à l'occasion d'une journée de mobilisation au conseil régional d'Île-de-France dédiée à la sécurité des femmes dans les transports, organisée par la région et Île-de-France Mobilités (IDFM). Insultes, harcèlement, attouchements... les femmes représentent 91% des victimes d'agressions sexuelles dans les transports, selon une étude publiée en mars par l'Observatoire de la mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof).

Un plan gouvernemental finalisé au premier trimestre 2026

Le gouvernement entend finaliser au premier trimestre 2026 un plan national de prévention des violences sexistes et sexuelles dans les transports. "Construit avec les opérateurs, les régions, les associations", il prévoit notamment le développement de "système d'alerte unifié" avec "bouton d'appel rapide dans les applications", a expliqué Aurore Bergé. Ce système est déjà utilisé notamment dans les métropoles d'Orléans et de Montpellier, depuis quelques semaines. Le plan prévoit aussi le développement d'un "canal unique de transmission d'information entre opérateurs et forces de l'ordre".

Le gouvernement veut également mettre l'accent sur la formation : "Chaque agent en contact avec le public (...) sera formé à reconnaître, comprendre, accompagner les victimes", a promis la ministre. Elle souhaite aussi "accélérer la féminisation des métiers du transport" car "chaque femme agente, conductrice, cheffe de ligne, directrice sûreté est un repère".

En 2024, 3.374 victimes de violences sexuelles dans les transports en commun ont été enregistrées dans toute la France par les services de police et de gendarmerie nationales, soit 6% de plus qu'en 2023, et 86% de plus qu'en 2016, selon l'étude de l'Observatoire de la Miprof. À Paris et en région Île-de-France, une enquête récente menée par la RATP montre que sept femmes sur dix ont été victimes au cours de leur vie de ce type de violences dans les transports franciliens, empruntés chaque jour par dix millions de personnes. La RATP n'a pas d'application dédiée, mais elle promeut avec la SNCF le numéro d'urgence 3117 (31177 par SMS) pour lutter contre le harcèlement dans les transports de la région.

Présence humaine renforcée sur le réseau francilien

"Dans les transports, ce ne sont pas les femmes qui doivent raser les murs", a rappelé la présidente de la région Île-de-France et d’IDFM, Valérie Pécresse (LR), lors cette journée de mobilisation. "Ce sont les agresseurs qui doivent savoir qu'ils seront surveillés, signalés, interpellés et condamnés."

La "présence humaine" sera renforcée sur le réseau francilien avec le doublement des effectifs d'une brigade dédiée à la sûreté (pour atteindre 200 agents d’ici fin 2027) et le financement de 60% en plus de journées de présence de réservistes de la police et de la gendarmerie pour atteindre 10.000, selon la présidente.

Elle défend également l'utilisation de la "vidéoprotection intelligente" pour "détecter les actes de violences en temps réel". Sans recours à la reconnaissance faciale, cette technique a été utilisée de manière expérimentale pendant les Jeux olympiques jusqu'au 31 mars 2025. Une proposition de loi visant à l'autoriser dans les transports en commun a été déposée à l’Assemblée ce 9 décembre.

En attendant, la région Île-de-France compte poursuivre différentes expérimentations, comme celle des "zones d'attente partagées" : des espaces signalés sur le quai, situés à proximité d'une borne d'appel d’urgence, pour inciter les voyageurs à ne pas s'isoler en cas d’attente sur un quai presque vide. Après l'émotion provoquée par la tentative de viol le 16 octobre d'une jeune Brésilienne dans le RER C, une pétition - signée par 32.000 personnes - a circulé pour appeler à la création de wagons réservés aux femmes. Une idée à laquelle s'opposent Valérie Pécresse comme Aurore Bergé : "C'est instaurer une forme de ségrégation", a estimé la ministre, qualifiant cette réponse de "capitulation".

La région et IDFM prévoient aussi le lancement de l’application "Voyage Duo" pour permettre aux femmes de ne pas voyager seules, notamment lors des heures creuses ou tard le soir et de développer des "lieux sûrs", dans et autour des gares, à travers des partenariats avec des commerces ou des lieux publics pour accueillir les personnes qui se sentent menacées. 

Île-de-France Mobilités prévoit aussi de faire un bilan annuel des marches exploratoires menées par les opérateurs de transports avec des panels de voyageuses, avec des propositions de sécurisation de l’espace public et de mise en œuvre. Enfin, une formation sur les bons gestes en cas de danger, intégrant les techniques des "5D" (distraire, documenter, diriger, déléguer et dialoguer), avec des ateliers de sensibilisation, sera diffusée auprès des lycéens, des étudiants, des apprentis, des collectivités et des entreprises.

 

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