Metaleurop : la teneur en plomb dans le sol de cinq écoles dépasse la limite autorisée

Un niveau de plomb préoccupant dans des écoles, des enfants atteints de saturnisme : les résultats de deux analyses dévoilés mardi 27 septembre 2022 par l'ARS et la préfecture du Pas-de-Calais révèlent que les alentours de l'usine Metaleurop restent empoisonnés, vingt ans après sa fermeture, suscitant l'inquiétude grandissante des riverains. Il y a 12 ans, le ministère de l'Ecologie avait pourtant lancé une vaste campagne de diagnostic dans plus d'un millier d'établissements scolaires pour traquer les polluants des sols des écoles (notre article du 26 mai 2010). 

En l'occurrence, ces analyses avaient été annoncées en juin par la préfecture, dans le but de "répondre à l'inquiétude" de la population sur les conséquences sanitaires de l'exploitation de cette usine qui a rejeté pendant des décennies des métaux lourds (plomb et cadmium) dans l'air. Une campagne de dépistage du saturnisme a ainsi été lancée cet été par l'agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France sur les communes d'Evin-Malmaison, Courcelles-lès-Lens, Noyelles-Godault, Leforest et Dourges. Elle révèle sept cas de saturnisme (un taux de plomb supérieur à 50 µg/litre de sang) et 61 imprégnations élevées (25 à 50 µg/l) sur 889 enfants testés. Ces résultats restent partiels car ils ne concernent que 11,7% de la population cible, précise l'ARS dans son communiqué du 27 septembre.

La préfecture a de son côté annoncé que la teneur en plomb dans le sol de cinq écoles des environs (sur les 5 premiers cm) était plus élevée que la limite de 300 mg/kg fixée par les autorités. Le maximum est de 995 mg/kg dans l'école Léon-Blum d'Evin-Malmaison. Deux autres écoles de la ville sont concernées, ainsi que deux établissements de Courcelles-lès-Lens. Les autorités ont recommandé "d'empêcher l'accès aux sols non recouverts (terres à nu, pelouses) de plusieurs espaces qui peuvent être fortement fréquentés par les enfants", explique la préfecture dans son communiqué. Les maires des deux communes ont mis en place depuis la rentrée "des dispositifs provisoires" pour "interdire l'accès à ces espaces" et les directeurs d'école ont informé les familles "sur le dépistage à réaliser", ajoute-t-elle. "C'est ce qu'on redoutait. Ça fait des années qu'on dit que la pollution ne s'est pas arrêtée", a réagi Bruno Adolphi, président d'une association de riverains à l'origine d'une plainte contre l'État. "Il faut impérativement nettoyer les sols dans lesquels se trouvent ces métaux lourds." Leur avocat, Me David Deharbe, qui représente aussi la communauté d'agglomération d'Hénin-Carvin, a écrit au préfet du Pas-de-Calais pour demander des "mesures de sûreté pour les enfants" et un diagnostic sur "la source de pollution dans les sols".

Le saturnisme, la "maladie du plomb", affecte le système nerveux, la moelle osseuse et les reins. A la fermeture de l'usine Metaleurop en 2003, la zone était considérée comme la plus polluée de France. Cinq communes (24.000 personnes) sont concernées depuis 1999 par une restriction de l'usage des sols. Une équipe de l'émission d'investigation "Vert de rage", sur France 5, qui a enquêté sur cette pollution, estimait fin avril que 5.815 enfants pourraient avoir été atteints de saturnisme entre 1962 et 2020, dont une centaine depuis 20 ans. La préfecture avait alors répondu qu'un seul cas avait été enregistré depuis 10 ans dans la zone. Rappelons par ailleurs en septembre 2020, qu'un rapport du Sénat s'était penché sur le cas des 320.000 anciens sites industriels et 3.000 anciens sites miniers présents un peu partout en France, qui "sont pour la plupart à l'origine de pollutions des sols que l'on a encore du mal à appréhender aujourd'hui". Parmi ses nombreuses recommandations, la commission d'enquête sénatoriale avait proposé la création d'un "fonds de réhabilitation" géré par l'Ademe et doté d'un montant "minimum" de 75 millions d'euros par an. Ce fonds dédié permettrait notamment de prendre en charge la dépollution de sites "orphelins" et d'aider les collectivités qui ont hérité de friches polluées à les remettre en état (notre article du 10 septembre 2020).

 

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