Maires et réseaux sociaux, entre opportunités et nécessaire vigilance
Les réseaux sociaux sont devenus un outil de communication incontournable pour les maires, mais aussi une nouvelle source d'attaques et menaces pour plus d'un quart d'entre eux, selon une étude de l'Association des maires de France et du Cevipof publiée ce jeudi 5 mars qui prodigue une série de conseils de prudence aux élus.
© Tony Webster CC-BY-2.0 et AMF / Cevipof
"Les réseaux sociaux s’imposent comme l’outil de communication privilégié des élus nationaux et des maires des grandes villes ou métropoles, et désormais d’un nombre croissant d’élus des territoires, car ils permettent de toucher, gratuitement, un grand nombre de citoyens, y compris des personnes peu impliquées dans la vie politique. C’est aussi le terrain de jeu privilégié des oppositions, dont les propos ne peuvent pas rester sans réponse. Les réseaux sociaux restent un espace fortement dérégulé. Se pose dès lors des questions non seulement juridiques mais aussi politiques : ces agoras virtuelles constituent-elles de véritables lieux d’échanges d’information et de débat ou des arènes de conflit où l’outrage, le harcèlement et la diffamation deviennent la norme ?". Voilà pour le constat et le questionnement posés en préambule de cette note AMF / Cevipof.
Parmi les 3.774 maires ayant répondu à l'enquête envoyée en octobre 2025 par le Cevipof, 28% déclarent avoir subi au moins une attaque sur les réseaux sociaux l'année dernière, contre 20% en 2020. Et pour Olivier Costa, directeur de recherche CNRS au Cevipof et co-auteur de l'étude, ce chiffre est "très sous-estimé". "Déjà dans la vraie vie, les maires subissent plus d'attaques, et sur les réseaux sociaux, il n'y a quasiment aucune discussion qui ne se finisse pas en insultes ou attaques", explique-t-il à l'AFP. Pour lui, les maires qui ne rapportent pas d'attaque en ligne "n'ont pas regardé" les commentaires à leurs publications ou "n'y sont pas présents".
"Sur les réseaux sociaux règnent souvent les demi-vérités, la mauvaise foi, les prises de position simplistes, le langage fleuri, les attaques gratuites", souligne l'étude, qui ajoute que "l'absence d'interaction physique, l'anonymat et le sentiment d'impunité amplifient ces phénomènes". En écumant les discussions sur les pages et groupes utilisés par les élus municipaux ou les candidats d'opposition, Olivier Costa a été "frappé par la vitesse avec laquelle les choses dérivent". La simple publication d'un programme en vue des municipales ou de la liste des colistiers candidats donne lieu à "une litanie de commentaires agressifs", raconte le chercheur.
Impossible pourtant de faire l'impasse sur ce canal de communication, source d'informations de "beaucoup de citoyens" (les Français consacrent en moyenne 1h48 par jour aux réseaux sociaux, que ce soit Facebook toujours numéro 1, Instagram ou TikTok) et très utilisé par l'opposition pour "créer du débat et de la polémique", rappelle-t-il. Tout en observant que des groupes ou pages d'échanges sur la vie d'une commune se retrouvent "instrumentalisés à des fins politiques" et touchent donc "un public très vaste qui ne suit pas la politique habituellement".
Attention au "mauvais buzz"
Au départ, pour une collectivité ou un élu, ces médias sont un moyens désormais incontournable de "faire connaître [ses] actions, de lancer des débats et des réflexions, d’informer les citoyens sur les questions d’intérêt général, et de recueillir leurs avis et doléances", rappelle la note. Surtout lorsqu'il s'agit de citoyens qui "ne fréquentent pas les autres lieux de socialisation (café, marché, commerces, associations, réunions publiques, partis…)".
Le tout prend naturellement une ampleur particulière lors d'une campagne électorale. Mais, donc, attention aux "dangers d’un mauvais usage des réseaux sociaux". Car les élus, "même s’ils ont une longue expérience personnelle de ces outils, n’ont pas de formation spécifique pour y agir en tant qu’élus et peuvent commettre des erreurs". La principale crainte : le "mauvais buzz". "Un propos tenu en réunion publique, au marché ou au café sera souvent vite oublié, d’autant qu’il ne laisse pas de traces. Mais sur les réseaux sociaux, toute publication ou commentaire peut être relayé, sorti de son contexte, exhumé au besoin et commenté ad libitum", peut-on lire.
La note identifie les catégories de "risques" : risque de réputation, risque de poursuites, risque de sécurité (piratage). Et liste un certain nombre de pratiques à proscrire : les publications ou commentaires pouvant être perçus comme "offensants" (attention à l'ironie, aux "blagues" mal comprises…), les "réactions inappropriées" (ou l'absence de réaction…), les informations incorrectes ou potentiellement trompeuses, une gestion de crise défaillante… Autre erreur : celle des élus qui "utilisent indifféremment les comptes de la commune, leur compte de personnalité publique et leur compte privé". Attention aussi au "risque du clientélisme numérique" (résolution d'un cas privé à travers un réseau).
Au-delà du seul élu, c'est toute l'équipe municipale qui doit dès le départ "arrêter une stratégie claire" : "quels réseaux sociaux ? Quel public ? Quels objectifs ? Quels types de contenus ? Quels moyens humains ? Quels outils et prestataires ? Quelles responsabilités ? Quelle stratégie de modération ?" Et "si plusieurs de ces questions ne trouvent pas de réponse, le mieux est de s’abstenir".
Les conseils fournis par la note ? Publier régulièrement, avec priorité donnée au partage d'informations utiles aux citoyens, "adopter un ton neutre et factuel", "maintenir une étanchéité absolue entre vie privée et comptes institutionnels"… et "former les élus et le personnel concernés à l'utilisation des réseaux, aux bonnes pratiques de communication et à la gestion des interactions" – et ce, s'agissant des élus, dès le début de mandat.